‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 262 sur 284 · Boni., VIII · texte numérisé non relu

Boni., VIII

Cœur très sacré dont l'éternelle jouissance sera sans dégoût, mais très réjouissante, et la récompense des bienheureux, ah ! que vous êtes désirable, que vous êtes aimable ! 0 Cœur divin, venez, venez k moi, ou tirez-moi à vous. 0 Cœur très haut, délices de la Divinité, hélas ! je vous salue de l'exil où je suis; je vous invoque dans ma douleur, et je vous appelle pour remède à ma fragilité. Ah ! Cœur très miséricordieux, Cœur pitoyable et très bon de mon Père et de mon Sauveur, ne refusez pas votre secours k mon indigne cœur. Détruisez en moi le règne du péché et y établissez celui de la vertu, afin que votre image demeure parfaitement achevée, et qu'elle soit un jour un ornement de votre palais céleste. Ainsi soit-il.

Humblement prosternée au pied de votre sainte Croix, je vous dirai souvent, ô mon divin Sauveur, pour émouvoir les entrailles de votre miséricorde k me pardonner :

Jésus inconnu et méprisé, ayez pitié de moi.

Jésus calomnié et persécuté, ayez pitié de moi.

Jésus abandonné des hommes et tenté, ayez pitié de moi.

Jésus trahi et vendu k vil prix, ayez pitié de moi.

Jésus blâmé, accusé et condamné injustement, ayez pitié de moi.

Jésus vêtu d'un habit d'opprobre et de honte, ayez pitié de moi.

Jésus souffleté et moqué, ayez pitié de moi.

Jésus traîné la cordeau cou, ayez pitié de moi.

Jésus fouetté jusqu'au sang, ayez pitié de moi.

Jésus réputé fou et endiablé, ayez pitié de moi.

Jésus postposé k Barabbas, ayez pitié de moi.

Jésus dépouillé tout nu avec infamie, ayez pitié de moi.

Jésus couronné d'épines et salué par dérision, ayez pitié de moi.

Jésus chargé de la Croix et des malédictions du peuple, ayez pitié de moi.

Jésus accablé d'injures, de douleurs et d'humiliations, ayez pitié de moi.

Jésus triste jusqu'à la mort, ayez pitié de moi.

Jésus affronté, craché, battu, outragé et bafoué, ayez pitié de moi.

Jésus pendu en un bois infâme en la compagnie des voleurs, ayez pitié de moi.

Jésus anéanti et perdu d'honneur devant les hommes, ayez pitié de moi.

Jésus accablé de toutes sortes de douleurs, ayez pitié de moi.

0 bon Jésus qui avez voulu souffrir une infinité d'opprobres et d'humiliations pour l'amour de moi, imprimezen puissamment l'amour et l'estime dans mon cœur, et m'en faites désirer la pratique. Ainsi soit-il1.

1. Cette dernière prière se retrouve à peu près textuellement da»s Fénelon : Instructions sur la morale et la perfection chrétiennes — X, Sur l'imitation de Jésus-Christ, t. VI, p. 89 de l'édit. en 10 vol., imprimée à Lille chez Lefort, 1848-1852.

Voici le paragraphe final de la Xe Instruction qui se termine par la prière ci-dessus: « Mettons la main à l'œuvre et changeons ce cœur si dur et si rebelle au Cœur de Jésus-Christ. Approchonsnous du Cœur sacré de Jésus; qu'il anime le nôtre, qu'il détruise toutes nos répugnances. O bon Jésus, qui avez souffert pour l'amour </e moi tant d'opprobres et d'humiliations, imprimez-en puissamment l'estime et l'amour dans mon cœur et faites-m'en désirer les pratiques. >»

Est-ce Marguerite-Marie qui a reproduit Fénelon ? on serait tout d'abord porté à le penser. Mais si les écrits spirituels de l'archevêque ■de Cambrai n'ont été publiés pour la première fois qu'en 1713 — 23 ans après la mort de la Servante de Dieu — il faudra donc trouver une autre explication. Et si l'on ne veut pas que Fénelon, parlant précisément du Cœur sacré de Jésus, se soit approprié une prière qui serait venue entre ses mains par quelque communication pieuse, il faudra donc dire ou bien que c'est Marguerite-Marie qui a eu communication de quelque instruction de la jeunesse de Fénelon — Marguerite-Marie était morte depuis 4 ans quand il fut nommé archevêque de Cambrai, — ou bien —ce qui est peu vraisemblable — que l'un et l'autre ont reproduit le texte de quelque auteur spirituel.

