EXHORTATION AU COMPLET DÉNUEMENT
Je n'ai que ce petit mot à vous dire, ma très aimée sœur. Ce n'est que dans le parfait dénuement de vous-même et de tout ce qui n'est pas Dieu que vous trouverez la vraie ipaix et le parfait bonheur; car n'ayant rien, vous aurez tout dans le sacré Cœur de Notre-Seigneur, qui vous veut sauver par là. Ne faites donc état que de ce qui vous aidera à vous dénuer et dépouiller. Soyez sourde à tous les raisonnements de la nature et de l'amour-propre ; aveugle à toutes ces vues de respect humain, car tout cela fait un grand obstacle au pur amour, qui rejette les tièdes et ne se 'donne qu'aux humbles et fervents. Voilà ce que j'avais à vous dire et que vous soyez fidèle à vos bonnes résolutions, afin que ce sacré Cœur ne vous rejette jamais : ce qu'il ne fera qu'après que vous l'aurez abandonné par mépris. Mais Ij'espère que son amour vous gardera de ce malheur, car il vous aime et veut que vous lui rendiez du retour, en ne
négligeant rien de ce qu'il vous fera connaître vouloir de vous. Aimez-le donc en vous quittant et oubliant vousmême et le priez pour cette indigne qui vous aime tendrement en Notre-Seigneur.
Vive -j- Jésus !
A UNE NOVICE QUI AVAIT TIRÉ AU SORT UN BILLET INDIQUANT QUELLE DEVAIT ÊTRE COMME UN CIERGE ARDENT DEVANT LE SAINT SACREMENT
Je vous souhaite, ma très aimée sœur, la fidèle pratique de tout ce qui est marqué dans le billet que le sort vous a donné ; et il me semble que le sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ serait content de vous, comme je l'espère que vous le ferez de tout votre pouvoir.
Il faut donc imiter le cierge ardent : que votre cœur soit la cire blanche, dont le propre usage est pour brûler. Votre volonté sera comme la mèche, laquelle n'est pas d'un seul fil; de même il faut que votre volonté soit unie à vos affections pour faire cette mèche entière, propre à être brûlée par le feu du divin amour, qui doit consommer en vous toutes affections aux choses terrestres. Et je crois que si vous vous appliquez un peu à considérer ce que cela vous signifie, vous le connaîtrez mieux que je ne vous le puis dire. Seulement j'ajoute que vous devez vider votre cœur de tout pour vivre dans un parfait dénuement de vous-même, pour ne vous remplir que du pur amour, renonçant à toutes vaines satisfactions et propre intérêt I
Voyez, ma chère sœur, il faut que vous soyez de ces violents qui ravissent le ciel par force; mais le Seigneur vous aidera. Ne vous laissez jamais abattre le courage ni
troubler de rien. Tenez toujours votre àme en paix parmi les divers changements de la vie et elle deviendra le troue de Dieu, à qui je crois que vous plairez beaucoup, si vous retranchez tout retour et réflexion sur vous-même, car c'est là un des plus grands empêchements des effets de la grâce en vous. Mais soyez constamment fidèle à faire ou éviter tout ce que le Seigneur vous fera connaître lui être agréable ou lui déplaire, afin que vous ne perdiez jamais l'amitié de son sacré Cœur. Ne vous affligez pas pour tous ces dégoûts et sécheresses que vous sentez en le servant, votre amour en est plus pur et vos services plus agréables, car il veut que vous le serviez ainsi sans autre appui que la foi nue et simple mais fervemment et constamment. C'est le souhait que vous fait votre indigne sœur et servante.
Vive -j- Jésus!
A UNE AUTRE QUI ÉTAIT SOUS L'IMPRESSION DE LA CRAINTE £ T QUI LAVAIT CONSULTÉE SUR LA MANIÈRE DE FAIRE ORAISON
Pour ce qui est de vos peines, je vous dirai simplement ma pensée comme à ma bien aimée sœur. En premier lieu, je crois que c'est l'effet d'un très grand amour de Notre- Seigneur envers vous que cette crainte qu'il vous donne ; car, voyant son amour n'être pas assez fort en vous pour vous faire faire le bien et éviter le mal, il mêle la crainte avec l'amour, afin que tous deux ensemble vous fassent faire ce qu'il désire de vous. Ayez toujours une crainte amoureusement filiale qui vous fasse opérer le bien et éviter le mal et rejeter toutes autres craintes, car elles ne viennent que de l'esprit de ténèbres; et faites que l'amour chasse peu à peu cette crainte, disant en chacune de vos actions :
« Mon Dieu, c'est pour l'amour de vous que j'ai fait cela », renonçant à toute autre intention. Renouvelez vos vœux autant de fois que vous vous sentirez attaquée de ces peines.
