TROISIÈME PARTIE
DE LA
BIENHEUREUSE MARGUERITE-MARIE
Cette troisième partie des écrits de la Servante de Dieu comprend 78 pièces. Les cinquante-deux premières sont plus spécialement des avis particuliers selon les besoins spirituels de chacune des novices ou des sœurs qui les sollicitaient. Les autres, sauf quelques délis personnels donnés au moment des retraites ou «solitudes », s'adressent à tout le noviciat. Nous ne ferons qu'une seule série de tous ces écrits qui seront numérotés de I à LXXVIII. Nous laissons cependant subsister le titre : Avis particuliers pour les cinquante-deux premières pièces, et nous réunissons les vingt-six autres sous la dénomination de : Défis et Instructions. La qualification : Écrits divers qui s'appliquait, dans les précédentes éditions, à quelques morceaux nous semble inutile, ces écrits divers n'étant autre chose que des Instructions.
Il eût été malaisé de chercher à établir un ordre logique ou chronologique dans tous ces avis. Nous avons adopté l'ordre de classement suivi dans la traduction authentique faite à Rome lors de l'examen des écrits de la Servante de Dieu, nous bornant à ajouter ou à intercaler les pièces nouvellement découvertes ou celles qui ne figuraient pas dans la collection envoyée à Rome et qui nous ont été fournies par un de nos vieux manuscrits ou par Mgr Languet.
Nous donnons trois pièces complètement inédites, deux autres inédites en partie et une qui, bien que publiée déjà par Languet, manquait aux éditions précédentes.
Sur ces 78 morceaux, dix seulement sont reproduits d'après les manuscrits autographes encore conservés. Les autres sont tirés du Ms. 7, très ancienne copie du commencement du xvme siècle. Nous les avons collationnés avec la traduction italienne faite sur les copies authentiques envoyées à Rome avec
les attestations de l'Évèché d'Autun. Au surplus, Mgr Languet les avait publiés pour la plupart en 1729, et il en avait le texte dès 1715, époque de la procédure qui donna lieu à la première recherche et reconnaissance officielle des écrits de la Servante de Dieu. On ne peut pas, à moins d'avoir tous les originaux, désirer plus de garanties. Nous ne possédons pas, sans doute, à beaucoup près toutes les précieuses feuilles écrites au jour le jour par Marguerite-Marie et données aux unes et aux autres autour d'elle; mais les soixante-dix-huit pièces conservées et publiées ici sont bien authentiquement son œuvre et nous donnent une idée suffisante de sa méthode de direction du noviciat.
Marguerite-Marie nous y apparaît avec toutes ses qualités et ses vertus et s'y montre une excellente maîtresse de la vie spirituelle. Sa doctrine est une moelle savoureuse formée par l'assimilation des pensées de la Ste Écriture, des Pères de l'Eglise, et des enseignements salésiens. Ce que Marguerite y a ajouté, c'est la révélation du sacré Cœur, dont la dévotion y est mise en œuvre avec zèle et sagesse, comme aussi avec un grand esprit pratique. Il est aisé de voir qu'elle a sur ce point une expérience consommée. Elle nourrit ses chères novices de ce qui alimente sa propre piété depuis bien des années. Nous avons déjà fait remarquer, à propos des écrits précédents, les analogies de la doctrine de la Bienheureuse avec celle des grands mystiques. Les rapprochements seraient faciles à établir.
Ce qu'il importe de signaler comme le caractère particulier des écrits qui suivent, c'est l'autorité qui s'y fait sentir. La Servante de Dieu, si humble, si défiante d'elle-même, parle à ses chères enfants avec une assurance étonnante, une précision, une force d'affirmation qui s'impose. En même temps, elle sait prendre le ton qui convient à chacune, relevant avec des caresses maternelles les âmes craintives ou découragées et battant en brèche, par des coups vifs et répétés, l'orgueil ou l'amourpropre. Elle est impitoyable à la dissimulation, a horreur de la flatterie, fait une guerre acharnée à toute recherche personnelle et à l'attachement aux créatures. Elle sait que son Maître ne veut point de cœurs partagés et elle y revient sans cesse, sévère pour les âmes qui s'obstinent à faire, de parti pris, des compro-
missions entre l'amour de Dieu et les affections terrestres; mais tendre, compatissante, pressante avec celles qui luttent généreusement. C'est surtout au cœur qu'elle frappe pour toucher les libres vives de l'âme. Elle appuie sur les vrais ressorts et met en jeu les sentiments les plus nobles comme aussi les plus délicats de l'âme féminine, si bien faite pour comprendre que le Maître des cœurs est un époux jaloux. Il faut y faire le vide de tout ce qui est terrestre — on croirait entendre saint Jean de la Croix — si l'on veut que Dieu les remplisse. On doit s'oublier soi-même pour être aimé avec prédilection par Jésus, soumettre son esprit, sa volonté, ses affections et laisser Dieu régner en maître. Elle connaît l'action forte et délicate, incessante et mystérieuse de la grâce divine et la coopération fidèle, docile, généreuse qu'on doit y donner. Tels élans vifs et ardents, tels traits de feu font penser à saint Augustin. Elle insiste sur l'oraison
i comme sainte Thérèse. Au reste, il faut aller à Dieu avec joie, franchise, douceur, simplicité, ne pas se rebuter de ses fautes : on reconnaît partout la disciple de saint François de Sales. Puis, elle montre sans cesse dans le sacré Cœur une demeure spirituelle où l'âme peut se réfugier pour y trouver la force, la consolation, le remède, s'y associer aux sentiments de Jésus dont il faut s'inspirer en tout. L'âme fidèle priera avec lui, souffrira avec lui, aimera avec lui, prendra de lui les nécessaires
.leçons de l'humilité, de l'obéissance, du sacrifice. En un mot il y a tout dans le divin Cœur au profit de qui a tout quittj pour lui.
Nous donnons ci-après un tableau des références concernant les soixante-dix-huit pièces qui suivent. Il nous dispensera des indications au bas des pages où l'on ne trouvera que les notes spéciales à chaque morceau et les variantes de quelque importance.
Janvier 1915.
f FRANÇOIS-LÉON, Archevêque de Besançon.
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