‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 145 sur 284 · Sœur Louise-Henriette de Soudeilles · texte numérisé non relu

Sœur Louise-Henriette de Soudeilles

2. Il s'agit sans doute d'une instance, car le refus opposé par Rome à la première supplique date de 1686.

sera à ma gloire ? Car à présent l'on se porte à m'honorer et aimer sans autre appui que celui de la Providence et de l'amour même, et cela me plaît beaucoup ; mais comme cette ardeur se pourra ralentir, — ce qui serait très sensible à mon divin Cœur, qui. étant la fournaise ardente du pur amour, ne le pourrait souffrir, — ce sera pour lors que je rallumerai ce feu dans les cœurs, avec tous ces privilèges et encore de plus grands. Mais je ne laisserai pas sans récompense les peines prises pour cela. Demeure en paix. » C'est ce que j'ai fait depuis, sans m'en troubler aucunement quoi que j'en puisse entendre dire, et que même je sois demeurée dans l'incertitude si j'aurais cette consolation de le voir un jour. Mais il n'importe, pourvu qu'il se contente, je le serai aussi dans son contentement, privée de tous les autres1.

Voilà, ma chère Mère, ce que je n'ai pu m'empêcher de vous dire ; le tout soit pour sa gloire a.

Il y a bien du plaisir de voir en ces quartiers le progrès de cette sainte dévotion qui se fait par votre moyen. Ne

a) Mss. 3 et 8 : « J'ai pris beaucoup de part aux pertes que vous avez faites. Ce sont des visites du Seigneur. Je le supplie de se rendre lui-même votre force pour vous conformer en tout à sa très sainte volonté. >>

1. Marguerite-Marie ne devait pas être témoin sur la terre de ce triomphe éclatant. La fête du Sacré-Cœur fut bientôt célébrée en beaucoup de lieux, avec l'autorisation des Ordinaires, comme on l'avait fait à Dijon, du vivant de la Bienheureuse, en 1689. Mais l'approbation de Rome se fit longtemps attendre. Les souverains pontifes accordèrent facilement des Brefs d'indulgences pour les confréries; tandis qu'on dut revenir plus d'une fois à la charge pour obtenir la concession d'un Office propre et d'une messe du Sacré-Cœur. Ce ne fut qu'en 1765 que les Évêques de Pologne obtinrent cette faveur dt Clément XIII.

La fête du Sacré-Cœur accordée depuis lors à tous les pays et toutes les églises qui l'avaient demandée fut étendue à l'Eglise universelle par Pie IX en 1856. Et enfin, le 28 juin 1889, Léon XIII l'éleva pour l'Église universelle au rite double de première classe.

vous découragez pas. Il me semble qu'il veut que vous en fassiez votre unique affaire, puisque c'est principalement cela qui composera votre couronne.

Il faut bien vous dire un petit mot de votre pauvre fille qui vous chérit plus tendrement que je ne peux vous l'exprimer. Elle est toute dans la souffrance et attaquée de toute part de ses ennemis qui lui font souffrir de grandes peines, mais sans remède ni secours excepté de ce divin Cœur, duquel je me suis rendue indigne de ses faveurs par mes ingratitudes et infidélités, quoique pourtant il ne laisse pas de m'être aussi libéral que jamais, et c'est ce qui augmente ma douleur, car je ne sais si c'est mon ennemi qui souvent attaque mon pauvre cœur de cette affligeante pensée, que c'est pour me perdre, et que Dieu ne fait pas tant de grâces à une aussi méchante créature que je la suis qui a mené une vie aussi criminelle, qui, par ses vaines hypocrisies, a trompé les créatures, particulièrement ceux qui me conduisent. Parmi toutes ces agitations ma vie m'est représentée comme dans un tableau si abominable, que, quoique je n'y puisse rien discerner, il me semble que je n'en pourrais longtemps soutenir la vue sans mourir de douleur, si je ne me sentais en même temps fortifiée et environnée d'une puissance invincible qui dissipe ces furies infernales qui ne cherchent qu'à m'ôter la paix du cœur, comme Notre-Seigneur me l'a fait connaître, si je ne me trompe. D'autres fois il me vient en pensée que c'est une fausse paix qui ne vient que de l'endurcissement du cœur, qui me rend insensible à mon propre malheur. Hélas ! ma chère Mère, seraitil bien possible que cet aimable Cœur voulût priver celui de son indigne esclave de l'aimer éternellement? Dites-moi, je vous en conjure, ce que vous en pensez, vous savez la confiance que j'ai en Votre Charité, qui fait que je donne toute croyance à ce que vous me dites. De grâce ne me flattez pas, car il me semble que j'en vais entraîner plusieurs à la perdition avec moi, parce qu'ils s'appuient trop

sur ce que je leur dis. Je suis toujours accablée de lettres et l'obéissance m'oblige d'y répondre. Je m'abandonne à tout sans réserve. Le sacré Cœur continue de me donnera de certaines âmes du purgatoire pour les aider à satisfaire à la divine justice ; c'est dans ce temps que je souffre une peine à peu près comme la leur, ne trouvant de repos ni jour ni nuit.

C'est tout ce que je puis vous dire pour le présent a.

Toute à vous, etc.

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