Ce qui affaiblit la grâce de l'amour en votre cœur, c'est qu'il est trop attaché à la créature et au plaisir de se satisfaire. Il faut mourir à tout cela, si vous voulez que le pur amour règne en votre cœur; il faut, de plus, rompre cette attache à votre propre volonté, car elle déplaît beaucoup au sacré Cœur de Jésus, lequel permet que vous sentiez des dégoûts en l'oraison et aux pratiques de la vertu, parce que vous goûtez trop la créature; et c'est aussi afin de vous donner plus grande matière de mérite. Mais il veut votre fidélité constante. Quoi qu'il vous en coûte, il faut persévérer, car le sacré Cœur est ennemi de toute sorte d'inconstance, et c'est là votre plus grand mal; mais il n'y a que vous, avec la grâce de Dieu, qui puissiez y remédier en vous faisant violence continuellement. Il s'y faut résoudre et vous ne trouverez jamais la paix jusqu'à ce que vous soyez dans le parfait dénuement où Dieu vous veut. Travaillez-y donc fervemment, parce que il n'y a point de perfection pour vous hors de là. L'oubli de vous-même, l'amour de votre propre abjection sont les plus courts et sûrs moyens d'y arriver.
Cette manière d'oraison est bonne : demeurez-y dans une parfaite conformité au bon plaisir de Dieu, soit qu'il vous console ou vous afflige, y faisant souvent des actes de soumission et d'abandon, en vous détournant simplement des distractions. Ne vous troublez point pour toutes ces craintes de l'enfer : j'espère que l'amour du sacré Cœur vous en garantira. Faites là-dessus force actes d'espérance et de confiance en sa bonté, laquelle ne vous abandonnera pas. Et pour ce qui est de vous avoir repris de vos défauts, la tendre affection que j'ai pour vous ne me permet pas de vous les celer, car j'ai un grand désir de votre perfection
et avancement au saint amour : car il n'y a rien que je ne voulusse faire et souffrir pour cela. Travaillez-y donc tout de bon, car Dieu veut cela de vous, et si vous ne le faites, il ne laissera pas de vous faire rendre compte des grâces que vous auriez reçues si vous y aviez été fidèle. Vous en savez assez. Faites fidèlement, gaiement et de bon cœur, suivant les lumières qu'il vous donne.
Vive -f Jésus !
A UNE NOVICE IMPARFAITE QUI ÉTAIT PEINÉE, PARTICULIÈREMENT AU SUJET DE SA VOCATION
C'est de toute l'affection de mon cœur qui vous aime dans Celui de Notre-Seigneur, que je voudrais, en conten- , tant votre désir, vous pouvoir donner tout ce qui est de plus utile à la perfection que notre bon Maître désire de vous, avec la force et le courage de l'accomplir. Après m'être adressée au sacré Cœur de Jésus à l'oraison et à la communion, je vous dirai simplement ma pensée, laquelle j'espère qu'elle vous profitera, selon la croyance et l'attention que vous y ferez.
Premièrement, ne vous faites pas de la peine à examiner si votre vocation vient de Dieu : il ne faut pas douter de cela, et que vous ne soyez une de ces plantes que le Père céleste a mise dans son parterre pour la cultiver de sa main, la conserver par sa Providence et la faire fleurir en odeur de suavité, par les ardeurs de son saint amour, pourvu que votre volonté résiste courageusement aux empêchements que l'ennemi tâchera d'y mettre par les oppositions de notre nature corrompue, où il suscite de conti-
nuelles répugnances, dégoûts et aversions du bien, tâchant de nous troubler et décourager, afin de nous empêcher de croître en la vertu et d'avancer l'œuvre de notre perfection. Mais il vous faut faire une généreuse violence, en vous rendant fidèle à Dieu, à vos Règles et à vous-même :
Fidèle à Dieu en ne disputant pas avec les mouvements de la grâce, lorsqu'elle vous presse de faire le bien ou d'éviter le mal . Pensez que cette même grâce qui vous sollicite à présent si vivement et à laquelle vous avez tant de fois résisté, se lassera et se ralentira peu à peu et se retirera de vous, laissant votre âme comme une terre sèche et stérile qui ne portera que des fruits de perdition. Dieu vous garde de ce malheur, lequel, j'espère de sa bonté, ne vous arrivera pas, si, lorsque vous entendrez sa voix, vous n'endurcisse zpas votre cœur ; car elle vient et elle passe et ne retourne plus. Après, nous la cherchons, nous la demandons sans la pouvoir obtenir, car elle se joue de nous à son tour, comme nous nous sommes joués d'elle. Voilà ce qui arrive aux âmes lâches que le Seigneur commence à vomir de son sacré Cœur : il les abandonne à elles-mêmes.
