ADIEU DE LA BIENHEUREUSE EN QUITTANT SES NOVICES
Elle leur enseigne à faire de leur cœur une chapelle toute dédiée au sacré Cœur de Jésus.
Pour dernier adieu, mes très chères sœurs, c'est de toute l'affection de mon cœur que je vous conjure, par tout l'amour que vous portez à celui de Notre-Seigneur Jésus- Christ, de lui être constamment fidèles, en lui gardant in violablement les promesses que vous lui avez faites, ne faisant rien avec vue de ce qu'il vous fera connaître lui déplaire, ne négligeant rien de ce que vous croirez lui être agréable, afin que vous ne le contraigniez pas à borner ses desseins sur vous et retenir les grâces qu'il aurait envie de vous faire, et qu'infailliblement il vous fera, si vous ne l'empêchez par ingratitude et infidélité, ce qui me serait un tourment insupportable, en vous avouant que je serais prête à tout souffrir pour vous procurer d'être toutes à lui, et le faire régner dans vos cœurs. C'est pour cela que je vous remets à son soin et amoureuse conduite, à laquelle je vous prie de vous abandonner entièrement, disant souvent en vousmême : <( Puisque ce divin Cœur est à moi, qu'est-ce qui <( peut me manquer? Et si je suis toute à lui, qui me pour- « rait nuire? »
Je crois que vous ne lui pouvez donner de plus forte marque d'amour, et qui lui soit plus agréable, que de le loger dans l'édifice qu'il s'est lui-même bâti, qui est votre cœur, duquel il faut chasser ces idoles que vous avez si longtemps adorées, soit de votre orgueil ou de votre propre volonté, ou de quelque attache à la créature. Et après avoir chassé tous les ennemis du sacré Cœur de cette chapelle,
— car c'est ainsi qu'il faut nommer les vôtres, — vous la nettoierez et purifierez de toute tache, en ôtant toutes les passions et inclinations immortifiées. Et puis vous la tapisserez de la pureté d'intention, qui sera de faire tout pour lui plaire.
Puis, par une profonde humilité, vous creuserez les fondements de son trône, que vous élèverez pour y faire régner le sacré Cœur. C'est le pur amour divin, au milieu des ardeurs duquel il est toujours comme une victime d'holocauste immolée et sacrifiée à la gloire de son divin Père pour notre amour.
Les ornements de ce trône seront riches et précieux, comme il les désire, et que vous pouvez saintement les avoir. Le premier doit être tout d'or de la sainte charité, laquelle vous mettra si avant dans son amitié qu'il se laissera posséder à vous comme à son épouse bien-aimée, à laquelle il dit amoureusement : « Tout ce qui est à moi est « à toi, et tout ce qui est à toi est à moi ; car la charité nous « unit. »
Le second ornement sera le bleu de la douceur, qui vous fera converser avec lui, sur le midi de son amour, comme une amie avec son ami, lui découvrant tous ses besoins.
La troisième sera le noir de la véritable mortification de vos sens, par l'entier oubli et mépris de vous-même et de tout ce qui n'est pas Dieu.
Le quatrième sera le vert de l'espérance et confiance en son amoureuse bonté, comme des enfants à leur Père, qui ne vous abandonnera pas que, premièrement, il ne l'ait été de vous.
Le cinquième sera le violet d'un profond silence, par le retranchement de toute parole et réflexion inutiles, pour l'adorer en silence comme votre roi. Ainsi vous pourrez changer selon votre désir.
Le pavé de cette chapelle doit être l'amour de votre abjection.
La lampe ou le flambeau que vous y devez tenir toujours allumé, c'est votre amour pour ce divin Cœur, que vous entretiendrez avec la mèche et l'huile des bonnes œuvres.
La cloche sera d'une ardente fidélité, qui rappellera toutes vos puissances pour lui rendre un continuel hommage.
Le lambris sera fait d'azur d'une sainte sérénité et paix intérieure, qui vous tiendra toujours tranquilles parmi les événements de la vie, conformément en tout au bon plaisir divin.
Les trois puissances de votre âme seront comme trois anges destinés à lui rendre un continuel hommage. L'adoration de votre esprit ne s'occupera qu'à le connaître, et votre volonté à l'aimer, en lui offrant sans cesse l'encens de mille saintes affections, du désir de lui plaire et de n'être jamais séparées de lui. Le souvenir de votre mémoire ne sera que d'une continuelle reconnaissance de ses bienfaits.
La porte de la chapelle sera une croix, pour marquer que tous ceux qui entreront dedans y seront crucifiés, puisqu'il faut régner sur la croix, avant qu'en la gloire.
Les gonds qui soutiendront cette porte seront faits de la soumission et de l'obéissance, qui vous tiendront toujours prêtes à tout souffrir et tout faire.
La serrure sera :
Je veux tout souffrir sans me plaindre,
Car le Cœur de Jésus m'empêche de rien craindre.
La clef sera faite de la ferme persévérance a l'amour et service de cet aimable Cœur.
Le portier sera la présence de Dieu, qui ne laissera rien entrer qui puisse tant soit peu salir ou profaner cette sainte chapelle, où l'on chantera ce saint cantique :
L'amour triomphe, l'amour jouit.
