‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 238 sur 284 · LU1 CONSEILS AVANT L'ENTRÉE EN SOLITUDE · texte numérisé non relu

LU1 CONSEILS AVANT L'ENTRÉE EN SOLITUDE

Il faut vous dire, ma chère amie, qu'en priant pour vous cette pensée m'est venue, que, le sacré Cœur voulant établir son empire et le règne de son amour dans votre cœur, vous le ruinez pour y établir celui de la créature, mais il ne permettra pas que vous trouviez de vrai repos que dans le parfait détachement de cette même créature, ce que vous obtiendrez en fuyant. Vous serez victorieuse en combattant. Résistez donc courageusement à toutes les attaques que

1. Nous avons placé, à la suite des Avis, cet écrit de la Bienheureuse dont l'édition A avait fait la lettre CXXIII et l'édition B la lettre CXXV, adressée à une religieuse de sainte Ursule. C'était une fausse attribution dont il est aisé de reconnaître l'origine. A avait pris ce morceau dans le Ms. 7, en lui attribuant une suscription qui se rapportait à une lettre le précédant immédiatement.

Nous avons été amené à mettre le doigt sur cette bévue par une communication de M. l'abbé Auguste Hamon. Il a trouvé dans le Ms. D 1, lequel porte à la p. 60 : « Extrait de plusieurs avis que notre Vénérable Sœur Marie Alacoque a donnés à quelques personnes de, cette communauté, pour leur avancement dans la perfection, tirés sur les originaux écrits de sa main. » Il a reconnu, disons-nous, que les deux premiers de ces avis formaient précisément la lettre CXXV. Nos recherches personnelles ont bien vite confirmé cette indication: ni le Ms. 8, ni la traduction italienne ne contiennent cette prétendue lettre, dans la série des autres lettres à une religieuse de sainte Ursule. D'ailleurs la teneur même du morceau montre que sa destinataire n'était pas une ursuline, mais bien une religieuse de la Visi- J tation.

Nous pensons toutefois que c'est à tort que D 1 a fait deux avis de cet écrit. Dans la deuxième partie la Bienheureuse parle de la première partie de l'écrit : « Depuis dimanche je me sentais pressée de vous donner cet écrit. •> Elle l'adresse à la personne à qui il était destiné, en y ajoutant des conseils appropriés à la Retraite qu'elle va faire. C'est un avis écrit en deux fois mais unique.

C'est par erreur qu'à la page 639, note 1, nous donnions l'avis II comme inédit. Il compose précisément la seconde partie du présent avis, que nous avons retiré de la série des lettres, pour les raisons indiquées ci-dessus. Ce morceau sera ainsi reproduit deux fois.

vous sentirez, car vous n'aurez rien sans peine, et le prix n'est donné qu'aux vainqueurs. Je prie le sacré Cœur de vous rendre de ce nombre.

Vous vous affligez de vos peines intérieures, et moi je vous assure que c'est de cela même que vous devez tirer votre plus grande consolation, pourvu que vous les portiez avec paix, soumission et abandon au sacré Cœur de Notre- Seigneur, qui ne vous les donne que par un excès d'amour pour vous, lequel il veut bien que vous sachiez afin que vous lui en ayez de la reconnaissance. Premièrement, il prétend de vous purifier par ces peines de toutes les affections que vous avez eues pour les créatures, contraires à la pureté de son divin amour. Secondement, il vous veut faire mériter la couronne qu'il vous a destinée, en vous faisant quelque petite part des amertumes qu'il a souffertes pendant tout le temps de sa vie mortelle ; et vous êtes bienheureuse, de quelle manière que soient vos peines, d'avoir cette conformité avec lui.

De plus, les douceurs intérieures ne produiraient en vous que des amertumes, des amusements, des vaines complaisances, et non jamais cet amour pur et solide. Regardez donc si vous ne lui êtes pas bien obligée de tenir cette conduite sur vous, à laquelle il ne demande que cette parfaite soumission à sa sainte volonté, agissant avec une grande pureté d'intention et désir de lui plaire, sans respect humain. Et comme je 'vous l'ai déjà dit, il ne demande pas de vous d'autres marques que vous l'aimez, sinon une profonde humilité d'esprit, la paix dans votre âme et, dans votre cœur, le désir de l'aimer, puisque, en vérité, il vous aime et ne vous laissera pas périr. N'ayez donc point de réserve avec lui, qui veut être au dedans de vous-même comme un germe de vie éternelle. Il y veut régner, ré°ir et gouverner, en donnant le mouvement à toutes vos opérations, et être l'objet de toutes vos affections.

Vous avez bien fait, ma chère amie dans le sacré Cœur,

de me dire de vos nouvelles. Depuis dimanche je me sentais pressée de vous donner cet écrit, qui depuis longtemps avait été fait pour vous ; mais il me venait toujours en pensée d'attendre que vous fussiez en solitude, et qu'il servirait de réponse à ce que vous nous écrivez. C'est pourquoi, recevez-le non de moi, mais de Celui qui véritablement vous aime et ne vous abandonnera pas, car il me semble qu'il me presse de vous le dire, et que vous ne craigniez pas de vous abandonner à lui sans réserve, et de lui donner tout votre temps et vos moments, pour les employer à souffrir ou à jouir, selon son désir, sans vous mettre en peine de rien autre que de l'aimer et le servir et le laisser faire. Vous ne pouviez destiner votre retraite à aucun dessein qui lui fût plus agréable. Persévérez, chère amie, à aimer ce sacré Cœur; il vous réserve encore des libéralités plus grandes que celles qu'il vous a déjà faites ; mais il vous les fera : connaître à mesure que vous lui serez fidèle et que vous vous confierez en lui parmi les contradictions et humiliations, lesquelles vous devez recevoir et embrasser comme des gages de son amour, sans en laisser perdre aucune occasion. C'est le moyen de contenter notre bon Maître. Tâchez, je vous en conjure, de bien comprendre cette divine leçon, et tout ce qu'il veut de vous, afin de l'exécuter dans la suite. Donnez-lui la gloire de tout et n'attribuez jamais rien à la créature, qui n'est capable que du mal. Pour la lecture de la Retraite du Révérend Père de La Colombière, n'en lisez que ce qui traite de l'aimable Cœur de Jésus-Christ, lequel seul doit être votre occupation, votre méditation, votre entretien, votre livre, et toute votre direction. C'est lui qui doit remplir votre mémoire, éclairer votre entendement, et enflammer votre volonté, afin que vous ne vous souveniez plus que de lui. Continuez à le bienpriei pour moi, je le fais pour vous. Je m'en vais reposer dans ce sacré Cœur, car il est tard. Priez-le bien afin qu'il étende partout son amour et sa connaissance ; présentez-lui parti culièrement toutes les nécessités de cette Communauté.

LUI Vive -J- Jésus !

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