‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 274 sur 284 · Acte de consécration au sacré Cœur de Jésus · texte numérisé non relu

Acte de consécration au sacré Cœur de Jésus

Cœur adorable de mon aimable Jésus, siège de toutes les vertus, source inépuisable de toutes les grâces, qu'avez-

1. Les trois prières suivantes ont été publiées d'abord par Croiset, pp. 246, 251 et 264 de son livre : La dévotion au sacré Cœur deN.-S. J.-C, édition princeps de 1691. Il n'y est pas dit, à la vérité, qu'elles soient de la composition de la Bienheureuse Marguerite-Marie — ce dont on ne peut pas, du reste, tirer un argument ;en sens contraire, Groiset étant toujours fort réservé pour donner les noms propres, — mais Languet, qui reproduisit plus tard ces trois prières, les a données comme des œuvres de la Servante de Dieu. Si l'on veut bien se rappeler que Languet fit cette publication du vivant du P. Croiset, on en conclura avec probabilité qu'il a dû se renseigner auprès de lui, et qu'il n'a attribué qu'à bon escient lesdites prières à la Bienheureuse. Le style en a été évidemment retouché par le P. Croiset qui en a usé ainsi avec tous les fragments des écrits de la Bienheureuse qu'il a publiés. Là où il y a « le plus ingrat des hommes », Marguerite-Marie avait certainement mis : « la plus ingrate des créatures. » Croiset a substitué partout le masculin au féminin.

Quant à ce qui est des quatre autres pièces de cette 3e section, elles ont été publiées d'abord par Bonnardel dans son livre : Exercices de la dévotion au sacré Cœur de Jésus, qui parut pour la première fois vers 1798. La 3e édit., à Lyon, chez Busand, porte la date de 1800. Il les tenait de la Visitation de Paray où on les lui remit, dit-il, le 16 juin 1823, jour de la bénédiction solennelle, par Mgr de Vichy, du monastère enfin rendu à sa sainte destination. Il s'empressa de les insérer dans une nouvelle édition de son livre. De fait, nous retrouvons ces pièces dans le Ms. 14, 2e livret. Comme on croyait alors que les petits livrets étaient de l'écriture de la Bienheureuse, on

vous pu trouver en moi capable de vous gagner jusqu'à ce point, que de m'aimer avec tant d'excès, tandis que souillé de mille péchés, mon cœur n'avait pour vous que de la dureté et de l'indifférence ? Les témoignages éclatants de la tendresse de votre amour pour moi, lors même que je ne vous aimais point, me font espérer que vous agréerez les marques par lesquelles je vous veux témoigner que je vous aime. Agréez donc, ô mon aimable Sauveur ! le désir que j'ai de me consacrer entièrement en l'honneur et à la gloire de votre sacré Cœur ; agréez la donation que je vous fais de tout ce que je suis : je vous consacre ma personne et ma vie, mes actions mes peines et mes souffrances ne voulant être désormais qu'une victime consacrée à votre gloire, maintenant embrasée, et un jour, s'il vous plaît, tout à fait consumée des sacrées flammes de votre amour. Je vous offre donc, ô mon Seigneur et mon Dieu ! je vous offre mon cœur, avec tous les sentiments dont il est capable, que je prétends être toute ma vie parfaitement conformes aux sentiments du vôtre. Me voilà donc, Seigneur, tout à votre Cœur, me voilà tout à vous. O mon Dieu ! que vos miséricordes sont grandes envers moi ! Dieu de majesté ! Eh ! que

