LETTRE CXXVI
A LA .MÊME
Vive j- Jésus!
Ma très chère sœur,
Je ne vous oublie pas devant Dieu, lequel je supplie de vous rendre une grande sainte. Il ne faut pour cela que vous rendre inviolablement fidèle en la pratique de toutes vos observances, et il ne faut pas être à Dieu à demi ; car, comme il se donne tout à celui qu'il aime, aussi veut-il posséder tout son cœur. Et quel plus grand bien, chère amie, que de n'être plus rien au monde et à nous-même, pour
être possédées de Dieu et ne posséder que lui seul ! Mais il ne nous faut pas flatter que nous puissions jouir d'un si grand bien sans souffrir beaucoup et sans nous faire violence. Mais, bon courage ! il n'y a que les violents qui ravissent le ciel, et vous savez qu'en la vie religieuse il s'en faut faire de continuelles, parce que c'est une vie tout opposée à la chair et aux sens, toute crucifiée, et qui, à bon droit, se peut appeler une vivante mort, puisqu'une bonne religieuse doit toujours être dans ce continuel exercice de mort à tous les plaisirs de la vie, par une vraie mortification de ses sens, une profonde humilité de cœur qui nous porte au mépris et oubli de nous-même. Je vous souhaite une fidèle correspondance à la grâce suivant les lumières que le Seigneur vous donne. Nous ne devons tendre en tout ce que nous faisons qu'à nous unir à Dieu, et à nous conformer à notre Epoux crucifié. Mais il faut pour cela mettre | bas et sous les pieds tous respects humains qui font tant d'obstacle à notre perfection. Je vous conseille de vous adresser au sacré Coeur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, si vous voulez être victorieuse de vos ennemis, et trouver la i force et consolation qui vous est nécessaire, laquelle il ne ' vous refusera pas si vous la lui demandez. Croyez-moi toute à vous clans le sacré Cœur de Jésus.
Sr Margte-Marie Alacoque de la Vlion Sse-M.