A UNE RELIGIEUSE DE SAINTE-URSULE
Madame,
Je prie le sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ d'être la paix et la consolation de votre âme et tout l'amour
4. Très probablement Mme Ducret, comme il a été dit dans la note de la lettre CXXIII.
de votre cœur. Et c'est de toute l'affection du mien que je voudrais vous pouvoir témoigner combien je vous chéris et honore dans ce Cœur adorable, et le désir que j'aurais de satisfaire à ce que vous souhaitez de sa chétive et indigne esclave, ce que je ne pourrai faire à raison de mon peu de mémoire, qui ne saurait rappeler les choses passées, ne pouvant me souvenir de ce que je vous ai dit, pour vous en dire ma pensée. Et pour le second article, qui regarde votre mort, abandonnez cela à la céleste Providence, sans vouloir pénétrer dans le secret de Dieu, car cela n'appartient pas à une chétive pécheresse comme moi. Vous voulez savoir ce qu'il faut faire, ma très chère amie ? C'est qu'il nous faut toujours tenir en la même disposition où nous voudrions paraître devant Dieu, et nous ne craindrions pas que la mort nous surprenne. Et que peut craindre une bonne religieuse, dont la vie ne doit être qu'une continuelle mort à soi-même et à tous les plaisirs de la vie, pour ri.en prendre point d'autre qu'à se crucifier avec notre cher Epoux Jésus- Christ? Et en le faisant, nous trouverons la vie dans la mort, la douceur dans l'amertume, et Dieu dans le néant. Notre cœur n'est fait que pour Dieu. Malheur à lui s'il se contente de moins que de Dieu, ou s'il se laisse brûler de quelque autre feu que de celui de son pur amour, lequel, j'espère, qu'il vous animera de plus en plus à continuer vos soins et votre charitable zèle envers ces pauvres infidèles huguenots. N'y épargnez vos peines selon votre pouvoir. Le Seigneur vous le récompensera bien, de même que de la dévotion que vous aurez à son sacré Cœur, auquel je vous invite de vous toute consacrer et sacrifier après la sainte communion que vous ferez à cette intention. Et je vous envoie à cet effet une petite consécration l pour porter sur votre cœur avec une image. Ayez-y votre recours en toute
1. C'est en septembre 1686 qu'elle envoya des consécrations à la Mère de Soudeilles et à la sœur de la Barge.
occasion. Il vous consolera dans vos besoins et afflictions, se rendant la force de vos faiblesses, le souverain remède à tous vos maux, et enfin votre asile à l'heure de la mort, à laquelle il faut faire de notre vie une continuelle préparation, et faire tout le bien que nous pourrons tandis que nous en avons le temps. Vous voyez comme je vais librement avec vous, espérant que votre bonté excusera ma franchise,, puisque je suis toute à vous dans le sacré Cœur de Jésus- Christ,
Sœur Marguerite-Marie Alacoqle,
qui vous prie de demander sa véritable conversion et la grâce de mourir dans une véritable contrition. Je ne vous oublierai pas dans mes chétives prières.
LETTRE CXXVIIP
A MADAME DUCRET, URSULINE (L'autographe est au monastère de la Visitation de Nancy.)
Je prie le sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ d'embraser toujours de plus en plus le vôtre des saintes ardeurs de son ardente charité pour la conversion de ces pauvres infidèles et de vouloir continuer à répandre ses bénédictions sur votre zèle et travail, ayant eu de la consolation en bénissant Dieu, l'auteur de tout bien, sur ce que vous m'en dites. Continuez, ma chère Madame, et ne plaignez pas des peines qui seront un jour si bien récompensées. Mais n'attribuez rien a mes indignes prières ; car, de vérité, étant aussi méchante religieuse que je la suis, elles sont plus capables d'arrêter le cours des miséricordes de Dieu que de
1. Inédite, jusqu'à ces derniers temps, cette lettre a été publiée pour la première fois par le P. Letierce, Etude sur le sacré Cœur, t. II : Le sacré Cœur et la Compagnie de Jésus, in-8, 1891, Paris, Vie et Amat, p. 539.
les attirer. Priez sa bonté qu'il me convertisse toute à son saint amour dans cette grande fête du très saint Sacrement d'amour, qui fait tout mon plaisir, ma dévotion et mes délices. Et nous ne devons rien épargner pour l'y honorer, en tâchant, pendant cette sainte octave, de réparer par nos hommages et adorations les injures qu'il y reçoit, tant des infidèles que des mauvais chrétiens. Je ne vous oublierai pas en sa présence et ferai la neuvaine que vous me (demandez. Mais faites-moi aussi, s'il vous plaît, quelques 'prières particulières devant cet adorable Sacrement, demandant qu'il me donne son saint amour et à tous les cœurs capables de l'aimer, et qu'il m'apprenne à bien porter la Croix, qui est un trésor inestimable et si précieux que je ne Jm'estime jamais plus heureuse que lorsqu'il me gratifie de quelqu'une de ces souffrances. Mon Dieu, ma chère Madame, qu'il est doux à une bonne religieuse d'être toujours attachée à la Croix, avec son Epoux crucifié !
C'est en l'amour de son sacré Cœur que je suis toute à vous.
S1' M. -M. d. 1. V. Ste-M. — D. S. B.
J'ai écrit à cette bonne demoiselle selon votre désir. Je prie Dieu que tout soit à sa plus grande gloire.
La suscription porte : « à Madame Ducret, religieuse de Sainte-Ursule à Paray. »