Marguerite-Marie Alacoque. — II. 50

Aspirations d'une âme qui désire ardemment la sainte communion.

Grand Dieu que j'adore voilé sous ces faibles espèces, est-il possible [que] vous vous soyez réduit à cette vile demeure, pour venir chez moi et demeurer corporellement avec moi ? Les cieux pour vous loger sont trop indignes, et vous vous contentez, pour être toujours avec moi, de ces pauvres espèces.

0 bonté inconcevable, pourrais-je bien croire cette merveille si vous-même ne m'en assuriez! Mais encore oseraisje bien penser que vous daignassiez venir en ma bouche ! Vous le voulez donc, reposer sur ma langue et descendre en mon estomac ; et pour m'y convier, vous me promettez mille biens !

0 Dieu de majesté, mais Dieu d'amour, que ne suis-je tout entendement pour connaître cette miséricorde, tout cœur pour la bien ressentir, et toute langue pour la publier! C'est vous donc, ô le Dieu de mon cœur, qui m'avez créée pour être l'objet de vos amours et le sujet de vos ineffables bontés. Les anges ne se lassent jamais de vous voir; ils désirent cette faveur pendant même qu'ils en jouissent ; et moi, puis-je ne point souhaiter de vous avoir?

Puisqu'il y va de votre contentement, ô mon aimable Sauveur, et puisque mes besoins m'obligent de le désirer, et puisque votre bonté me permet de l'espérer, je vous ouvre mon cœur, je vous offre ma poitrine, et ma bouche et ma langue pour vous y transporter.

1 . Ms. 6 donne ce titre : « Communion spirituelle pour se préparer à la réelle. » Cette prière est, à la vérité, écrite de la main de la Bienheureuse, mais nous sommes porté à croire qu'elle l'a plutôt copiée que composée.

Venez, venez, ô mon divin Soleil ! Je suis plongée dans des ténèbres horribles d 'ignorance et de péchés : venez écarter ces obscurités, et faites rayonner en mon âme les divines lumières de votre connaissance.

Venez, ô mon aimable Sauveur ! Une fois vous vous êtes livré tout entier pour me retirer de l'enfer : je suis retombée misérablement sous la servitude du péché. Venez encore cette fois rompre mes liens, briser mes fers et me rendre la liberté.

Venez, ô charitable Médecin de mon âme. Après m'avoir fait un bain de votre sang- et m'avoir rendue, dans le baptême, et plus saine et plus sainte que je ne méritais, je me suis, par ma faute, engagée à mille dangereuses maladies qui portent le dégoût dans mon cœur, la faiblesse à mon courage et la mort à mon àme. Venez donc me guérir, ô mon divin Médecin! J'en ai plus besoin que ce paralytique à qui vous demandiez s'il voulait être guéri. Oui, mon Dieu, oui je le souhaite tout de bon ; et vous qui connaissez la tiédeur de ce désir, augmentez-le vivement en moi parles ardeurs de votre saint amour.

Venez, ô le plus fidèle, le plus tendre, le plus doux et 1« plus aimable de tous les amis : venez à mon cœur. Celle que vous aimez est dans des infirmités ' et des langueurs dangereuses et mortelles. Vous le savez, vous qui lisez dans le fond de mon cœur, si jusqu'ici j'ai été insensible à mon malheur et imprudente à mon danger, maintenant, par votre grâce, je me sens, je me plains, je crie et j'implore votre secours. Je vous somme, par votre amitié incomparable et par votre parole, de me venir soulager. Venez, et ne permettez pas que je vous donne sujet de me quitter. Promettez-moi, comme à sainte Elisabeth, de vouloir toujours être avec moi.

Venez, ô la vie de mon cœur, ô l'âme de ma vie, ô le

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