‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 237 sur 284 · DERNIERS CONSEILS A UNE NOVICE · texte numérisé non relu

DERNIERS CONSEILS A UNE NOVICE

Souvenez-vous de n'avoir en vue, dans toutes vos actions, ■que Dieu seul. C'est pourquoi, lorsque vous vous trouverez dans la privation, dans l'abandon et le dénuement intérieur,

i. Cet avis ne se trouve que dans A et B : XLIII, au travers de celui que nous avons reproduit dans la présente édition, sous le jji° XXV, d'après le texte de l'Italien et selon son classement. Bien •que nous ne puissions donner aucune référence authentique pour ce j morceau, nous avons pensé qu'il méritait d'être conservé, d'autant [que A et B ne l'avaient sans doute publié qu'à bon escient.

que la foi soit le flambeau qui vous éclaire, et vous anime et soutienne, pour agir, en tout ce que vous ferez et souffrirez, pour la seule vue de Dieu, qui mérite d'être également servi dans la privation comme dans la consolation.

Alors que vous commencerez votre oraison, pensez que vous accompagnez Notre-Seigneur au Jardin des Olives, et vous unissez à ses saintes dispositions ; ensuite abandonnez-vous généreusement à la souffrance, et attendez patiemment la consolation de la grâce qu'il lui plaira de vous donner. Mais gardez-vous bien d'aller chercher du soulagement auprès des créatures] dans cet état de sécheresse. Ramenez doucement votre esprit qui veut toujours agir : il faut se résoudre à tout perdre, pour s'abîmer en Dieu. Faites que le principal fruit que vous en retiriez soit un grand abandon à la Providence, un grand amour à l'humilité et simplicité. Et si vous voulez faire une bonne oraison, soyez fidèle à vous mortifier, tenez pendant le jour votre esprit dans un grand recueillement, ne faites jamais de fautes volontaires.

Tâchez de vous conformera sa volonté en toute chose. Gardez le silence sur tout ce qui vous pourrait attirer la vaine estime des créatures, car le Seigneur rejette ce qu'elles ■■ estiment le plus ; et son Esprit ne repose que sur l'humble de cœur. Tenez-y de tout votre pouvoir ; et, s'il arrive que par fragilité vous y manquiez, ne vous troublez pas, mais i humiliez-vous de n'avoir pas été humble.

Tenez toujours votre âme en paix, en l'amour et con- j tiance en Nôtre-Seigneur ; et souvenez-vous encore une fois de ce que vous lui avez promis, c'est-à-dire un amour sans partage, une humilité sans retour, une mortification gêné- i reuse ; c'est ce que vous devez au sacré Cœur de Jésus.

Tenez-vous basse et petite à vos yeux, afin que vous croissiez dans ce divin Cœur. C'est où je vous laisse, pour y faire votre demeure ; et lorsque vous aurez commis quelque faute, prenez dans ce Cœur de quoi la réparer, mettez-y

out ce que vous ferez, cherchez-y tout ce dont vous aurez besoin ; mais prenez garde seulement de ne vous détourner jamais de lui, et si cela arrive, je le prie de vous en faire ressentir lui-même la vengeance.

Vive j Jésus !

conseils a une autre au sortir de son noviciat

Si vous voulez, ma très chère sœur, vous rendre disciple et fille du sacré Cœur de Jésus, vous devez vous conformer à ses saintes maximes et vous rendre douce et humble comme lui ; douce à supporter les petits ennuis, humeurs et chagrins du prochain, sans vous fâcher des petites contradictions qu'il vous fera, mais, au contraire, lui rendre de bon cœur les services que vous pourrez ; car c'est là le vrai moyen de gagner les bonnes grâces du sacré Cœur. Il faut être douce, pour ne vous point inquiéter ni troubler non seulement dans les événements contraires à vos inclinations, mais aussi pour les fautes même que vous commettez ; de plus, ne vous point excuser, puisque notre aimable Maître ne l'a point fait dans sa sainte Passion ; ne point chercher d'être louée, estimée des créatures, rejetant toutes les pensées qui pourraient vous en venir. Réjouissez-vous lorsque l'on vous oubliera ou méprisera ; car c'est le vrai moyen de faire régner l'aimable Cœur de Jésus dans le vôtre, que de vous humilier, et laisser humilier par les autres paisiblement. Choisissez toujours pour vous, lorsqu'il vous sera permis, le pire et le plus répugnant à la nature, laquelle il faut contrarier autant que nous le pourrons.

