‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 198 sur 284 · MO · texte numérisé non relu

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toute sorte de misères du corps et de l'esprit, parmi l'oubli et le mépris ! Bénissez donc, à votre tour, notre souverain Maître de quoi il i me gratifie si amoureusement et libéralement de sa précieuse Croix, ne me laissant pas un moment sans souffrir. Ah ! que ferais-je, sans cela, dans cette vallée de corruption, où je mène une vie si criminelle, que je ne me regarde que comme un égout de misères, ce qui nie rend indigne de bien porter la Croix pour me rendre conforme à mon Jésus souffrant.

Mais, par la sainte charité qui nous unit dans son aimable Cœur, priez-le qu'il |ne me rebute pas, du mauvais usage que j'ai fait, jusqu'à présent, de ce précieux jtrésor de la Croix ; ne me Iprivant pas du bonheur de souffrir, car c'est là tout adoucissement queje trouve k la longueur de mon exil.

Ne nous lassons donc janais de souffrir en silence au orps et en l'esprit ; la Croix -st bonne en tout temps, en out lieu, pour nous unir à

monde que la Croix de mon divin Maître, mais une croix toute semblable à la sienne, c'est-à-dire, pesante, ignominieuse, sans douceur, sans consolation, sans soulagement. Que les autres soient assez heureux pour monter avec mon divin Sauveur sur le Thabor, pour moi je me contenterai de ne savoir point d'autre chemin que celui du Calvaire. Aussi ne trouvé-je d'attrait que dans la Croix. Mon partage sera donc d'être sur le Calvaire jusqu'au dernier soupir, parmi les fouets, les clous, les épines et la Croix, sans consolation ni plaisir que celui de n'en point avoir. Et quel bonheur de pouvoir toujours souffrir en silence, et mourir enfin sur la Croix, accablée sous le poids de toutes sortes de misères au corps, en l'esprit, parmi l'oubli et le mépris ! car l'un ne me saurait plaire sans l'autre. Bénissez donc, mon Révérend Père, et remerciez pour moi notre souverain Maître de ce qu'il m'honore si amoureusement et si libéralement de sa précieuse Croix, ne me laissant pas un moment sans souffrir. Ah !

que ferais-je sans cela dans cette vallée de larmes, où je mène une vie si criminelle, que je ne me regarde que comme un égout de misères ?

Jésus-Christ souffrant et mourant de la mort de notre amour. Il faut donc tâcher de nous rendre ses véritables copies, souffrant et mourant de la mort de son pur amour crucifié ; car on ne peut aimer sans souffrir.

Je me fais un contentement de voir les autres tout abîmés dans les plaisirs de l'amour jouissant ; pourmoi, je n'en veux point ici d'autres que de me voir abîmée dans les douleurs d'un pur amour souffrant.

Jouissez donc, à la bonne heure ; et moi, je souffrirai sans choix ni désir, de notre part, que l'accomplissement du bon plaisir divin, auquel il nous faut vivre tout abandonnés dans le parfait oubli de nous-mêmes. Laissonslui faire en nous et de nous selon son désir, sans nous réserver autre soin que de l'aimer en souffrant ou agissant ; cela suffît. Pourvu qu'il se contente, c'est assez.

Mais je sens bien que je me satisfais trop en vous parlant des souffrances. Je ne peux faire autrement car l'ardente soif que j'en sens

Et c'est ce qui me fait craindre que je ne me rende indigne du bonheur infini de porter la Croix, pour me rendre semblable à mon Jésus souffrant. Je vous conjure, si vous avez quelque charité pour moi, priez cet aimable Sauveur de ne se point rebuter du mauvais usage que j'ai fait jusqu'à présent de ce précieux trésor de la Croix, ne me privant pas du bonheur de souffrir ; car c'est là tout l'adoucissementque je trouve à la longueur de mon exil.

Ne nous lassons donc jamais de souffrir en silence. La Croix estbonne en touttemps et en tout lieu, pour nous unir à Jésus-Christ souffrant et mourant. On ne peut l'aimer véritablement sans souffrir ; et je puis dire que je ne l'aime point du tout, puisqu'il me semble que je souffre si peu, que ma plus grande souffrance c'est de ne pas assez souffrir. Je me fais un plaisir de savoir que les autres sont comblés des douceurs de l'amour jouissant ; pour moi je n'en veux point ici d'autre que de me voir abîmée dans les douleurs du pur amour souffrant. Mais je sens bien que je me satisfais trop en vous parlant des souffrances, et je ne saurais faire autrement, car l'ardente soif que j'en ai m'est ur

ne tourmente [plus] que je îe vous puis exprimer.

Et je ne sais ni aimer ni

ouffrir, ce qui me fait voir

[ue tout ce que j'en dis n'est

[ue des productions de mon

orgueilleux amour-propre.

fous me consolez pourtant

jieaucoup, en me parlant du

:>ur amour. Lui tout seul

uffit ; mais il me semble

ue nous n'aurons jamais

îssez de temps pour l'aimer.

l'est uniquement l'objet de

otre amour.

tourment que je ne puis vous exprimer, et cependant je connais bien que je ne sais ni aimer, ni souffrir; ce qui me fait voir que tout ce que j'en dis, ce n'est qu'un pur effet de mon amour-propre et d'un orgueil secret qui vit en moi. Ah ! que je crains que tous ces désirs de souffrir ne soient que des artifices du démon pourm'amuser par des sentiments vains et stériles ! Mandez-moi sincèrement ce qu'il vous en semble.

[ Ah ! que vous serez heureux de le pouvoir recevoir tous îs jours, lorsque vous célébrerez ce divin sacrifice d'amour ' ! e m'en réjouis bien fort, non seulement parce que j'y parciperai et m'y unirai, mais aussi pour le plaisir qu'il rendra d'entrer dans un cœur qui l'aime, et qui est tout Lui et qui ne veut que Lui. Demandez pour moi la même race, afin qu'en nous rendant de véritables copies de notre riour crucifié, nous correspondions fidèlement aux desseins a il a de nous sanctifier ; et puisque vous voulez que nous bus écrivions quelquefois, que ce ne soit donc que [de] îmour divin et de la Croix.

I Mais, encore une fois, je ne vous peux assez remercier de

i part que vous me donnez à vos prières. Je vous donne

iart], comme nous l'avons promis, à tout ce que je puis

ire ou souffrir, mais encore aux prières que l'on fait pour

1. Le P. Croiset a célébré sa première messe le jeudi saint, mars 1690. La lettre est donc antérieure à cette date. Elle a été |aisemblablement écrite à la fin de 1689 ou au commencement de ,90.

moi, car je vous dirai confîdemment que deux grands serviteurs de Dieu se sont sentis pressés, par son ardente charité, de me faire le plus précieux de tous les présents, qui est chacun une messe pour moi. Si vous saviez combien mon cœur est sensible à cette charité, vous m'aideriez à les recommander devant le Seigneur. Mais j'espère que son sacré Cœur suppléera à toutes mes impuissances, puisqu'il est tout mon trésor, tout mon pouvoir et toute mon espérance. Et lorsque j'y vais, il me semble vous y trouver toujours bien avant.

Soyez donc, à jamais, tout à lui, et vous laissez brûler et consommer de ses plus pures flammes, par lesquelles je le supplie nous transformer tout en lui.

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