‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 212 sur 284 · ABANDON TOTAL AU SACRÉ CŒUR · texte numérisé non relu

ABANDON TOTAL AU SACRÉ CŒUR

Je crois que vous contenterez le sacré Cœur de Jésus quand vous vous abandonnerez tellement à lui qu'il sera le regard de vos yeux, l'entendement de vos oreilles, la lumière de votre entendement, les affections de votre volonté, le souvenir de votre mémoire et tout l'amour de votre cœur ; lui laissant faire pour vous selon ses desseins, sans vous rien réserver que le soin de lui plaire et l'aimer par-dessus toutes choses, bannissant toutes les réflexions d'amour-propre et retour sur vous-même qui font tant d'obstacles aux opérations de la grâce en vous-même. Allez donc simplement avec Notre-Seig-neur qui ne vous perdra pas, car il vous aime. Confiez-vous en lui en vous oubliant

1. A et B réunissaient cet avis au XXI, Languet faisait de même, p. 212.

et méprisant vous-même. Contentez-vous de l'aimer et le laisser faire et cela seul vous suffit. Dieu soit béni !

Vive -f Jésus !

A UNE NOVICE [SŒUR MARIE-CHRISTINE BOUTHTEÏt]

Il est vrai, ma très chère sœur, que l'affection que j'ai pour vous me fait désirer souvent que vous soyez une bonne religieuse, ce que vous ferez facilement si vous travaillez tout de bon et courageusement à la véritable mortification de vos sens, passions et inclinations, conformément à ce que la Constitution ordonne ; ne vivant pas selon l'humeur naturelle qui nous porterait à être tantôt gaie et à dire des paroles bouffonnes sur tout ce qui se présente, et d'autres fois de si mauvaise humeur que tout nous fâchera, ne nous faisant pas un trop grand scrupule de voir et entendre ce que nous avons envie, de dire quelques paroles au temps de silence. Voilà, mon pauvre enfant, de plus grands obstacles à votre perfection que vous ne pensez et l'amour du sacré Cœur de Notre-Seigneur vous demande un prompt amendement, qui ne se peut faire que par cette véritable mortification. Et souvenez-vous que saint Bernard dit que les paroles de bouffonnerie sont un blasphème en la bouche d'un religieux. Toutes les fois que vous en direz, vous ferez une pénitence comme de tenir un peu d'absinthe à votre bouche l'espace de cinq Pater. Et lorsque vous aurez fait quelque faute par curiosité, vous baiserez cinq fois terre en disant : « Miserere mei Deus » ; ce verset seulement pour la première et seconde faute ; et si vous retombez une troisième, vous me la viendrez dire. S'il arrive que vous manquiez à la règle du silence, vous vous priverez de man-

ger votre dessert au premier repas. Je vous avoue, ma chère sœur, que j'aurais bien envie de vous rendre une bonne religieuse ; mais si vous n'y travaillez vous-même je n'en viendrai pas à bout. Soyez donc pour cela humble et douce à supporter les petites mortifications qui vous arriveront, souffrant avec une douce égalité et tranquillité d'être humiliée et contrariée, en pensant que c'est des moyens que le Cœur amoureux de votre bon Père céleste vous a préparés pour vous perfectionner selon ses désirs. Ne donnez pas la liberté à votre cœur de tant réfléchir inutilement sur ce qui vous mortifie et humilie : cela ne sert qu'à éteindre en vous l'esprit intérieur et engraisser votre amour-propre.

Voilà ce que je désire que vous fassiez pour le présent, en vous rendant fidèle à nos saintes observances, si vous désirez que le sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ vous reconnaisse et avoue pour une de ses filles, et moi, votre chétive et indigne maîtresse, reconnaîtrai, par l'attention que vous aurez à vous perfectionner suivant ces maximes, si vous avez de l'amitié pour moi qui vous chéris tendrement. N'en doutez pas, ma chère sœur1, et tâchez, selon la signification de votre nom, de vous rendre une vraie imitatrice de Jésus-Christ, auquel je vous supplie de •demander la grâce que nous puissions vivre et mourir en son saint amour, lequel je supplie consommer toutes nos tiédeurs et lâchetés, surtout à la sainte oraison, où je vous prie de vous rendre fidèle, pour n'y pas dérober le temps à Dieu; car c'est du bon emploi de cette action d'où dépend tout le reste, et pour la bien faire, il faut être fort recueillie et bien mortifiée et tout ira bien. Voilà ce que je vous

1. Le Ms. 7 met ici : « ma chère Christine ; » le Ms. D 1, dont le texte « tiré sur les originaux » est plus sûr et en parfaite conformité avec la traduction italienne de la S. Congrégation, met seulement : « ma chère Sœur- » La phrase qui suit montre bien que la Servante de Dieu pensait au nom de Christine, mais elle n'avait pas accoutumé de nommer ses novices par leur prénom.

recommande et d'aimer le sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de l'adorer souvent en vous donnant et offrant toute à lui.

Vive j Jésus !

a une autre qui ne s'était pas ouverte avec simplicité au sujet d'une affection particulière

Je suis bien aise, ma chère sœur, que Notre-Seigneur vous ait fait connaître cet obstacle à votre perfection par un autre moyen que par le mien, espérant qu'il vous en fera mieux comprendre l'importance lui-même que je n'aurais pu faire. Mais sachez que ce n'est pas le tout d'avoir connu cette faute si vous ne venez à l'amendement par un généreux détachement de cette sœur. Et voici les movensqu'il faut prendre : c'est de tâcher, en place de cet empressement, que vous sentez pour elle, d'avoir une grande indifférence pour tout ce qui la concerne, n'en parlant que pr.r nécessité, n'affectant point de vous mettre auprès d'elle dans les conversations, ne lui faisant caresse par des paroles d'affection et témoignages de complaisance, diteslui simplement que Notre-Seigneur vous a fait connaître que l'attachement que vous aviez pour elle était un obstacle à votre perfection. Et lorsque vous aurez fait quelque faute volontaire sur ce que je vous dis, vous viendrez vous en accuser. Remarquez que c'est le démon qui vous fait manquer de simplicité à vous en découvrir, pour vous empêcher de rompre ce lien par lequel il vous tient attachée à lui et pour vous empêcher de vous unir au sacré Cœur de Notre- Seigneur, lequel se retirera de votre âme si vous vous attachez à quelque autre qu'à lui. Et lorsque vous manquerez à la simplicité et humilité, vous perdrez l'amitié de ce sacré

Cœur, lequel laissera le vôtre comme une terre stérile qui ne produit que des épines et des chardons, c'est-à-dire des fautes et imperfections — cela s'entend quand nos fautes sont volontaires. Voilà, ma chère sœur, ce que j'ai à répondre sur votre billet et que vous travailliez fidèlement à la mortification de vos sens, tâchant de vous rendre humble et simple, si vous voulez être avouée pour une vraie fille du sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Vive -j- Jésus !

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