Pour l'oraison, le moyen de la bien faire est d'être bien

1. Même observation que pour l'avis précédent, celui-ci ne se trouve que dans A et B : XLIV.

silencieuse, vous tenant attentive à la présence de Dieu, qui bannira toute affection d'amour-propre et de respect humain, qui sont les vrais poisons de l'amour de Dieu. Enfin, ma chère sœur, tenez-vous comme un disciple devant son Maître, ne faites point de fautes volontaires, voilà la bonne manière de faire l'oraison. Et pour dernier avis, je vous conjure, par tout l'amour que vous portez au sacré Cœur de Jésus-Christ, de vous attacher fortement et constamment à lui et à vos saintes Règles, ne vous départant jamais de tout ce que l'on vous a enseigné au noviciat. Étudiez-vous à vous rendre une bonne religieuse, fidèle au silence, à la présence de Dieu, et à une entière mortification de vos sens; humiliez-vous en toute occasion d'une vraie humilité de cœur. Voilà tout ce que je crois que Celui de Notre-Seigneur demande de vous.

Qu'il soit béni éternellement !

(L'autographe est à la Visitation de Chambéry 1.)

Vive *j- Jésus !

Mon cher et bien-aimé enfant, vous me réjouissez bien par l'amour que vous portez au sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ et à sa très sainte Mère. Continuez toujours à l'honorer, aimer et servir et il aura soin de vous et

1. Cet avis est inédit. Marie-Anne de Sennecé, à qui il fut donné, était une sœur de petit habit. Elle reçut le vrai habit religieux, le 1er juin 1692, sous le nom de sœur Marie-Espérance, fit profession le 22 juillet 1693 et mourut, à 28 ans, le 26 mai 1703. « M. son père était gentilhomme chès la Reine ». Elle était sœur delà « petite sœur Antoinette-Rosalie de Sennecé, » qui mourut à treize ans, le 26 avril 1684, sous la Mère Greyfié. Pour que la petite malade « qui était tombée en un accident de léthargie et d'apoplexie » pût recouvrer l'usage de la raison et recevoir les sacrements, la Mère Greyfié avait envoyé la Bienheureuse promettre à Notre-Seigneur tout ce qu'il voudrait d'elle.

vous rendra, un jour, une bonne religieuse, je l'espère, pourvu que vous viviez jusqu'à ce temps-là et que vous lui soyez toujours bien dévote, sacrifiant vingt fois le jour votre volonté pour faire celle du sacré Cœur de Jésus, obéissant promptement à ce que vos maîtresses vous diront.

Tous les vendredis vous ferez une génuflexion en lui disant : « Je vous adore, ô sacré Cœur de Jésus, avec les anges, pour tous ceux qui ne vous adorent pas. » 2e « Je vous aime ô tout aimable Cœur de Jésus, avec les séraphins, pour moi et pour tous ceux qui ne vous aiment [pas]. » 3e «Je vous glorifie, ô divin Cœur de Jésus, avec les chérubins, pour tous ceux qui ne vous glorifient pas. » 4e « Je vous demande pardon, ô Cœur de Jésus plein de bonté, avec les archanges, pour moi et pour tous ceux qui vous ont offensé et qui vous méprisent. » 5e « Oh ! mille et mille fois, je vous donne mon cœur, par l'entremise de ma bonne Mère, la très sainte Vierge, ô très sacré, divin et adoré Cœur de Jésus, auquel je me donne et consacre toute sans réserve. » Voilà, ma bien-aimée sœur, les petites pratiques, qui me sont venues en pensée de vous donner, pour lui témoigner votre amour, car il vous aime bien et veut que vous le regardiez comme votre bon père, qui aura bien soin de vous et vous logera quand il en sera temps.

Faites encore, tous les jours, quinze actes d'amour à ce sacré Cœur, en lui demandant que tous les cœurs l'aiment ardemment.

Adieu, ma mie, priez-le bien qu'il transperce tellement mon cœur du dard de son pur amour, qu'il ne puisse plus rien contenir de terrestre ni d'humain. Voilà la prière que je vous prie faire pour moi et qu'il me pardonne mes péchés. Priez bien pour votre papa ; je le ferai aussi pour lui ; il en a bien besoin. Adieu, ma chère enfant dans le sacré Cœur ie Jésus-Christ, que je prie nous rendre tout à lui.

S1 M.-Marie.

La suscription de ce billet porte : « Pour ma chère sœur Marie- Anne de Senecez. »

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