LETTRE CXL
LETTRE A SON DIRECTEUR ' Texte donné par le P. Croiset (p. 32).
Il me semble, mon Révérend Père, que je ne serai jamais en repos que je ne me voie dans des abîmes d'hu-
1. Cette lettre est donnée par A et B comme adressée au P. Rolin. Lis Contemporaines la citaient comme écrite par la Servante de Dieu « à son directeur ». Le P. Croiset qui l'a publiée le premier [Abrégé Je la vie, etc., p. 32) et auquel tous les autres l'ont empruntée, après avoir cité une longue lettre écrite « à un Père de la Compagnie de Jésus, en qui elle avait quelque confiance », dit simplement Avant de citer celle-ci : '< Et dans une autre lettre. » Il semble donc bien qu'il s"agit toujours du même père « en qui elle avait quelque
miliations et de souffrances, inconnue à tout le monde et ensevelie dans un éternel oubli ; ou, si l'on se souvient de moi, que ce ne soit que pour me mépriser davantage, et pour me donner quelque nouvelle occasion de souffrir quelque chose pour Dieu. Voilà, mon Révérend Père, ce que je demande sans cesse à mon divin Sauveur, et je ne sais s'il y a en ceci quelque illusion, mais je puis vous assurer, qu'à son amour près, je ne puis demander autre , chose, ou, pour mieux dire, je ne sais demander pour moi qu'une seule chose, à savoir, un ardent amour de Jésus- Christ crucifié, et par conséquent un amour souffrant
Je ne sais, dit-elle, dans un autre endroit, si je ne me trompe, mais il me semble que mon plus grand plaisir serait d'aimer mon aimable Sauveur d'un amour aussi ardent que l'est celui des séraphins; mais je ne serais pas fâchée ce me semble, que ce fût dans l'enfer même que je l'aimasse. La pensée que j'ai, qu'il y aura un lieu dans le monde où pendant toute l'éternité un nombre infini dames rachetées par le sang- précieux de Jésus-Christ, n'aimeront nullement cet aimable Rédempteur; cette pensée, dis-je,. mafflig-e quelquefois jusqu'à l'excès. Je voudrais, mon divin Sauveur, si c'était votre volonté, souffrir tous les tourments de l'enfer, pourvu que je vous y aimasse autant xu'auraient pu vous aimer dans le ciel tous les malheureux lui souffriront toujours, et qui ne vous aimeront jamais. Eh quoi ! est-il raisonnable qu'il y ait un lieu dans le monde
'•onfiance. » Mais la première, citée sous cette rubrique, se retrouve out entière dans la 5e des inédites d'Avignon, qui sont, à n'en pas 'outer, adressées au P. Croiset. Il est donc à croire que celle-ci, qui omprend d'ailleurs deux fragments d'une même lettre ou de deux îttres différentes, fut également adressée au P. Croiset. Cependant, omme elle ne se trouve pas dans les inédiles d'Avignon, pour ne ien affirmer de trop, nous la laisserons simplement sous le titre onné par les Contemporaines et par Galliffet : « A son directeur. » - Galliffet la reproduit, p. 118; Seguin, p. '277; A, cxxvm et B,
où pendant toute l'éternité Jésus-Christ ne soit pas aimé? En vérité, si l'on savait le désir que j'ai de souffrir et d'être méprisée, je ne doute pas que la charité ne portât tout le monde à me satisfaire en ce point .
LETTRE GXLI
LETTRE A SON DIRECTEUR * Texte donné par le P. Croiset (pp. 94-96).
Que ne puis-je, dit-elle, dans une de ses lettres, raconter a tout ce que je sais de cette aimable dévotion h, et découvrir à toute la terre les trésors de grâces que Jésus-Christ renferme dans ce Cœur adorable, et qu'il a dessein de répandre avec profusion sur tous ceux qui la pratiqueront ! Je vous conjure, mon Révérend Père, n'oubliez rien pour l'inspirer à tout le monde. Jésus-Christ m'a fait connaître
a) Contemporaines: « à tout le monde » — h) Galliffet, Seguin, A et B : « au sacré Cœur de Jésus ».