était porté à lui attribuer la composition des prières qu'il contenait. Un examen sérieux, fait à l'époque de la Béatification, a prouvé qu'il n'y a aucune page de l'écriture de la Bienheureuse dans les trois livrets du Ms. 14. Néanmoins ces livrets sont contemporains de la Servante de Dieu. Le 2e, notamment, fut commencé le 16 octobre 1687. Il est très possible que les prières publiées par Bonnardel soient réellement l'œuvre de la Bienheureuse, aussi bien que celles qui ont été reproduites dans les deux premières sections et qui sont contenues, elles aussi, pour la moitié au moins, dans les livrets du Ms. 14. Il est vrai que ces dernières ont, en plus, les unes l'autorité du Ms. autographe de l'Hôpital, les autres celles du Ms. 6 qui les donne positivement comme des « oraisons composées par notre vertueuse Sœur Marguerite-Marie Alacoque », mais nous savons assez que le Ms. 6 ne contient pas tous les écrits delà Servante de Dieu. Nous pensons donc qu'il ne faut pas rejeter trop vite les prières publiées par Bonnardel.

Marguerite-Marie Alacoque. — II. 52

suis-je, pour que vous daigniez agréer le sacrifice de mon cœur ? Il sera désormais tout à vous ce cœur et les créatures n'y auront plus de part : aussi n'en valent-elles pas la peine. Soyez désormais, aimable Jésus, mon père, mon ami, mon maître et mon tout : je ne veux plus vivre que pour vous. Recevez, aimable Sauveur des hommes, le sacrifice que le plus ingrat des hommes fait à votre sacré Cœur, pour réparer le tort que jusqu'à cette heure je n'ai cessé de lui faire, en [correspondant si mal à son amour. Je lui donne peu, mais du moins je lui donne tout ce que je puis lui donner et tout ce que je sais qu'il souhaite ; et quand je lui consacre ce cœur, je le lui donne pour ne le reprendre jamais.

Apprenez-moi, ô mon aimable Sauveur ! le parfait oubli de moi-même, puisque c'est la seule voie qui me peut donner l'entrée que je désire dans votre Cœur sacré ; et puisque je ne ferai rien désormais qui ne soit à vous, faites en sorte que tout ce que je ferai soit digne de vous. Enseignez-moi ce que je dois faire pour parvenir à la pureté de votre amour ; mais donnez-le-moi cet amour et un amour très ardent et très généreux. Donnez-moi cette profonde humilité, sans quoi on ne saurait vous plaire, et accomplissez en moi parfaitement toutes vos saintes volontés, et dans le temps et dans l'éternité. Ainsi soit-il.

Amende honorable au sacré Cœur de Jésus-Christ.

Très adorable et très aimable Jésus, toujours rempli d'amour pour nous, toujours touché de nos misères, toujours pressé du désir de nous faire part de vos trésors et de vous donner vous-même tout à nous : Jésus mon Sauveur

et mon Dieu, qui par l'excès du plus ardent et du plus prodigieux de tous les amours, vous êtes mis en état de victime dans l'adorable Eucharistie, où vous vous offrez pour nous en sacrifice un million de fois chaque jour, quels doivent être vos sentiments en cet état, ne trouvant pour tout cela dans le cœur de la plupart des hommes que dureté, qu'oubli, qu'ingratitude et que mépris? N'était-ce pas assez, ô mon Sauveur! d'avoir pris la voie qui vous était la plus rude pour nous sauver, quoique vous puissiez nous témoigner un amour excessif à beaucoup moins de frais ? N'était-ce pas assez de vous abandonner pour une fois à cette cruelle agonie et à ce mortel accablement que vous devait causer l'horrible image de nos péchés dont vous vous étiez chargé? Pourquoi vouloir encore vous exposer tous les jours à toutes les indignités dont la plus noire malice des hommes et des démons était capable ? Ah ! mon Dieu, et mon tout aimable Rédempteur, quels ont été les sentiments de votre sacré Cœur, à la vue de toutes ces ingratitudes et de tous ces péchés ? Quelle a été l'amertume où tant de sacrilèges et tant d'outrages ont plongé votre Cœur?

