LETTRE CXIX
A LA MÈRE GREYFIÉ, A SEML'R
Vive -j* Jésus !
Quoiqu'il semble, ma très aimée Mère, que vous ne voulez plus interrompre votre silence pour me répondre, je ne laisse de hasarder cette troisième lettre pour vous assurer que de quelle manière que vous en usiez à mon égard, je serai toujours la même en estime, amitié et respect pour Votre Charité, ne croyant pas que rien soit capable d'altéj rer tant soit peu l'union de nos cœurs dans celui de notre souverain Maître, qui veut quelle dure dans le temps et l'éternité, où les vrais amis de Dieu se verront à plaisir et s'entretiendront sans plus de crainte d'être jamais séparés; mais il faut auparavant goûter les amertumes du Calvaire. Ah ! ma chère Mère, je ne sais que vous dire, sinon qu'il fait bon vivre et mourir sur la Croix ! Le Seigneur m'en a gratifiée de celle d'une assez longue maladie2, pendant laquelle mon corps souffrait à la vérité, mais mon cœur et mon esprit jouissaient d'un paradis de délicieuse paix que je trouve abondamment dans l'aimable Cœur de notre souverain Maître, qui ne m'a jamais donné de plus fortes
honorer et glorifier cet aimable Cœur, dans lequel il nous faut renouveler souvent la sainte union qu'il a faite des nôtres, lui demandant sans cesse de se faire connaître et aimer, et de répandre ses miséricordes sur tous ceux qui auront recours à lui, en lui recommandant toutes les calamités publiques. »