En second lieu, il faut être fidèle à la Règle en ne négligeant rien de tout ce qu'elle demande de nous, quelque répugnance que la nature y puisse ressentir.
En troisième lieu, il faut être fidèle à vous-même, en vous jugeant, vous condamnant et punissant vous-même. Voilà pour un article, lequel, si vous le pratiquez, il rassurera votre âme dans la crainte qu'elle a des jugements de Dieu, lequel vous aime et vous veut sauver, mais par une voie toute semée d'épines, les piqûres desquelles produiront des roses qui ne flétriront jamais. Il ne faut pour cela que le sacrifice de votre volonté et de tous les vains plaisirs et amusements qui occupent votre cœur inutilement, tenant toujours votre âme dans un parfait dénuement de tout le superflu ; retranchant à votre cœur toutes ces vaines inclinations et affections, non seulement aux créatures, mais
aux choses propres et bien faites. Tout cela vous tient la ; place de Dieu et vous empêche de le trouver et de le posséder, car il ne vous enrichira de ses dons et de lui-même |;que autant que vous vous dépouillerez des créatures et de vous-même. Rompez votre volonté et soumettez votre juge- ;ment autant de fois que vous en trouverez l'occasion, car il nîe semble cela être bien agréable à Dieu.
Parlez de Dieu avec honneur et vénération ; du prochain avec estime et jamais ou très peu de vous et toujours avec mépris. Ayez une grande confiance en Dieu et ne vous Idéfîez jamais de sa miséricorde qui surpasse infiniment toutes nos misères. Jetez-vous souvent entre ses bras ou lans son divin Cœur, en vous abandonnant à tout ce qu'il I voudra faire de vous. Ne vous abattez point parmi vos ; peines et sécheresses, mais soutirez -les en esprit de pénitence, comme tout le reste qui s'opposera à votre inclinais ion.
Je ne sais pourquoi je vous en dis tant puisqu'il me
emble que les résolutions que vous m'avez montrées con-
iennentdéjà tout cela et encore plus. C'est pourquoi je vous
xhorte fort à les garder inviolablement, car Dieu ne peut
! jtre moqué. Il vaudrait bien mieux ne pas promettre que de
I 3 faire et ne pas tenir sa promesse : c'est nous condamner
[Jous-même par notre écrit.
Aimez constamment le sacré Cœur de Jésus-Christ;
emandez lui conseil en toutes vos difficultés, secours en
>utes vos nécessités, en tout ce que vous ferez et souf-
$ .irez. Conformez-vous le plus qu'il vous sera possible à son
umilité et à sa douceur envers le prochain, surtout envers
;ux pour qui vous aurez le plus d'antipathie : soyez-leur
>rdiale et plus condescendante qu'aux autres. Aimez ceux
I n vous humilient et contrarient, car ils sont plus utiles
{votre perfection que ceux qui vous flattent. Soyez fidèle
jla pureté d'intention ; mais sur toutes choses, je vous
^commande de ne faire jamais aucune faute volontaire et
de vous étudier en tout de vous rendre une parfaite fille de Sainte-Marie, qui vous rendra une vraie disciple du sacré Cœur de Notre-Seigneur, lequel je supplie de tout mon cœur de vous remplir tellement de lui-même que vous ne puissiez plus avoir d'autre souvenir en votre mémoire, ni connaissance en votre entendement, ni d'autre affection en votre volonté. La mienne est toute remplie de bonne affection pour vous, que je supplie ne me pas oublier devant Dieu et lui demander ma parfaite conversion.
