‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 166 sur 284 · La mère Marie-Dorothée Desbarres · texte numérisé non relu

La mère Marie-Dorothée Desbarres

vôtres très chères; car je vous avoue que je me sentais à peu près dans la même peine que vous me dites, Notre- Seigneur m'ayant voulu mortifier non seulement que vous n'ayez pas reçu celle que je m'étais donné l'honneur de vous écrire, mais que je n'aie point reçu des vôtres, ni pas un mot qui me donne la confiance de [ne] me plus rendre votre importune. Mais puisque votre bonté m'y invite, je prie Dieu que tout soit à sa plus grande gloire, et de vous faire connaître que les sentiments avantageux qu'il me donne de Votre Charité et de votre chère communauté sont bien éloignés de ceux que votre humilité vous a fait croire que j'en ai, puisque je la regarde comme l'objet des complaisances de cet aimable Cœur de notre bon Maître, et vous en particulier, mon unique Mère, comme une de ses plus fidèles amies. Et les sentiments d'amour et de zèle qu'il vous donne à son égard en sont des marques qui me confirment encore plus dans cette pensée.

Ah! quelle grâce, ma chère Mère! Faites-la valoir selon les desseins de ce sacré Cœur en continuant toujours de lui rendre et procurer tout l'honneur, l'amour et la gloire qui sera en votre pouvoir, puisque je ne peux m'empêcher de vous croire du nombre de ses plus chéries. Mais il veut tout, sans réserve, de ceux qu'il aime: c'est-à-dire une entière conformité de vie à ses saintes maximes, un entier anéantissement et oubli de soi-même, en s'abandonnant avec une amoureuse confiance au soin de sa Providence. Mon Dieu ! ma chère Mère, que de plaisir d'être tout à lui, d'y faire sa demeure, et d'y établir tout le fondement de sa ■perfection! C'est là où l'âme goûte un règne de paix inal-

érable, regardant toutes les vicissitudes et troubles de la e sans s'émouvoir ni se troubler de ces choses qui passent

omme un songe, et qui pourtant nous seront profitables mesure que nous les mépriserons, par une entière con-

brmité a[u] bon plaisir divin, qui ne permettrait jamais les

ontradictions affligeantes qui nous arrivent, s'il n'avait Marguerite-Marie Alacoque. — II. 30

dessein par ces moyens de nous détacher des créatures et de nous-même, pour nous unir plus étroitement à lui comme à notre unique bien. Aimons-le donc, ma chère Mère, de toutes nos forces, et donnons tout à son amour, afin qu'il nous consomme et purifie de ses plus vives ardeurs, desquelles puissions-nous brûler éternellement dans l'ardente fournaise de ce divin Cœur, duquel on nous a fait présent d'un livre en même temps que je vous écris celle-ci. D'abord, de toute mon affection, je vous l'ai destiné avec plaisir, pensant que je ne m'en pouvais servir plus utilement que dans votre chère personne, que je regarde comme une autre moi-même; mais notre chère sœur Marie-Anne [Gordier] m'a frustrée de ce plaisir en disant qu'elle vous en envoyait un. C'est pourquoi je le présente, avec votre agrément, à notre chère sœur de la Barge, à laquelle je m'étais réservé d'envoyer le premier que je pourrais avoir.

Enfin, ma chère Mère, il y a consolation d'entendre les heureux progrès de cette aimable dévotion. On nous mande de Lyon que cela tient du miracle de voir comme chacun s'y porte avec ardeur et empressement. On nous a nommé trois ou quatre villes où on va faire imprimer ces livres, dont Marseille en est une; et on en a pris mille pour ce seul endroit. Et de vingt-sept maisons religieuses qu'il y a en cette ville, il n'y en a point qui n'ait pris cette dévotion avec tant d'ardeur, que les unes lui érigent des autels, les autres lui font faire des chapelles ; et aussitôt qu'ils en eurent entendu parler *, ils faisaient de grandes instances aux prédicateurs de leur en faire des exhortations, pour leur bien expliquer cette dévotion, laquelle en moins de quinze jours fut tellement répandue, qu'un nombre incroyable de personnes dévotes communient tous les premiers vendredis. Et on nous a dit qu'on la va établir dans toutes les maisons des Révérends Pères Jésuites, qui font

Page 1