‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 152 sur 284 · LETTRE G · texte numérisé non relu

LETTRE G

a la mère de saumaise, a dijon

Vive •[■ Jésus!

Après la fête du sacré Cœur, juin 16891.

Enfin, ma chère Mère, ne sommes-nous pas encore toutes consommées des ardeurs de ce divin Cœur de notre adorable Sauveur, après tant de grâces reçues qui sont comme autant de flammes ardentes de son pur amour, qui nous doivent brûler sans cesse du désir d'une parfaite reconnaissance et fidèle correspondance à ses desseins. Il régnera cet aimable Cœur, malgré Satan a. Ce mot me transporte de joie et fait toute ma consolation. Mais de vous pouvoir exprimer les grandes grâces et bénédictions que cela attire sur notre Institut, et en particulier sur les maisons qui lui procureront le plus d'honneur et de gloire, c'est ce que je ne peux dire *. Voici la manière dont il me l'a fait connaître.

a) Mss. 8 et 9 : « et ses suppôts. » — b) Mss. 3, 8 et 9 : « C'est ce que je ne peux dire en la manière qu'il me l'a fait comprendre. »

1. Le vendredi après l'octave du Saint-Sacrement était, en cette année, le 17 juin.

Il m'a fait voir cette dévotion de son Cœur adorable comme un bel arbre qu'il avait destiné de toute éternité pour prendre son germe et ses racines au milieu de notre Institut, pour étendre ensuite ses branches dans les maisons qui le composent, afin que chacune en puisse cueillir les fruits à son gré et selon son goût, quoique avec inégale abondance qui sera mesurée au travail ; de même que le profit, à la bonne disposition de celles qui se nourriront de ces fruits de vie et de salut éternel, qui nous doivent renouveler dans l'esprit primitif de notre sainte vocation. Il me semble que jamais la gloire accidentelle de notre saint Père et fondateur ne s'est tant augmentée comme elle fait par ce moyen ; mais il veut ce divin Cœur que les Filles de la Visitation distribuent les fruits de cet arbre sacré avec abondance à tous ceux qui désireront en manger, sans craindre qu'il leur manque ; parce qu'il prétend, comme il L'a fait entendre à son indigne esclave, de redonner la vie à plusieurs par ce moyen, en les retirant du chemin de perdition, en ruinant l'empire de Satan dans les âmes, pour y établir celui de son amour, quin*en laissera périr aucune de toutes celles qui lui seront consacrées pour lui rendre tous leurs hommages et amour d une sincère et franche volonté «, et lui en procurer selon l'étendue de leur pouvoir. Mais il ne veut pas s'en arrêter là : il a encore de plus grands desseins qui ne peuvent être

a) Le fragment qui suit jusqu'à : « notre bon Père de La Colombiere » ne se trouve ni dans le Ms. 6 ni dans la traduction italienne. Nous le laissons subsister dans le texte, parce qu'il est donne uniformément par nos trois manuscrits nos 3, 8 et 9 II est fort important et l'on comprend qu'on ait pu avoir des raisons de ne pas le produire d'abord. Nous sommes portés à croire qu'on la supprimé à dessein dans le Ms. 6, transcrit sur les originaux et dans la copie authentique sur laquelle a été faite la traduction italienne. Cette observation s'applique également au morceau de la lettre 97e où il est dit que la dévotion au sacré Cœur se fera recevoir avec le temps dans le palais des grands

exécutés que par sa toute-puissance, qui peut tout ce qu'elle veut.

Il désire donc, ce me semble, entrer avec pompe et magnificence dans la maison des princes et des rois, pour y être honoré autant qu'il y a été outragé, méprisé et humilié en sa Passion, et qu'il reçoive autant de plaisir de voir les grands de la terre abaissés et humiliés devant lui, comme il a senti d'amertume de se voir anéanti à leurs pieds. Et" voici les paroles que j'entendis au sujet de notre roi : « Fais savoir au fils aîné de mon sacré Cœur, que, « comme sa naissance temporelle a été obtenue par la dévo- « tion aux mérites de ma sainte Enfance, de même il « obtiendra sa naissance de grâce et de gloire éternelle « par la consécration qu'il fera de lui-même à mon Cœur « adorable, qui veut triompher du sien, et par son entre- « mise de celui des grands de la terre. 11 veut régner dans « son palais, être peint dans ses étendards et gravé dans « ses armes, pour les rendre victorieuses de tous ses enne- * mis, en abattant à ses pieds ces têtes orgueilleuses et « superbes, pour le rendre triomphant de tous les ennemis « de la sainte Eglise. »

Vous aurez sujet, ma bonne Mère, de rire de ma simplicité à vous dire tout cela, mais je suis le mouvement qui m'en est donné au même instant *.

Notre bon Père de La Colombière a obtenu que la très sainte Compagnie de Jésus sera gratifiée, après notre cher Institut, de toutes les grâces et privilèges particuliers de cette dévotion du sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; leur promettant qu'il répandra abondamment, et avec profusion, ses bénédictions sur les travaux du saint exercice de

a) Ms. 3 : « Et voici les paroles que j'entendis sur ce sujet : « fais savoir au fils aîné de mon sacré Cœur, — parlant de notre roi — - que comme sa naissance... » — h) Edit. A et B : « vous m'en direz votre pensée, mais je vous demande toujours le secret pour tout ce que je vous dis ».

charité envers les âmes, auxquels ils s'occupent. Ce divin Cœur désire ardemment d'être connu, aimé, honoré particulièrement de ces bons Pères auxquels il promet, si je ne me trompe, de répandre tellement l'onction de son amour sur leurs paroles avec des grâces fortes et puissantes, qu'elles seront comme un glaive à deux tranchants, qui pénétreront les cœurs les plus endurcis des plus obstinés pécheurs pour en faire sortir la source d'une véritable pénitence qui purifie et sanctifie les âmes . Mais il faut que pour cela ils tâchent de puiser toutes leurs lumières dans la source a du sacré Cœur. J'aurais bien des choses à vous dire là-dessus, car il y a dans cette sainte Compagnie* de grands amis de Dieu.

Ah ! que de grâces de sanctification ce divin Cœur a répandues0 à ce jour de sa fête, et avec quelle ardeur réitère-t-il toutes les promesses qu'il a faites en leur faveur de ne les point laisser périr d !

Et pour monsieur votre Confesseur1, je le crois être au nombre de ses plus chers amis, d'autant que, lorsque je lui demandai à ce divin Cœur la "-race de cette sainte union et

a) Mss. 3, 8 et 9 : « dans la source inépuisable de toute la science et charité des saints » — h) Mss. 3, 8 et 9 : « de grands amis et favoris de ce sacré Cœur de notre divin Maître » — c) Ms. 3 : « sur ses dévots » — d) Ms. 8 : « Mais que vous êtes heureuse, ma chère Mère, de ce qu'il vous a rendue si utile à sa gloire et à l'avancement de son règne; Il vous aime mieux dans cette occupation que dans celle du gouvernement d'une communauté. Continuez donc ce saint exercice malgré toutes les contradictions et les obstacles qui s'y opposeront. Je ne puis m'empêcher de croire que votre nom est bien avant gravé dans cet aimable Cœur. 11 prend ses délices dans votre sainte communauté. »

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