RÉSOLUTIONS
Voici mes résolutions, qui doivent durer jusqu'à la fin de de ma vie, puisque mon Bien- Aimé les a dictées lui-même. Après l'avoir reçu dans mon cœur, il me dit : « Voici la « plaie de mon côté pour y faire ta demeure actuelle et « perpétuelle ; c'est où tu pourras conserver la robe d'inno- (( cence dont j'ai revêtu ton âme, afin que tu vives désor- « mais de la vie d'un Homme-Dieu ' : vivre comme ne « vivant plus, afin que je vive parfaitement en toi ; ne « pensant à ton corps et à tout ce qui t'arrivera comme « s'il n'était plus ; agissant comme n'agissant plus, mais « moi seul en toi. Il faut pour cela que tes puissances et « tes sens demeurent ensevelis dans moi et que tu sois « sourde, muette, aveugle et insensible à toutes les choses « terrestres : vouloir comme ne voulant plus, sans jugece ment, sans désir, sans affection et sans volonté que « celle de mon bon plaisir, qui doit faire toutes tes délices ; « ne cherchant rien hors de moi, si tu ne veux faire injure « à ma puissance et m'olfenser grièvement, puisque je te « veux être toutes choses.
(( Sois toujours disposée à me recevoir, je serai toujours « prêt à me donner à toi, parce que tu seras souvent livrée « à la fureur de tes ennemis. Mais ne crains rien, je t'en- <( vironnerai de ma puissance, et serai le prix de tes vic-
1. C'est pour la troisième fois que nous trouvons cette communication de N.-S. à sa Servante, mais toutefois avec des détails différents. Cf. Vie par elle-même, nn 65, et fragment IV, n° 5.
« toires. Prends garde de ne jamais ouvrir les yeux pour te « regarder, hors de moi ; et qu'aimer et souffrir à l'aveugle « soit ta devise : un seul cœur, un seul amour, un seul « Dieu ! »
Ce qui suit est écrit de son sang :
Moi chétif et misérable néant, proteste à mon Dieu me soumettre et sacrifier à tout ce qu'il demande de moi, immolant mon cœur à l'accomplissement de son bon plaisir, sans réserve d'autre intérêt que sa plus grande gloire et son pur amour, auquel je consacre et abandonne" tout mon être et tous mes moments. Je suis pour jamais à mon Bien-Aimé, son esclave, sa servante et sa créature, puisqu'il est tout à moi, et suis son indigne épouse Sœur Marguerite-Marie, morte au monde. Tout de Dieu et rien de moi, tout à Dieu et rien à moi, tout pour Dieu et rien pour moi !