Touché d'un extrême regret de toutes ces indignités, me voici prosterné et anéanti devant vous, pour vous faire amende honorable aux yeux du ciel et de la terre, pour toutes les irrévérences et les outrages que vous avez reçus sur nos autels depuis l'institution de cet adorable sacrement. C'est avec un cœur [humilié et brisé de douleur que je vous demande mille et mille fois pardon de toutes ces indignités. Que ne puis-je, ô mon Dieu! arroser de mes larmes et laver de mon sang tous les lieux où votre sacré Cœur a été horriblement outragé et où les marques de votre divin amour ont été reçues avec un mépris si étrange ! Que ne puis-je par quelque nouveau genre d'hommage, d'humiliation et d'anéantissement réparer tant de sacrilèges et de profanations! Que ne puis-je pour un moment être le maître du cœur de tous les hommes, pour réparer en quelque

manière, par le sacrifice que je vous en ferais, l'oubli et l'insensibilité de tous ceux qui n'ont pas voulu vous connaître, ou qui vous ayant connu, vous ont si peu aimé.

Mais, ô mon aimable Sauveur ! ce qui me couvre encore plus de confusion, ce qui me doit faire gémir davantage, c'est que j'ai été moi-même du nombre de ces ingrats. Mon Dieu, qui voyez le fond de mon cœur, vous savez la douleur que je sens de mes ingratitudes et le regret que j'ai de vous voir si indignement traité. Vous savez la disposition où je suis de tout souffrir et de tout faire pour les réparer. Me voici donc, Seigneur, le cœur brisé de douleur, humilié, prosterné, prêta recevoir de votre main ce qu'il vous plaira exiger de moi pour la réparation de tant d'outrages. Frappez, Seigneur, frappez : je bénirai et je baiserai cent fois la main qui exercera sur moi un si juste châtiment. Que ne suis-je une victime propre pour réparer tant d'injures ! Que ne puis-je arroser de mon sang tous les lieux où votre sacré corps a été traîné par terre et foulé aux pieds ! trop heureux, si je pouvais par tous les tourments possibles réparer tant d'outrages, tant de mépris et tant d'impiétés. Que si je ne mérite pas cette grâce, du moins agréez le véritable désir que j'en ai. Recevez, Père éternel, cette amende honorable que je vous en fais, en union de celle que ce sacré Cœur vous en fit sur le Calvaire et que Marie vous en fit elle-même au pied de la Croix de son fils ; et en vue de la prière que son sacré Cœur vous en fait. Pardonnez-moi tant d'indignités et tant d'irrévérences commises et rendez efficace par votre grâce la volonté que j'ai et la résolution que je fais de ne rien oublier, pour aimer ardemment, et pour honorer par toutes les voies possibles, mon Souverain, mon Sauveur et mon Juge, que je crois réellement présent dans l'adorable Eucharistie, où je prétends faire voir désormais, par le respect dans lequel je serai en sa présence, et par mon assiduité à lui faire la cour, que je le crois réellement présent. Et comme je fais profession d'ho-

norer singulièrement son sacré Cœur, c'est aussi dans ce même Cœur que je veux passer le reste de ma vie. Accordez-moi la grâce que je vous demande de rendre dans ce même Cœur le dernier soupir à l'heure de ma mort. Ainsi soit-il.

Prière pour la sainte Messe.

Père éternel, agréez que je vous offre le Cœur de Jésus- Christ votre cher tils bien-aimé, comme il s'offre lui-même à vous en sacrifice. Recevez cette offrande, s'il vous plaît, pour moi, et tous les désirs, tous les sentiments, toutes les affections, tous les mouvements, tous les actes de ce sacré Cœur. Ils sont tous à moi, puisqu'il s'immole pour moi et que je ne prétends avoir désormais d'autres désirs que les siens. Recevez-les en satisfaction de mes péchés et en action de grâces de tous vos bienfaits. Recevez-les pour m'accorder, par ses mérites, toutes les grâces qui me sont nécessaires, surtout la grâce de la persévérance finale. Recevez-les, comme autant d'actes d'amour, d'adoration, de louanges que j'offre à votre divine Majesté, puisque c'est par lui seul que vous êtes dignement honoré et glorifié. Amen.

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