A UNE AUTRE QUI s'EFFRAYAIT DE TROUVER EN SOI TANT DE PENCHANT AU MAL. CONSEILS POUR LA RETRAITE
Vous m'avez fait plaisir, ma toute chère sœur, de m'écrire en toute sincérité les penchants qui tourmentent votre pauvre cœur pour le porter au mal et l'empêcher d'être tout à Dieu et de le posséder. Mais j'espère qu'ils n'en viendront pas à bout et que, par la résistance que vous leur ferez, avec le secours de la grâce, ils vous seront des sujets d'un très grand mérite. Mais, voyez-vous, ma chère sœur, il ne vous faut pas flatter : vous n'aurez rien qu'en combattant a la fine-pointe del'épée. Cela veut dire qu'il faut que vous vous fassiez violence et soyez de ceux qui prennent le ciel par force. Mais, bon courage! car la grâce ne vous manquera pas, ni le secours du sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui veut vous sauver et ne vous laissera pas périr, tandis que vous ne vous laisserez pas aller volontairement à ce qu'il vous fait connaître lui déplaire. Souvenezvous qu'il ne vous donne ces vues de vos défauts et misères
AVIS PARTICULIERS g7j
que par l'excès d'un très grand amour, par lequel il veut vous porter à une grande perfection, par un entier et parfait dénuement de toutes choses et de vous-même, qui devez vivre du jour à la journée, dans une parfaite abnégation des choses même qui vous sont données pour votre usage et vous en défaire promptement, lorsque vous vous y sentirez trop affectionnée, quoique la chose vous semblât petite • car notre ennemi ne se soucie pas, par quoi il nous tient enchaîné, pourvu qu'il nous arrête.
En second lieu, il ne vous faut faire état que de ce qui vous rendra plus vile et abjecte aux jeux des créatures, car c est là tout ce qui vous peut rendre plus agréable à Dieu qui vous rejettera bientôt de son sacré Cœur si vous vous rendez vaine, par l'estime de vous-même, par le désir de paraître et d'être considérée. Mais au contraire, il aura un particulier soin et amour pour vous, si vous vous tenez humble au dedans de vous-même, vous rendant douce et constante à souffrir les abjections et humiliations qui vous sont d'autant plus sensibles qu'elles sont petites et peu remarquables en apparence. Elles ne laisseront pas de vous élever devant Dieu, et surtout si vous tâchez de les soutenir courageusement par une douce patience et égalité d'esprit. Jésus-Christ les a reçues et souffertes, pour les rendre propres à notre sanctification. Recevez-les donc et les souffrez selon ses saintes intentions. Ainsi faisant, il sera toujours votre bon père, qui vous tiendra entre ses bras toutpuissants et ne vous laissera pas périr, pourvu que vous vous confiiez en son amoureuse bonté.
Faites donc état que vous allez à la solitude, en premier heu, pour vous changer en Jésus-Christ; secondement pour conformer votre volonté à la sienne et à sa vi^ pauvre et humble, en vous quittant vous-même par un entier renoncement de tout ce qui pourrait donner quelque satisfaction à la nature.
En troisième lieu, il faut faire état que, si vous voulez
posséder Jésus-Christ et habiter dans son sacré Cœur, il ne faut plus écouter la nature immortifiée ni les suggestions <le l'amour-propre. Qu'il crie tant qu'il voudra ! nous sommes au sacré Cœur de Jésus-Christ, qui veut que nous l'aimions d'un amour de préférence à tout. Lorsqu'il s'agira de lui plaire, plus de respect humain ni d'excuse d'amourpropre ! car il vaut mieux tout perdre que les bonnes grâces de ce Cœur adorable, lequel je vous supplie de prier pour cette indigne pécheresse, afin qu'il m'accorde le véritable esprit de pénitence et d'amour. Je vous promets de ne pas vous oublier dans le temps de votre solitude, car j'ai un grand désir de vous voir arriver à la perfection que notre bon Maître désire de vous.
Vive j Jésus !
a une autre qui souffrait de grandes peines intérieures
Je prie le sacré Cœur de Notre-Seigneur que, puisque ce n'est pas son bon plaisir de faire cesser la tempête chez vous, d'être lui-même votre soutien, afin que vous demeuriez ferme, inébranlable et tranquille au milieu de l'orage qui ne vous doit nullement troubler, parce que il ne vous renversera pas, tandis que vous vous tiendrez constamment attachée à lui par une amoureuse confiance et forte humilité, par la pointe de l'esprit, sans goût ni sentiment, laissant crier votre ennemi et frapper tant qu'il lui sera permis. C'est bon signe quand il fait tant de bruit : il n'a pas son compte, tandis qu'il crie. Cependant, soyez fidèle à ne pas consentir à toutes ses suggestions, y renonçant par un simple désaveu, sans vous mettre en peine de faire des actes -sensibles de votre volonté. Le sacré Cœur de Jésus- Chris!
connaît bien tout ce qui se passe dans le vôtre. Il sait pourquoi il fait et permet toutes vos peines. Tenez-vous en paix
, et abandonnez-vous à toutes s^s dispositions sur votre âme. Espérez en sa bonté ; et que votre confiance redouble
j à mesure que vos peines augmentent. Sovez fidèle à la pratique de la vertu, n'en négligeant point d'occasion volontairement.
