‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 26 sur 284 · MARQUES POUR DISCEKNER L ESPRIT DE DIEU · texte numérisé non relu

MARQUES POUR DISCEKNER L ESPRIT DE DIEU

Vive -{- Jésus ! l

Dans la grande crainte que j'ai toujours eue d'être trompée parmi les grâces et faveurs que je reçois de mon Souverain ; voici donc les marques qu'il me donne pour connaître ce qui vient de Lui d'avec ce qui provient de satan, de l'amour-propre ou de quelque autre mouvement naturel.

En premier lieu, c'est que ces faveurs et ces grâces particulières seront toujours accompagnées en moi de quelque humiliation, contradiction ou mépris de la part des créatures.

En second lieu, qu'après avoir reçu quelques-unes de ces faveurs, ou communications divines, dont je suis si indigne, je me sentirai plongé dans un abîme d'anéantissement et de confusion intérieure, qui me fera sentir autant de douleur dans la vue de mon indignité que j'aurai reçu de plaisir dans la jouissance des mérites et libéralités de mon Seigneur, qui par ce moyen éteindra en moi toute vaine complaisance, et mouvement de propre estime et vanité.

De plus ces grâces et connaissances soit qu'elles me soient données pour moi ou pour quelque autre ne produiront jamais en moi aucune pensée de mésestime du prochain, pour grandesqu'il me fasse voir ses misères. Cela ne me portera qu'à des sentiments de compassion et de charité, pour lui donner tout le secours qui sera en mon pouvoir.

Ces grâces ne m'empêcheront point d'observer ma règle

1. A, t. I, p. 145, et B, p. 175, donnaient la première partie de ce morceau avec ce préambule : « Dans un écrit de sa propre main que nous avons conservé, elle dit ce qui suit. » L'original de cet écrit n'a pas été retrouvé.

et d'obéir, les ayant si étroitement soumises à l'obéissance que si je venais à m'en départir, il se retirerait de moi avec toutes ses faveurs.

De plus cet Esprit qui me conduit, duquel je les reçois et qui est au-dessus de toute expression, a pris un tel empire sur moi qu il me semble pouvoir dire qu'il régit et gouverne comme il lui plaît, dans mon intérieur, ne lui pouvant résister, puisqu'il est la vie qui m'anime. Il m'élève et m'abaisse, me console et m'afflige, sans que je fasse rien autre que de l'adorer, aimer et m'abandonner toute à lui. Voilà tout ce qu'il veut de moi : aimer, agir et souifrir en silence et me fait jouir d'une paix inaltérable parmi ces trois désirs qu'il a allumés dans mon cœur, qui me tourmentent incessamment, qui sont : de l'aimer, de souffrir pour son amour et de mourir, car la vie me serait insupportable sans la croix. C'est tout le bonheur d'ici-bas que d'y pouvoir souffrir.

De plus cet Esprit qui me conduit me donne une faim insatiable de communier, d'être humiliée, vivre pauvre, inconnue, méprisée et enfin mourir accablée sous le poids de toutes sortes de misères. Voilà les marques que mon souverain Maître a bien daigné me faire la miséricorde de me donner pour m'assurer de ses grâces et qu'elles viennent du bon Esprit, et, si je ne me trompe, toutes les grâces qu'il me fait produisent en moi tous ces effets. Et s'il m'était permis de m'affliger ce ne serait que de la crainte d'avoir trompé les créatures sans savoir, comme cela s'est fait. La moindre estime qu'elles font de moi m'est un tourment insupportable. Car, c'est la vérité que si l'on me connaissait aussi méchante que je la suis, l'on n'aurait que de l'horreur et de la haine pour moi et du mépris pour tout ce qui en vient. Si cela était ainsi, ce me serait la plus grande consolation qui me pût arriver, ne voyant pas que j'aie fait aucune action qui ne mérite châtiment. Et puis, quand on dit : une vie sans amour de Dieu, c'est dire le comble de

tous les maux imaginables. Et, quoique le sacré Cœur de Jésus se soit rendu mon Maître et mon Directeur, il ne veut pourtant pas que je fasse rien de tout ce qu'il m'ordonne sans le consentement de ma supérieure, à laquelle il veut que j'obéisse plus exactement qu'à lui-même. Voici ce qu'il m'enseigne : de me défier de moi comme du plus cruel et puissant ennemi que je puisse avoir; — mais que si je mets toute ma confiance en lui, il m'en défendra; — de ne me jamais troubler de rien, quoi que ce puisse être, regardant tous les événements dans l'ordre de sa sainte Providence et volonté, laquelle, quand il lui plaît, peut tourner toutes choses à sa gloire.

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