‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 130 sur 284 · LETTRE LXXXII · texte numérisé non relu

LETTRE LXXXII

A SON FRÈRE, CURÉ DU ROIS-SAINTE-MARIE l

Vive -J- Jésus !

Vous ne pouviez me donner une plus sensible joie, mon très cher frère, qu'en me témoignant le zèle dont l'adorable Cœur de Jésus vous anime à l'aimer et à le faire connaître, aimer et honorer, en tâchant d'établir de tout votre pouvoir le règne de son pur amour dans les âmes. Ah ! il est vrai que vous m'avez prise par tout ce qui est le plus capable de toucher mon chétif cœur, qui n'est sensible qu'à cela, qui ne désire et ne respire que pour voir régner celui de notre bon Maître dans tous les cœurs capables de l'aimer. C'est maintenant que je ne peux plus douter de la sainte union que son pur amour a faite dans nos cœurs,

1. Les prières et les avis de la Bienheureuse portent des fruits abondants au Bois-Sainte-Marie. De concert avec son frère le maire, M. Jacques Alacoque organise dans sa paroisse le culte perpétuel du Cœur de Jésus ; une chapelle commence à s'élever par les libéralités de la pieuse famille ; le bon prêtre y fonde des messes et n'attend plus que le moment où il pourra les célébrer dans le nouvel édifice. Les lettres de son heureuse Sœur témoignent d'un redoublement d'affection bien facile à concevoir.

puisqu'il vous a donné un désir que je n'avais jamais osé vous proposer, le sacré Cœur ne me le permettant pas, que vous n'en eussiez fait la première ouverture de votre libre volonté, par laquelle il veut que je lui rende, par vous comme par un autre moi-même, ce qu'il désire recevoir de vous et de moi. C'est donc maintenant que je reconnais votre amitié véritable, puisqu'elle commence à me donner les preuves que je souhaitais. Que de consolation pour moi de vous voir si libéral envers cet aimable Cœur de Jésus ! qui me semble par là être une forte preuve qu'il veut entièrement détacher le vôtre des choses de la terre parce qu'il veut que vous soyez saint. Oui, mon cher frère, je l'espère, et il ne tiendra qu'à vous de vous faire saint par les grandes grâces qu'il vous fera, si vous voulez y correspondre, en suivant fidèlement les saintes inspirations et bons mouvements qu'il vous donne pour cela. Il vous en coûtera, il est vrai, de la part de la nature, qui craint sa propre destruction et tout ce qui la fait souffrir. Mais, hélas ! la pourrait-on faire mourir sans souffrir beaucoup, puisque tout s'y oppose en nous ; car nos passions se révoltent continuellement, ce qui nous fait souvent tomber. Mais il ne nous faut pas troubler pour cela, ni nous laisser abattre et décourager ; mais nous faire violence en tirant profit de nos propres chutes pour nous animer au combat par l'exemple •des saints qui ont senti des faiblesses comme nous. Il nous faut donc comme eux combattre contre nous-mêmes jusqu'à la fin, et mourir les armes en main ; car la couronne n'est donnée qu'aux victorieux.

Vous voyez bien, mon cher frère, que je n'entends pas par là vous inviter à de grandes austérités, mais oui bien à une généreuse mortification de nos passions et inclinations ; à détacher notre cœur et le vider de tout le terrestre ; à être charitable envers le prochain, libéral à l'égard des pauvres; ne regarder que Dieu en tout ce que vous faites, et le chercher en simplicité, pureté et humilité [de cœur, ne cherchant

qu'à lui plaire et lui attribuant la gloire de tout, sans nous soucier d'acquérir aucune estime ni réputation parmi les créatures. Ah ! mon cher frère, faisons que notre vie ne déshonore pas la sainte vocation à laquelle nous sommes appelés, qui demande que nous vivions d'une vie tout angélique. Vous voyez la liberté que me donne notre sainte union de vous dire sans façon ce qui me vient en pensée, sachant qu'une véritable amitié du sacré Cœur excuse tout.

Courage donc, mon cher frère, achevez ce que vous avez commencé en faveur de ce divin Cœur, et croyez qu'il vous rendra au centuple tout ce que vous ferez pour son amour, etc.

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