Regardez-vous comme un arbre planté le long des eaux qui porte son fruit en sa saison ; et plus il est combattu des vents, plus il enfonce ses racines en terre. Et de même plus vous serez combattue des vents des tentations, plus il faut enfoncer vos racines, par une profonde humilité, dans le | sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, lequel je supplie vous environner de sa puissance comme d'un mur i imprenable à tous vos ennemis, disant souvent : « Sacré Il Cœur de Jésus, rendez mes ennemis confus !» D. S. B.
Vive f Jésus !
RÈGLE DE CONDUITE POUR LA PERFECTION A UNE JEUNE PROFESSE QUI ALLAIT QUITTER LE NOVICIAT
Je vous recommande, ma chère sœur, pour dernier adieu d être constamment fidèle à la pratique de tout ce que vous avez promis au sacré Cœur de notre aimable Jésus quoi quil vous en puisse coûter, afin qu'il règne souverainement dans votre cœur. Soyez humblement courageuse à ne vous Wr point abattre, ni par vos fautes, ni pour les petites contradictions et humiliations qui vous pourront arriver • mais recourez toujours à l'amour de votre propre abjection' vous réjouissant et vous estimant bien heureuse quand Notre-Seigneur vous en fournira quelque occasion, embrassant amoureusement tout ce qui vous humiliera et anéan-
Marguerile-Marie Alacoque. — II.
tira le plus aux yeux des créatures, comme des moyens propres et nécessaires à votre perfection. Car la vaine complaisance est très dangereuse pour vous ; c'est pourquoi vous devez être bien aise lorsqu'on vous oubliera et méprisera. Je sais bien que nous en avons assez dit sur ce sujet et sur tout ce que nous avons cru pouvoir contribuer à votre perfection. C'est pourquoi je vous conjure d'être fidèle à le mettre en pratique, afin que ce ne vous soit pas un sujet de condamnation, mais de sanctification. Vous savez que la vertu ne se pratique pas sans peine, mais pour un moment qu'elle dure il y a une éternité de récompense.
Soyez humblement douce, condescendante et charitable, envers le cher prochain, mais ne lui donnez rien de ce que vous devez au sacré Cœur de Notre-Seigneur.
Soyez toujours humblement prête à tout, toujours sou mise en tous les événements à la volonté de Dieu et de vos supérieures, les laissant disposer de vous à leur gré.
Soyez humblement constante à mortifier vos sens, si vou^ voulez acquérir le don d'oraison, que je vous souhaite d<Ç tout mon cœur. Ah ! ma chère sœur, si vous pouviez corn-, prendre le grand bonheur qu'il y a d'aimer le sacré Cœui de Jésus, vous auriez bientôt méprisé tout le reste, poui n'aimer que lui seul. Priez-le pour votre indigne sœur, qu vous aime tendrement et sincèrement dans son amour duquel je souhaite que nos cœurs se puissent consomme éternellement. D. S. B.
Vive f Jésus !
EXHORTATION A SE METTRE A l'ÉCOLE DU CŒUR DE JÉSUS ET A PRATIQUER LE RECUEILLEMENT
J'ai lu votre écrit, selon votre désir, ma très chère sœui et je n'y refuse pas ce mot de réponse, pour vous inviter
toujours bien aimer le sacré Cœur de notre bon Maître, lequel, j'espère, ne vous abandonnera pas, pourvu que vous vous confiiez humblement à son amoureuse bonté, qui prend un grand plaisir de faire du bien aux pauvres et d'enseigner ceux qui désirent profiter en l'école de son saint amour, lequel nous crie incessamment d'être doux et humble de cœur comme lui. Ainsi, mon enfant, je crois que vous ne sauriez rien faire qui gagne plus son amitié et qui vous rende plus agréable devant lui que d'être bien douce et humble ; mais d'une vraie humilité, qui vous rende soumise à un chacun et qui vous fasse souffrir en silence les petites mortifications et humiliations qui vous arriveront, gaiement, de bon cœur, sans vous excuser ni vous plaindre, pensant toujours que vous en méritez bien davantage, réprimant courageusement les sentiments de la nature immortifiée. Lorsque vous y aurez manqué, ou que vous aurez témoigné vos répugnances, vous baiserez cinq fois terre en disant : le premier verset du Miserere.
