‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 163 sur 284 · Celle date précise est donnée par le Ms · texte numérisé non relu

Celle date précise est donnée par le Ms

et les hommages du roi et de toute la Cour. De plus, ce divin Cœur se voulant rendre protecteur et défenseur de sa sacrée personne, contre tous ses ennemis visibles et invisibles, dont il le veut défendre, et mettre son salut en assurance par ce moyen ; c'est pourquoi il l'a choisi comme son fidèle ami pour faire autoriser la messe en son honneur par le Saint-Siège apostolique1, et en obtenir tous les autres privilèges qui doivent accompagner cette dévotion de ce sacré Cœur, par laquelle il lui veut départir les trésors de ses grâces de sanctification et de salut, en répandant avec abondance ses bénédictions sur toutes ses entreprises, qu'il fera réussir à sa gloire, en donnant un heureux succès à ses armes, pour le faire triompher de la malice de ses ennemis. Heureux donc qu'il sera, s'il prend goût à cette dévotion, qui lui établira un règne éternel d'honneur et de gloire dans ce sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, lequel prendra soin de Félever et le rendre grand dans le ciel devant Dieu son Père, autant que ce grand monarque en prendra de relever devant les hommes les opprobres et anéantissements que ce divin Cœur y a soufferts ; qui sera en lui rendant et lui procurant les honneurs, l'amour et la gloire qu'il en attend.

Mais comme Dieu a choisi le Révérend Père de La Chaise pour l'exécution de ce dessein, par le pouvoir qu'il lui a donné sur le cœur de notre grand roi, ce sera donc à lui de faire réussir la chose, en procurant cette gloire à ce sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; secondant en cela l'ardent désir qu'il a de se faire connaître en se manifestant aux hommes, pour en être aimé et en recevoir un honneur et hommage tout particulier. Si donc sa bonté inspire à ce grand serviteur de sa divine Majesté d'employer le pouvoir qu'il lui a donné, pour lui faire ce plaisir qu'il désire

1. Cette messe n'était permise que pour le diocèse de Langres, et seulement par l'autorité de l'Ordinaire. C'est d'une autorisation apostolique et universelle que parle ici la Bienheureuse.

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si ardemment, il peut bien s'assurer qu'il n'a jamais fait d'action plus utile à la gloire de Dieu ni plus salutaire à son âme, et dont il soit mieux récompensé, et toute sa sainte congrégation, dont il se rendra par ce moyen l'honneur et la gloire, par les grands trésors de grâces et de bénédictions que ce sacré Cœur y répandra, lequel, s'étant communiqué premièrement aux Filles de la Visitation, auxquelles il a donné de le manifester et faire connaître par l'établissement de cette même dévotion de ce Cœur tout aimable, de laquelle dévotion il veut que les RR. PP. Jésuites fassent connaître l'utilité et la valeur, cela leur étant réservé. C'est pourquoi vous ferez bien, si vous en trouvez de bonne volonté, de les y employer, car par ce moyen la chose réussira plus facilement, quoique tout y paraisse très difficile, tant pour les grands obstacles que Satan se propose d'y mettre, que pour toutes les autres difficultés. Mais Dieu est sur tout, lequel se plaît souvent de se servir des moindres et plus méprisables choses pour l'exécution de ses plus grands desseins, tant pour aveugler et confondre le raisonnement humain, que pour faire voir sa puissance, qui peut tout ce qui lui plaît, quoiqu'il ne le fasse pas toujours, ne voulant pas violenter le cœur de l'homme, afin que, le laissant en liberté, il ait plus de moyens de le récompenser ou châtier. Il me semble, ma chère Mère, que vous ferez chose fort agréable à ce divin Cœur, de vous servir du moyen qu'il vous a inspiré, d'écrire à ma très honorée sœur la supérieure de Chaillot pour le dessein que Votre Charité nous marque. Au reste, il faut beaucoup prier et faire prier pour cela. Je crois que vous ferez bien de lui envoyer un petit livre de Moulins, avec un des vôtres.

Voilà tout ce que je vous peux dire pour le présent, n'ayant pas d'autre intelligence que celle qui m'est donnée à moi pauvre pécheresse, l'indigne esclave et victime de l'adorable Cœur de mon Sauveur, qui se sert d'un sujet plus propre à détruire un si grand dessein qu'à le faire

réussir ; mais c'est afin que toute la gloire soit donnée au souverain Maître, et non à l'outil dont il se sert, lequel est de même que cette boue dont ce divin Sauveur se servit pour mettre sur les jeux de l'aveugle-né. Suivez donc courageusement les vues qu'il vous donnera; car pour moi je ne peux rien ajouter de moi-même, ni chercher d'ajustement à tout ce que je vous dis par obéissance, et de la part de ce sacré Cœur, qui veut que je vous manifeste tout simplement ce qu'il me fait connaître, car si j'en usais autrement, il rendrait tout ce que je pourrais dire inutile, d'autant qu'il en retirerait sa grâce. De plus, il me rend si ignorante que je ne peux rien ajouter. Suppléez donc à mon ignorance, et demeurons toujours en paix, de quelle manière qu'il veuille faire réussir nos peines. Je le prie de tout mon cœur qu'il bénisse vos saintes entreprises et vous donne le courage de supporter généreusement toutes les difficultés. Que nous serions heureuses, ma chère Mère, si nous pouvions sacrifier nos vies pour cela l ! Amen.

1 . L'initiative si importante de la Bienheureuse n'eut pas de résultat, soit que la supérieure de Chaillot laissât tomber la chose, soit que le Père de La Chaise ne jugeât pas le moment opportun pour en parler à Louis XIV, soit que le prince lui-même n'y ait pas prêté attention.

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