L'amour du saint Cœur réjouit.
Les fenêtres seront vitrées du cristal de la véritable et naïve simplicité, par laquelle passera le jour dune foi vive, qui vous fera chercher Dieu purement pour l'amour de luimême, en référant tout à la plus grande gloire de son sacré Cœur, sans vous arrêter aux goûts ni consolations, mais le remerciant également de tout.
La sainte modestie prendra le soin d'orner et de tenir propre cette sainte chapelle.
Lardent zèle de l'amour du sacré Cœur sera le juge qui punira par quelques pénitences les profanations que vous y aurez faites ou laissé faire.
Vous y entrerez trois fois le jour. Le matin, pour y rendre vos hommages d'adoration et de sacrifice à ce sacré Cœur, comme à votre souverain libérateur, auquel vous sacrifierez tout ce que vous ferez ei souffrirez, et toutes les parties de votre être, pour ne vous en servir que pour l'aimer, honorer et glorifier, vous unissant à ses saintes intentions, en renonçant à tout ce qui lui peut déplaire.
A midi, vous y entrerez pour lui rendre vos hommages d'amour et de demande, lui découvrirez toutes vos plaies et les misères de votre âme, comme étant le souverain remède de vos maux, à toutes vos nécessités.
Le soir, vous y entrerez pour lui rendre vos hommages de reconnaissance, le remercier de tous ses bienfaits, lui demandant pardon avec une vive douleur de toutes vos ngratitudes et infidélités que vous lui pourrez avoir faites, ît avec une ferme résolution de mourir plutôt que de l'offenser. Et puis vous lui ferez une couronne des pratiques |le vertus que vous aurez faites, dont vous le couronnerez bour adoucir les piqûres qu'il reçoit des épines de vos péchés, 3n le suppliant de réparer le mal que nous avons fait par le jbien qu'il a fait.
Pour prendre votre repos en assurance, vous entrerez ; ilans ce saint des saints du Cœur amoureux de Jésus, où i /ous vous renfermerez avec la clef d'un abandon amoureux i ses soins.
Voilà la manière de la sainte chapelle que le sacré Cœur désire que vous lui édifiiez en vous-mêmes. Vous y pourrez entrer souvent pour y chercher les richesses de ce sacré Cœur, et y abîmer l'abîme de votre nécessité présente. Si vous vous trouvez dans un abîme de tiédeur et de lâcheté, il faut prendre la fervente ardeur de ce sacré Cœur, et agir ensuite par ses mouvements. Vous en ferez ainsi de tous les autres, le priant de vous donner sa grâce selon votre besoin présent.
Lorsque vous vous sentirez troublées et agitées de quelque crainte, sur la mer orageuse de ce monde, où nous sommes continuellement battus des flots de nos passions et mauvaises inclinations, il faut dire à votre âme : « Que « crains-tu? puisque tu portes le Cœur de Jésus et sa for- « tune, qui est le pur amour, le trésor et les délices du cîel « et de la terre. »
Vous pourrez d'autres fois considérer ce sacré Cœur au milieu de cette chapelle, comme un divin canal d'où coule sans cesse la source des eaux vives, pour arroser le parterre de votre âme, où les fleurs des vertus sont toutes fanées, et leur redonner leur beauté naturelle, et que votre âme devienne le parterre de ses délices ; le priant qu'après vous avoir été une source d'eau vive, il vous soit un soleil divin, toujours éclairant et échauffant, afin que, faisant croître les vertus, il dissipe les brouillards des ténèbres de vos âmes.
Et lorsque vous voudrez faire oraison, entrez dans ce sacré Cœur comme dans un oratoire où vous trouverez de quoi rendre à Dieu ce que vous lui devez, en offrant l'oraison de Notre-Seigneur pour suppléer aux défauts de la vôtre ; aimant Dieu par l'amour de ce divin Cœur, adorant par ses adorations, louant par ses louanges et opérant par ses opérations, et voulant par ses volontés.
Si vous avez quelque amitié pour moi, vous ne sauriez mieux me la témoigner qu'en vous rendant fidèles à ce
sacré Cœur, lequel vous sera une source de tous biens, tandis que vous lui serez fidèles. Si, au contraire, vous lui ; êtes ingrates, il vous abandonnera, ou deviendra insensible j à vos besoins.
Adieu donc, mes bien-aimées sœurs, soyons à jamais j toutes au Bien-Aimé de nos âmes. Donnons-lui tout notre | cœur, notre amour, nos affections, inclinations et tendresses, j C'est dans lui que je vous aime et vous souhaite le pur ! amour du sacré Cœur, que je supplie vous consommer de ises plus vives ardeurs. Souvenez-vous que c'est à lui que vous avez fait tant de promesses : il ne peut être moqué. Il faut avoir une constance inviolable à les mettre en pratique, quoi qu'il vous en coûte. Il ne faut plus d'affection empressée pour aucune créature, ni pour vous-mêmes, mais tout pour ce sacré Cœur, qui sait que, quoique je vous aie Wes remises à lui, je ne laisserai pas d'être toujours très affectionnée à vous rendre mes petits services, pour son samour et sa gloire. Amen.