De plus, il faut, toute votre vie, être bien reconnaissante de votre vocation, car c'est une grâce très particulière, laquelle il ne fait pas à tout le monde et de laquelle il faudra rendre compte à l'heure de la mort. Mais pour lui témoigner que vous l'aimez, il faut être bien fidèle à la pratique de toutes nos saintes observances sans rien négliger. Ce que je vous recommande le plus, c'est d'être fidèle à vous rendre bien attentive au saint recueillement, retranchant à vos yeux, à votre langue, et à vos oreilles toutes vaines curiosités qui sont souvent la source et la matière de toutes vos distractions dans vos exercices. Voilà ce que je souhaite de vous particulièrement, parce que je crois que vous ne pouvez plaire au sacré Cœur qu'en vous rendant fidèle à ces pratiques, qui l'obligeront de vous prendre en sa protection et ne vous rejeter jamais. Le moyen de vous rendre bien fidèle à tout cela, c'est de le bien aimer, évitant tout ce que vous connaissez qui lui peut déplaire.
Je suis bien aise que Notre-Seigneur vous attire dans votre oraison à regarder votre misère dans la grande miséricorde du sacré Cœur. Demandez-lui bien de l'exercer sur vous et sur tous les pécheurs dont je suis la plus méchante.
Pour ce qui est de votre oraison, tenez-vous-y toujours et ailleurs devant Notre-Seigneur comme une disciple devant son maître, qui veut apprendre de lui à bien faire sa volonté par le renoncement de la sienne propre. Je le prie vous en faire la grâce et vous d'être persuadée que je vous aime très sincèrement dans le Cœur de Notre-Seigneur |
Pour ce qui est de vous exprimer, demeurez en paix ; je vous connais bien : cela suffit.
2 Priez-le bien qu'il me donne son saint amour et le pardon de mes péchés, et je le prierai aussi pour vous et votre sœur, de laquelle il ne vous faut point troubler, mais vous contenter de la recommander à Notre-Seigneur que j'espère qu'il ne l'abandonnera pas. Adieu, Bonsoir.
Vive f Jésus !
A une novice éprouvée par des peines intérieures
Croyez-moi, ne vous laissez point abattre ni aller au chagrin, dans les petites peines par lesquelles il plaît au Seigneur d'éprouver votre patience et votre amour ; mais tâchez de conformer votre volonté cà la sienne et le laissez faire en vous selon son désir, qui est que vous demeuriez paisible et contente dans vos peines et sécheresses intérieures, sans vous tant inquiéter à chercher les moyens
\ Le morceau qui précède se retrouve dans l'avis XLIII. 2. Ce qui suit ne se trouve ni dans la traduction italienne, ni dans le Ms. D 1, mais seulement dans le Ms. 7.
pottr en sortir : c'est en vain que vous le faites. Il faut demeurer là puisque Dieu le veut, qu'avez-vous affaire de i vous tant tourmenter ? Otez seulement tout ce qu'il vous fera connaître être un obstacle à son amour, car il veut j que vous viviez dans un entier dénuement de tout ce qui j n'est pas lui et qui peut contenter vos inclinations et lier vos affections. A mesure que vous vous revêtez de ces j sortes de choses il vous dépouille de ses grâces. L'état d'estime et d'applaudissement est dangereux pour vous ; ne | faites rien pour vous l'attirer. Fuyez les langues flatteuses I] et le respect humain, lequel vous préférez lâchement à I l'amour que vous devez au sacré Cœur duquel je pense que ! la très sainte intention est de vous rendre petite et basse
I par ces sortes de peines qu'il permet vous arriver, parce
II que l'humiliation vous est nécessaire pour vous perfection- I ner. Toute autre voie est dangereuse pour vous, qui H devez tenir à grande faveur quand il vous en arrive quelque
■ occasion, soit dans vous ou hors de vous. Soyez fortement (jà Dieu et le laissez faire. Il ne vous perdra pas. Votre
■ âme lui est chère; il la veut sauver. D. S. B.
XXVIII i
Vive -j- Jésus :