LETTRE LXI
A LA MÈRE LOLTSE-HENRIETTE DE SOUDEILLES, A MOULINS (L"autographe esl au monastère de Nevers.)
28 février 1687.
Je me sers avec plaisir de l'offre que notre chère sœur
1. Ce billet est écrit au verso d'une lettre de sœur Cordier. laquelle porte la date ci-dessus du 28 février 1687.
LETTRES DE LA BIENHEUREUSE ôli
Gordier [me fait] de ce vide, pour vous assurer de la continue de ma sincère et respectueuse amitié, qui vous rend très présente à mon esprit, devant le sacré Cœur de Notre- Seigneur Jésus-Christ, qui me semble vous regarder comme un objet de ses complaisances, pour l'ardent zèle que vous avez de l'aimer et d'être toute à lui, en lui procurant tout l'honneur et la gloire que vous pouvez. Cela me donne une grande consolation, et je me réservais de vous la témoigner lorsque nous vous enverrions les. livres des sermons du Révérend Père La Colombière, que nous faisons venir par l'entremise d'une bonne demoiselle de cette ville, qui nous a bien voulu faire ce plaisir. Je crois qu'ils coûteront six livres dix sols sans le port, les quatre tomes; je souhaite que vous les trouviez autant à votre gré que nous. Et croyez, ma très honorée Mère, que je n'ai point de plus douce satisfaction que de vous obliger, et [soyez] persuadée que je suis toute à vous, dans l'amour du sacré Cœur de Jésus-Christ.
S* M. -M. de la V. S. -M.
LETTRE LXII a la mère de saumaise, a dijon
Vive j Jésus !
[Mars] 1687.
Je profite, ma toute chère Mère, de la liberté que vous me donnez dea vous ouvrir mon cœur lorsque j'en aurai la facilité, espérant que vous ne me refuserez pas la douce consolation de me faire b réponse lorsque Notre-Seigneur vous l'inspirera, me disant franchement vos pensées. La
a) Ms. 8: « de vous écrire pour» — h) Ici. : « fa ire part des vôtres ».
vôtre dernière m'a été bien utile dans l'état pitoyable où je me suis vue réduite depuis environ les Rois. Il me semblait que l'on m'attachait à une croix très douloureuse, où j'ai soutfert ce qu'il me serait bien difficile d'exprimer, car je ne me connaissais pas moi-même, surtout les trois derniers jours de carnaval, où il me semblait être proche de ma fin. Mais comme la pensée me venait toujours que mes peines seraient adoucies en carême, je m'abandonnais à la volonté de mon Sauveur, qui voulait que je lui tinsse compagnie sur la Croix, où il demeurait seul dans ce temps de divertissements, où il n'y avait point pour moi, ni de consolation" ou soulagement à mes maux, ne pouvant dormir ni manger ; et ne pouvais parler qu'avec une extrême violence. Mais, hélas! ma chère Mère*, jamais plus de miséricorde et de bonté du sacré Cœur à mon égard, qui produit en moi une paix inaltérable, quoique jamais je n'aie été plus lâche c, et fait tant de résistances dans les choses où il me
a) Ms. 8 : « que celle de souffrir sans espérer aucun soulagement à mes maux » — b) Id. : « croiriez-vous bien que pendant ce temps, je n'ai jamais plus ressenti les miséricordes et bontés » — c) Id. : "j'ai toujours la même peine pour l'écriture et le parloir, quoique je me fais toute la violence possible pour répondre quand je connais qu'il y va de l'intérêt de la gloire du sacré Cœur. CependanL je fais des résistances effroyables dans les choses mêmes où il me manifeste plus clairement ses volontés, comme en celle d'écrire pour ce qui concerne cette dévotion, en répondant à ceux qu'il permet s'adresser à sa petite esclave ; ce qui m'oblige d'aller souvent au parloir, ce qui n'est pas sans une grande peine, et lorsque je refuse, je me sens des reproches étranges de ne pas faire ce que Dieu veut de moi, ce qui me fait craindre d'être un obstacle aux desseins qu'il a de faire des grâces par ces faibles moyens. Ce qui me fait souffrir plus que je ne peux vous dire ; car l'on nous écrit fréquemment et si je répondais toujours, ce serait faire de nouvelles connaissances, ce qui augmenterait la peine que j'ai de voir que l'on me croit tout autre que je ne suis pas, en quoi je m'estime très malheureuse, si en me trompant moi-même, je trompe encore les autres. »
manifeste plus clairement sa volonté, comme en celle décrire, où il me fait connaître qu il y a de l'intérêt de sa gloire, en répondant à ceux qui s'adressent à sa chétive esclave, au sujet de la dévotion du sacré Cœur, ou bien lorsque 1 on nous demande au parloir. J'y ai tant de peine que souvent j'y témoigne beaucoup de répugnance, après quoi je me sens de grands reproches de ne pas faire ce que je crois que Dieu demande de moi ; car ne répondant pas à ces personnes sous le prétexte de vouloir vivre inconnue, je mets obstacle autant qu'il est en mon pouvoir aux desseins qu il avait de leur l'aire du bien par ces faibles moyens, ce qui les prive de ses grâces. Cela me fait souffrir plus que je ne peux vous dire, car l'on nous écrit très fréquemment ; et si j'y répondais ce serait faire continuellement de nouvelles connaissances, en quoi mon amour-propre me fait estimer malheureuse d'avoir ainsi trompé les créatures, qui me croient tout autre que je ne suis. Ce qui augmenta ma peine c'est que, lorsque Notre-Seigneur me donna un engagement particulier à l'amour de son sacré Cœur, il me semble qu'il me fit entendre qu'il me montrerait combien il me faudrait souffrir pour ce même amour, et que les grâces qu'il avait à me faire n'étaient pas tant pour moi que pour ceux qu'il m'enverrait, auxquels je devais répondre simplement ce qu'il me mettrait en pensée, puisqu'il y attacherait Fonction de ses grâces, par lesquelles il attirerait beaucoup de cœurs à son amour. Cela m'est présent dans toutes mes résistances ; c'est ce qui me rend doublement coupable. Jugez après cela de mon infidélité, et s'il ne vaudrait pas mieux que je fusse morte que de mener une vie si criminelle. Je vous prie, ma chère Mère, de me dire votre sentiment, et ce que je dois faire, car ma vie m'est une espèce de martyre continuel. Je lais un très mauvais usage de mes croix, qui pourtant me semblent si précieuses, que je ne peux être un moment sans souffrir, que je ne me croie en même temps perdue. Priez le sacré Cœur
qu'il m'ôte le pouvoir de lui résister. Je ne vous oublie pas ', etc.