Acte d'espérance et de contrition
Sauveur de mon àme, j'ai des obligations infinies à votre miséricorde ; mais je ne prise rien tant que l'amour qui vous consume pour mon salut. Je confesse que pour reconnaissance d'un bienfait si signalé, je suis tellement obligée de mourir à moi-même, pour ne vivre et ne respirer que pour
vous, que si je manque à ce devoir, je suis indigne de la vie. Donc, ô mon divin Rédempteur ! je m'abandonne tout à vous à la vie ou à la mort. Faites-moi vivre, faites-moi mourir, j'accepte l'un et l'autre avec une égale indifférence, pourvu que vous ne permettiez pas que ni l'un ni l'autre me séparent jamais de vous. O mon unique espérance ! ne souffrez pas que je me perde à vos yeux, après que vous m'avez sauvée par tant de peines. Hélas ! je ne sais pas ce que je dois devenir; mais je sais bien que comme je puis me sauver par votre grâce, je puis me damner par ma malice. J'espère bien de l'une, mais l'autre me fait peur et trembler. Dans cette incertitude, je n'ai point d'autre recours qu'aux mérites de votre Croix ; je l'embrasse de tout mon cœur comme la dernière planche de mon naufrage. Eh ! mon Sauveur, honorez votre mort dans mon salut, rendezla glorieuse dans ma félicité ; consommez et achevez en moi ce qui manque à vos souffrances ; donnez-moi l'effet de vos mérites ; faites-moi telle que vous désirez, afin que je sois capable de reconnaître éternellement ce que vaut un Dieu mourant, ce que je dois à votre mort. Malheur à celui qui voit mourir un Dieu pour son amour et qui ne laisse pas de l'offenser ! Je crois que l'enfer est trop doux pour punir une telle ingratitude. Gomment, après qu'un Dieu est mort en croix pour moi, après qu'il a tout consommé pour m'apprendre à ne plus l'offenser, puis-je retourner encore au péché ? Ah ! mon Dieu, pardon, pardon à cette misérable pécheresse, et force pour ne plus pécher et pour faire toujours et en tout votre sainte volonté. O mon adorable Maître ! je déteste mon péché du Cœur de mon Sauveur ; j'aime mon Dieu du Cœur de son Fils ; comme le Cœur de Jésus à déploré mon offense, je la déplore. Les larmes qu'il a versées de ses yeux sont à moi, car vous me l'avez tout donné, ô Père éternel ! et en conséquence, je vous offre sa douleur pour suppléer à la mienne. Si j'ai fait le mal, mon Jésus a fait le bien, l'un et l'autre sont à moi. Si vous
regardez l'un, ayez égard à l'autre, j'ose dire qu'en vous l'offrant, je vous donne plus que je ne vous avais ôté ; car mon adorable Jésus étant meilleur que je ne suis méchante, le bien qu'il a fait est plus grand que le mal que j'ai commis. Ainsi soit-il.
Donation de notre cœur pour étrennes au Cœur de Jésus-Christ.
