‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 135 sur 284 · LETTRE LXXXVII · texte numérisé non relu

LETTRE LXXXVII

Vive -f Jésus !

[Mai] 1688.

Ma très chère Mère,

Si le cœur de notre bon Maître me fait trouver de la consolation à recevoir de vos lettres et à vous donner des niennes, aussi ne me laisse-t-il pas la liberté de le faire tutant que je le voudrais ; ce qui m'oblige à profiter de ce

moment qui me semble libre pour vous parler à cœur ouvert, en vous exprimant mes pensées au sujet de la dévotion du sacré Cœur, comme vous témoignez le désirer, quoique la chose me semble assez difficile, puisque toute méchante et misérable que je suis, je me sens comme toute abîmée dans ce divin Cœur. Si je ne me trompe, j'y suis comme dans un abîme sans fond, où il me découvre des trésors d'amour et de grâces pour les personnes qui se consacreront et sacrifieront à lui rendre et procurer tout l'honneur, l'amour et la gloire qui sera à leur pouvoir".

Recevant la sainte communion, je me voulus acquitter de la commission que vous m'aviez donnée de vous offrir tous trois à cet aimable Cœur. Il me semble que distinctement il me fut répondu ces paroles : « Oui, je les reçois pour toujours dans l'unité de mon amour. » Ce qui imprima dans mon âme des sentiments si pleins de suavité qu'elle en resta comme toute transportée de joie de vous savoir au nombre de ses bien aimés favoris.

Une autre fois, comme il s'entretenait avec son indigne esclave, il lui montra et fit entendre qu'il se ferait une couronne de douze de ses plus aimés et qui lui auraient procuré plus de gloire sur la terre ; qu'il les rendrait comme douze étoiles brillantes autour de son sacré Cœur. 11 me semble que vous étiez de ce nombre; mais je ne vous en dirai pas les particularités, car d'abord que je m'aperçois

a) Ms. 3 : « Mais c'est des trésors si grands qu'il m'est impossible de m'en exprimer autrement, sinon de vous dire que vous êtes heureuse et toute votre sainte communauté, dans la pensée que j'ai que vous y aurez une bonne part, surtout Monsieur votre Confesseur, votre très honorée Mère et Votre Charité; car lorsque recevant la très sainte communion, etc. »

Les traducteurs italiens n'ont certainement pas connu cette phrase puisque, dans la suivante, ils disent non pas : tutti tM mais lutte tre comme s'il s'agissait de trois religieuses, tandis que Margte-Marie voulait parler de M. Charollais, de la Mère Desbarres et de la Mère de Saumaise. »

que j'ai quelque part en ce que je dis, je me sens tomber dans un abîme de confusion où je souffre une espèce de martyre a. Mais, mon Dieu, ma chère Mère, que vous dirai-je donc sinon que vous ne vous lassiez point, puisqu'il agrée vos services. C'est être assez récompensé que de lui agréer.

Il me semble qu'il est dans votre communauté, comme dans le lieu de ses délices, pour y répandre abondamment les profusions de son amour, par des grâces sanctifiantes et salutaires. Aussi, est-ce l'ardent désir qu'il a de les communiquer aux âmes et aux cœurs bien disposés qui le fait désirer d'être connu, aimé et glorifié de ses créatures, dans lesquelles il veut établir son empire comme la source de tout bien, afin de pourvoir à leurs besoins. C'est pour cela qu'il veut qu'on s'adresse à lui avec une grande confiance. Un des plus efficaces moyens d'obtenir ce que nous demandons, c'est de le faire par le saint sacrifice de la messe, les vendredis, en faisant dire trois ou bien cinq en l'honneur des cinq plaies de Notre-Seigneur. Plusieurs personnes qui étaient à l'extrémité, ont été guéries d'une manière miraculeuse ; mon frère, le prêtre, en est un. On donne aux I malades cinq billets, pour leur faire avaler le matin, où l'on ! écrit d'un côté : Le sacré Cœur de Jésus vous guérisse ! et de l'autre côté : Louée soit à jamais la très pure et immaculée Conception de Marie, Mère de Dieu! le tout en abréviation si l'on veut.

