‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 134 sur 284 · LETTRE LXXXVI · texte numérisé non relu

LETTRE LXXXVI

A LA MÈRE DE SOUDEILLES, A MOULINS (L'autographe est au monastère de Nevers.)

[Avril ou mai 16881.]

Vous avez trop de bonté, ma très honorée Mère, pour une personne si indigne de l'honneur de votre souvenir, lequel je vous prie me continuer en la présence de notre divin Maître, qui seul peut connaître le désir que j'aurais de vous donner des véritables preuves de la sincère dilection qu'il me donne pour Votre Charité, à laquelle j'aurais un surcroît d'obligation bien [grand] si vous me faisiez la grâce de perdre ces sentiments d'estime que Votre Charité a conçus si injustement d'une misérable comme moi, qui n'est propre qu'à attirer la colère de Dieu et arrêter le cours de ses miséricordes. Mais je n'oserais m'étendre sur l'abîme de mes misères, crainte de m'y abîmer et n'en pouvoir sortir. Mais soyez persuadée, ma toute chère Mère, que, toute telle que je suis, je ne vous oublierai pas dans mes faibles

1. La date et l'en-tête: Vive Jésus! ont été coupés sur l'original]

prières, dont vous aurez toujours la meilleure part puisque votre mérite ne s'effacera jamais de ma mémoire devant le Seigneur.

J'ai eu l'honneur de voir le très digne Monsieur que Votre Charité nous a marqué dans la vôtre , mais c'a été un bien petit espace de temps ; ce qui ne m'a pas empêché de rester fortement persuadée de sa vertu et de son mérite. Et puis il venait de votre part, cela suffit pour me le rendre considérable. Ne me faites donc plus ce tort de croire que je vous oublie ; mais puisque je n'ai le temps de vous en dire davantage, après vous avoir remercié des ciseaux que Votre Charité nous envoie dont je prie le Seigneurêtre votre récompense, car tout ce qu'on nous donne je le reçois par aumône et comme venant de sa main. Je prie la divine Bonté vous remplir de ses plus précieuses grâces et de vous consommer dans les ardeurs de son sacré Cœur, dans lequel je suis toute à vous plus que personne, d'un profond respect.

La suscription porte : « Pour la très honorée Mère de Moulins. »

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