0 Jésus ! mon très cher Epoux et mon unique tout, que je reconnais et adore pour mon Dieu et ma dernière fin, je viens me présenter à votre divine Majesté pour lui offrir mon cœur en parfait holocauste, par hommage de l'entière servitude que je vous dois et du vrai et parfait amour que je suis obligée de vous rendre comme à mon Seigneur et mon Roi, protestant que dès ce moment je le retire de ce qui est créé, pour le mettre entre vos divines mains. C'est le présent que je vous offre aujourd'hui, ô Verbe incarné ! Acceptez-le, s'il vous plaît, et prenez-en possession comme d'une chose qui est toute vôtre. Soyez son maître, sa force et son asile assuré en toutes ses peines, et son pilote pour le faire arriver heureusement au port désiré du salut. Et parce que, mon aimable Jésus, vous êtes infiniment bon, je prends la confiance de vous faire aujourd'hui une très humble supplication, qui est que, sans avoir égard à mon indignité, vous me donniez pour étrennes un présent que depuis long-temps je désire et que j'estime plus, sans nulle comparaison, que tout ce qui est au monde : c'est de me donner votre divin Cœur, en me recevant au nombre de ceux que vous chérissez particulièrement. Accordez-moi ce divin présent, ô mon libéral Seigneur! afin que, comme par amour je vous ai donné et vous donne de nouveau mon cœur pour être tout à vous, aussi par grâce et par miséri-
corde, je vous demande d'être au nombre de vos petites esclaves et de commencer heureusement cette année en vous, et de la passer et finir heureusement avec vous et pour vous ; de ne commettre aucune offense mortelle ni vénielle volontaire. Renouvelez tout l'état de mon âme, ô mon divin Jésus ! et prenez une entière et parfaite possession de tout mon être, que je dédie et consacre en parfait holocauste d'amour à votre aimable Cœur. Faites de mon cœur pauvre et chétif un paradis de vos délices, par les fleurs et les fruits des solides vertus d'humilité, douceur, simplicité ; et surtout, embrasez-le d'un vif et brûlant désir de votre amour, et que toutes mes affections n'aient jamais d'autre objet que celui de vous plaire ; afin que, au moment où vous me retirerez de cette vie, je ne meure d'autre mort que de celle de votre amour et pour votre amour. Ainsi soit-il.
XXXV i
Renouvellement de notre donation au sacré Cœur de Jésus.
Lorsque vous regarderez le divin Cœur de Jésus, ou que vous le prendrez en vos mains, souvenez-vous de donner de nouveau le vôtre à Jésus-Christ et dites :
O mon aimable Jésus ! bien que dès long-temps je vous aie donné mon cœur, néanmoins tout de nouveau je vous l'offre et consacre. O l'unique objet de mon amour, ô les délices de mon àme ! donnez-moi votre Cœur ; aimez-moi, bon Jésus et je suis contente. O très cher et divin Cœur de mon Jésus ! quelles caresses vous ferais-je si je vous tenais !
1. On trouve encore dans le livre de Bonnardel une autre prière attribuée à la Bienheureuse, sous ce titre : Protestations de fidélité au sacré Cœur. Nous ne la reproduisons pas, le Ms. 14, 1er Livret, disant qu'elle est tirée du P. Nouet.
Comme je vous embrasserais ! 0 Cœur tout aimable, mille fois je vous baiserais et me jetterais à genoux pour vous adorer ; mille fois je vous serrerais étroitement sur ma poitrine, afin de recevoir de vous l'embrasement du saint amour. 0 Cœur sacré, Cœur brûlant, Cœur embrasé, Cœur divin, qui avez tant de fois respiré et soupiré pour moi ! je neveux plus désormais respirer que pour vous. 0 bon Jésus ! chassez de mon pauvre cœur tout ce qui vous déplaît et rendez-le doux, simple et humble. 0 mon cher Epoux I quelle confusion pour moi ! Je vous ai tant de fois donné mon cœur et, par une perfidie trop grande, je vous l'ai dérobé pour le donner aux créatures. Ah ! mon pauvre cœur, retourne à ton principe, et ne t'en sépare plus, autrement tu périras. 0 Cœur sacré de mon Jésus ! Cher Époux ! recevez-moi, malgré que je me sois tant de fois séparée de vous, éloignée de vos divines perfections, n'y ayant rien de si pur que vous qui êtes la pureté et la sainteté même, et rien de si impur que moi. Vous êtes une fournaise très ardente d'amour ; et moi j'ai un cœur plus dur que le marbre, plus froid que la glace. Vous avez toujours été dans l'abaissement et dans l'anéantissement nonobstant vos grandeurs; et moi qui ne suis que poussière, plus vile qu'un vermisseau, je veux paraître, m'exalter. 0 mon aimable Jésus ! ne permettez plus ce désordre ; mais accordez-moi que je vive tout unie et cachée dans votre divin Cœur, que je choisis pour ma demeure dans le temps et l'éternité. Ainsi soit-il.