1. Cette lettre publiée pour la première fois par Croiset, en 1691, a été ensuite donnée par Languet (p. 224), par Galliffet (2e p., p. 124), par le recueil de Seguin, Avignon, 1830 (Lettre 29e, p. 283). Elle S€ trouvait dans A au n° CXXXI1 et dans B au n° CXXXIV. Le Ms. des Contemporaines la donne comme adressée au R. P. de La Colombière Languet n'indique pas le destinataire. Galliffet la place au septième rang des huit lettres qu'il reproduit sous ce titre : « A son directeur. >
A et B, après le titre : » Lettre à son directeur », ont mis la not( suivante :
« Voici la lettre qu'on suppose avoir été adressée au R. P. de L; Colombière. Cependant la manière si précise dont s'exprime la Ser vante de Dieu, par rapport à la Compagnie, de Jésus, ferait croin que ses paroles se rattachent aux connaissances très spéciales qu'ell reçut à ce sujet vers 1686, et plus encore eu 1689; et dans ce cas, 1 lettre serait bien au Père Rolin. »
Nous croyons que cette observation est juste, sauf peut-êtr qu'elle est trop affirmative en nommant le P. Rolin. Il se peut aus;bien que le destinataire soit le P. Croiset. Nous la laisserons, comm la précédente, sous le titre : « A son directeur. »
d'une manière à n'en point douter que c'était principalement a par le moyen des Pères de la Compagnie de Jésus qu'il voulait établir partout cette solide dévotion, et par elle se faire un nombre infini de serviteurs fidèles, de parfaits amis, et d'enfants parfaitement reconnaissants7'. Les trésors de bénédictions et de grâces que ce sacré Cœur renferme sont infinis c ; je ne sache pas qu'il y ait nul exercice de dévotion dans la vie spirituelle qui soit plus propre pour élever en peu de temps une âme à la plus haute d perfection, et pour lui faire goûter les véritables douceurs qu'on trouve au service dee Jésus-Christ. Oui, je le dis avec assurance, si l'on savait combien ^ cette dévotion est agréable à Jésus-Christ, il n'est pas un chrétien, pour peu d'amour qu'il ait pour cet aimable Sauveur, qui ne la pratiquât d'abord. Faites en sorte, surtout, que les personnes religieuses l'embrassent, car elles en retireront tant de secours qu'il ne faudrait point d'autre moyen pour rétablir la première ferveur et la plus exacte régularité dans les Communautés les moins bien réglées, et pour porter au comble de la perfection celles qui vivent dans la plus 9 jgrande régularité /(.
Pour les personnes séculières, elles trouveront, par le .moyen de cette aimable dévotion, tous les secours nécessaires à leur état, c'est-à-dire la paix dans leurs famiPes, le
a) Cont. suppriment : « principalement » — h) Conl. sup-
ariment la phrase suivante : « Les trésors... sont infinis » —
:) Languet commence ici l'extrait qu'il donne de cette lettre —
i) Languet et Conl. : « sainteté » — e) L. et Croiset : « Dieu »
— / L. et C. : « Jésus-Christ a agréable cette dévotion. » —
j) L. et C. : « exacte » — h) L. C. Seguin, A et B mettent ici
e paragraphe concernant ceux qui travaillent au salut des âmes
t avec des variantes : <- Mon divin Sauveur m'a fait entendre
lue ceux qui travaillent au salut des âmes auront l'art de toucher
es cœurs les plus endurcis, et travailleront avec un succès mer-
eilleux, s'ils sont pénétrés eux-mêmes d'une tendre dévotion à
on divin Cœur. »
soulagement dans leurs travaux, les bénédictions du Ciel dans toutes leurs entreprises a, la consolation dans leurs misères ; et c'est proprement dans ce sacré Cœur qu'elles trouveront b un lieu de refuge pendant toute leur vie, et; principalement à l'heure de c la mort d. Ah ! qu'il est doux de mourir après avoir eu'" une tendre et constante dévo-'l tion au sacré Cœur de Jésus-Christ !
