‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 173 sur 284 · A SŒUR JEANNE-MADELEINE JOLV, A DIJON · texte numérisé non relu

A SŒUR JEANNE-MADELEINE JOLV, A DIJON

[10 avril 1690 K]

Vous ne pouvez croire, ma chère sœur, combien l'adorable Cœur de notre bon Maître me rend sensible à toutes les ardeurs que vous avez de le faire connaître et aimer, et à la peine que vous prenez pour cela, laquelle il n'oubliera jamais, comme je l'espère, mais il en veut être lui-même la récompense éternelle. Et enfin il régnera, ce divin Cœurr malgré" ceux qui s'y voudront opposer. Satan demeurera confus avec tous ses adhérents. Heureux seront ceux dont

.'/ Ms. 7 : « malgré tous ceux ».

1. Nous laissons subsister la date donnée par A et B d'après le Ms. de Dijon, mais nous noterons que notre Ms. 7 dit en tête de cette lettre : « Copie de la 2e lettre que notre vertueuse sœur Madeleine Joly | reçut] en l'année 1688. » A la vérité, il y est question delà cha pelle du jardin qui ne fut bénite que le 7 septembre 1688.

il se sera servi pour établir son empire ! Il me semble qu'il est semblable a un roi qui ne pense pas à donner des récompenses tandis qu'il fait ses conquêtes et qu'il triomphe de ses ennemis, mais oui bien lorsqu'il règne victorieux sur son trône. L'adorable Cœur de Jésus veut établir son règne d'amour dans tous les cœurs, détruire et ruiner celui de Satan. Il me semble qu'il en a un si grand désir, qu'il promet de grandes récompenses à ceux qui, de bonne volonté, s'y appliqueront de tout a leur cœur selon le pouvoir et les lumières qu'il leur en donnera. Ne craignons* donc pas la peine et les souffrances qui s'y rencontreront, dans ce saint ouvrage ; mais plutôt, estimons-nous heureuses lorsqu'il nous en estimera dignes pour un si noble sujet : je dis même, toutes sortes de peines, contradictions, calomnies et douleurs ; car plus j'en trouve, plus je me sens encouragée, et plus j'ai d'espérance qu'il réussira à la gloire de cet aimable Cœur, et pour le salut de plusieurs âmes. Mais c'est une dévotion qui ne veut point être ni forcée ni contrainte. Il suffit de la faire connaître, et puis laisser à ce divin Cœur le soin de pénétrer les cœurs qu'il s'est destinés de l'onction de sa grâce. Heureux ceux qui seront de ce nombre !

Il faut vous dire, avec consolation, qu'on y a grande dévotion en ces quartiers, plusieurs y font des neuvainesc, et y reçoivent 1 effet de leurs demandes, y en ayant qui se mettent à genoux au dehors derrière notre chapelle.

Enfin, mon intime sœur, il faut aimer ce divin Cœur, en telle sorte que nous ne vivions '' plus que pour lui et par lui. Vous ne sauriez croire la consolation que j'ai que vous soyez unie avec ma chère sœur Saumaise pour lui procurer de

a) Id. : « de tout leur pouvoir selou les lumières qu'il leur en donnera. » — h) Id. : <• Ne craignez donc pas » — c) A, B et Recueil moderne : « avec des cierges allumés » — </) Ms. 7 : « que nous ne vivions plus, ni ne respirions plus »

la gloire. J'ai beau dire que je ne veux plus écrire, je ne peux m'en défendre lorsqu'il s'agit de parler du sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, hors duquel je vous avoue que tout le reste m'est un supplice ". Mais dans ce divin Cœur tout y est changé en amour jusqu'aux plus amères amertumes. Faisons-y notre demeure actuelle et perpétuelle, et rien ne nous pourra troubler, pourvu que nous lui soyons tout abandonnées. Laissons-le faire et agir en nous et pour nous, selon son désir.

Du reste, je vous remercie de la couronne et du livre que vous nous avez envoyés. Je les garderai chèrement avec le congé de l'obéissance, pour l'amour de cet aimable Cœur, lequel je supplie vous y faire part toutes les fois que je la dirai. Demandez-lui pour moi qu'il me cache si avant dans lui-même que je demeure2' dans un éternel oubli et mépris, puisque tous les tourments et la mort me seraient un plaisir pourvu qu'il règne. Je ne trouve aucune consolation dans la vie que dans les progrès et les heureux succès c de cette dévotion du sacré Cœur, et lorsque l'on m'en apprend des nouvelles. Ne m'en donnez que lorsqu'il vous l'inspirera. Soyez persuadée qu'encore que je ne vous réponde pas toujours, je n'en ai pas moins de souvenir de vous en sa présence d ; c'est que je ne puis faire autrement e, etc.

a) Ms. 7 : « dans ce sacré Cœur on jouit dune paix inaltérable. » — h) Id. : « que je demeure ensevelie » — c) Id. : « des intérêts de ce divin Cœur et lorsque vous m'en apprenez des nouvelles ; mais ne me donnez cette consolation que lorsqu'il vous l'inspirera. » — d) Id. : « que c'est que je n'ai pu faire autrement » — e) A et B terminent cette lettre par le postscriptum suivant :

« Je vous dirai que les BB. Pères Jésuites ont pris cette dévo- S tion fort à cœur, et l'ont établie dans leurs collèges. Enfin mon intime sœur, je crois qu'il n'y a que moi qui lui sois un obstacle. Priez-le, je vous en conjure, qu'il me retire plutôt de la vie, laquelle ne me donne aucun plaisir que celui de voir aimer,

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