Un jour de vendredi, pendant la sainte communion, il dit ces paroles à son indigne esclave, si elle ne se trompe : « Je te promets, dans l'excessive miséricorde de mon cœur « que son amour tout-puissant accordera à tous ceux qui < communieront neuf premiers vendredis des mois, de suite, V la grâce de la pénitence finale, ne mourant point dans ma

a) Mss. 8 et 9 : « Si douloureux que souvent je n'ai pas le j'oura^e de poursuivre. »

« disgrâce et sans recevoir leurs sacrements, mon divin Cœur « se rendant leur asile assuré au dernier moment". » Il a, de plus, promis à son indigne esclave, pour qu'elle s'applique uniquement à l'aimer, qu'il priera lui-même son Père pour les personnes qui se recommanderont à ses prières. Comment vous pourrais-je raconter, ma chère Mère, les miséricordes de cet aimable Cœur? Jamais elles ne furent plus grandes et plus excessives à mon égard, nonobstant mes ingratitudes. Je ne me regarde que comme un obstacle à l'amplification de sa gloire et de l'écoulement de ses grâces dans les âmes, à cause de la vie lâche que je mène,, qui me rend souvent l'objet de sa juste colère.

Je vous demande quelque secours pour notre pauvre sœur N., pour laquelle j'ai offert à Notre-Seigneur, dès le commencement de cette année, tout ce que je pourrais faire et souffrir, ne m'ayant point laissé de repos que je ne lui aie

a) A et B contenaient ensuite un paragraphe qui manque à tous nos manuscrits. Il était pris sans doute des manuscrits de Dijon, maintenant perdus. 11 est à croire, d'ailleurs, que ce passage n'appartenait pas à cette lettre. Le voici : « Vous avez bien raison, ma chère Mère, de désirer l'union avec les saintes âmes qui honorent ce divin Cœur, car il y en a bon nombre, entre lesquelles il faut que je vous spécifie un saint religieux qui, je crois, est à plus de deux cents lieues d'ici, lequel, sans m'avoir jamais vue, exerce une grande charité à mon égard, c'estdedire, selon mon intention, la sainte messe tous les premiers vendredis du mois pendant ma vie, après me l'avoir dite pendant un an tous les samedis, sans que personne l'ait excité à me faire cette charité, sinon le sacré Cœur de Jésus ; car il me mande qu'en disant la sainte messe, il s'était si fort senti inspiré de me faire ce bien que jamais il n'avait pu résister. Aussi était-ce dans un temps où j'en avais une si grande nécessité que jamais je ne m'étais trouvée réduite à un tel état de souffrance. Mais cette charité lui a été bien rendue de la part de ce divin Cœur, auquel j'ai remis tout le bien qu'on me fait, et qui prend soin lui-même de le récompenser ; ce qu'il a fait si libéralement comme le Père l'a confessé lui-même, que jamais il n'avait reçu de si grandes faveurs. »

fait cette promesse de faire pénitence pour elle, qui me dit qu'elle souffrait beaucoup, particulièrement pour trois choses. La première pour le trop de tendresse et de mollesse qu'elle avait eu pour son corps. La deuxième pour les rapports et manquements de charité. La troisième pour de certaines petites ambitions. Je vous demande donc pour elle quelque charité et le secret, vous avouant .que je ne me souviens pas d'avoir passé une année semblable pour le regard de la souffrance ; car il me semble que tout sert d instrument à la divine Justice pour me tourmenter, et rien ne me fait plus souffrir que sa sainteté de justice G est un tourment intérieur qui n'a point de remède que des croix, des douleurs, des peines, des humiliations de toutes sortes, sous lesquelles je succomberais mille fois si sa miséricordieuse bonté ne me soutenait extraordinairement. Je me suis entièrement abandonnée au sacré Cœur de Jésus-Christ et l'ai choisi pour mon directeur, m'ayant bien voulu faire cette charité. Je vous assure qu'il ne m épargne pas; car, en me corrigeant, il m'impose et me fait souffrir la peine de mes fautes. Il ne veut pas que je pense que l'on fait aucun mal à me faire souffrir m 'imposant un rigoureux silence sur ce sujet. Je ne vous en peux dire davantage sinon que, quelques contradictions |que vous rencontriez en travaillant à établir le règne du sacré Cœur de Jésus-Christ, je vous prie de ne point vous désister de votre sainte entreprise ; car toutes ces difficultés sont une marque très assurée que la chose est de Pieu et qu'il en doit être beaucoup glorifié. Tout à vous en *on amour, etc. D. S. B.a.

a) Nous n'avons pas retrouvé dans nos manuscrits le passage ,'Uivantqui terminait cette lettre dans les précédentes éditions- I « fcnfan, ma chère Mère, tout ce que je vous dis ne me doit pas taire croire meilleure, car je vous parle seulement des trésors et des secrets du sacré Cœur de notre aimable Maître C'est «vous seulement, puisqu'il me le permet, vous priant de me

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