Mon divin Maître m'a fait connaître que ceux qui travaillent au salut des âmes travailleront avec succès et sauront l'art de toucher les cœurs les plus endurcis, s'ils ont; une tendre dévotion à son sacré Cœur, et s'ils travaillent' à l'inspirer et l'établir partout.
Enfin il est tout visible f qu'il n'est personne au monde qui ne 9 reçût toute sorte de secours du Ciel, s'il avait pour Jésus-Christ un amour h véritablement reconnaissant, tel qu'est celui qu'on lui témoigne par la dévotion à son sacré Cœur.
LETTRE CXLII > Vive f Jésus !
Mon très cher, Il m'a pris un désir de conférer avec vous des choses
a) Languet supprime : « la consolation dans leur misère » — h) A et B : « un refuge » — c) L. et C, Seg., A et B : « de leui mort » — d) Galliffet termine ici son extrait. — e) L., C, Seg. : « une constante dévotion au sacré Cœur de celui qui doit nout juger ». — A et B : « au Cœur de celui qui doit nous juger >. — j) L., C, S., A., B : « il est visible » — g) L., C, S., A., B « ressentît » — h) C. : « parfaitement reconnaissant ». — L., S. A., B : « un amour reconnaissant ».
1. Cette lettre ne se trouve que dans le seul recueil de Seg-uin Avignon, 1840. Elle y est placée la dernière avec cette indicatioi
spirituelles et de vous faire part du désir que j'ai de m'embarquer plus avant, ou plutôt de me submerger dans cette sublime mer de l'amour de Dieu ; et comme je connais que celui qui en est le conducteur est le Saint-Esprit, je vous conjure de m'obtenir de lui qu'il me reçoive dans son navire Mais comme il ne faut pas s'embarquer dans un voyage si important sans armes pour combattre, je vous serai obligée si par votre entremise je puis avoir en pratique ce que°je ne connais encore que par spéculation, qui est le pur amour de Dieu pour faire et souffrir chaque jour toute chose en perfection, marcher en sa présence, de blesser souvent le Cœur de l'Epoux par des oraisons jaculatoires, de tenir mon cœur attentif à celles qu'il m'adressera, puisque par ce moyen j'enrichirai mon cœur d'un trésor qui croîtra insensiblement, comme l'argent dans le tronc, et lequel ne sera connu qu'après la mort, après laquelle je voudrais bien en avoir fait davantage.
■ Au même », c'est-à-dire : à son directeur. Elle est suivie d'un facile de 1 écriture de la Bienheureuse. Outre qu'il est aisé à pre-
ZZ 7B\ ,e T;0111131^ qUe CG n'est Pas récriture de Marguerite- 'Marie, le style et la manière de dire sont encore bien moins d'elle In y a pas jusqu à l'en-tête : » Mon très cher » qui ne jure avec sa iiaçon ordinaire.
L noVvKm11 CG bill6t' d'après Se^in' sous le n° CXXXI et B sous e n LXXXIII, avec cet en-tête « Mon très cher Père. >, Le dernier ■not „e se trouvant pas dans le fac-similé de Seguin, a donc été suppose gratuitement. De plus, A et B donnaient cette lettre comme .dressée au P. Rolin. Quoique nous soyons convaincu qu'elle n'est Cl t S ,Bfienheu,reuf > nous la reproduisons néanmoins, comme ont t les Ldi eurs des Saints Pères, qui donnent leurs œuvres supposes après leurs œuvres authentiques.
Marguerite-Marie Alacoque. — II.