‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 34 sur 284 · RETRAITE DE PRÉPARATION A LA MORT · texte numérisé non relu

RETRAITE DE PRÉPARATION A LA MORT

Vive y Jésus !

« Depuis le jour de sainte Madeleine, je me suis sentie extrêmement pressée de réformer ma vie, pour me tenir prête à paraître devant la sainteté de Dieu, dont la justice est si redoutable et les jugements impénétrables. Il faut donc que je tienne toujours mes comptes prêts afin de n'être pas surprise, car c'est une chose horrible de tomber à l'heure de la mort entre les mains d'un Dieu vivant, lorsque pendant sa vie on s'est retiré par le péché d'entre les bras d'un Dieu mourant.

« Je me suis donc proposé, pour effectuer un mouvement si salutaire, de faire une retraite intérieure dans le sacré Cœur de Jésus-Christ. J'attends et j'espère tous les secours de grâce et de miséricorde qui me seront nécessaires, car j'ai mis en lui toute ma confiance, comme étant

le seul appui de mon espérance, puisque son excessive bonté a ne me rebute jamais lorsque je m'adresse à lui ; mais, au contraire, il semble se faire un plaisir d'avoir trouvé un sujet aussi b pauvre et misérable que je suis pour remplir mon indigence de son abondance infinie.

« La Sainte Vierge sera ma bonne mère, et pour protecteurs saint Joseph et mon saint Fondateur. Le bon Père de La Colombière m'est donné pour directeur, pour m'apprendre à accomplir les desseins de ce Cœur adorable, conformément à ses maximes.

« Le premier jour de ma retraite, mon occupation fut de penser d'où me pouvait venir ce grand désir de mourir, puisque ce n'est pas l'ordinaire des criminelles, comme je la suis devant Dieu, d'être bien aise de paraître devant leur juge, mais un juge dont la sainteté de justice pénètre jusqu'à la moelle des os, auquel rien ne peut être caché, et qui ne laissera rien d'impuni. Comment donc, mon âme, peux-tu sentir une si grande joie à l'approche de la mort? Tu ne penses qu'à finir ton exil, et tuc es transportée de joie en te figurant que tu sortiras bientôt de ta prison. Mais, hélas! prends garde que d'une joie temporelle, qui ne provient peut-être que d'aveuglement et d'ignorance, tu ne te plonges dans une éternelle tristesse, et que de cette prison mortelle et périssable tu ne tombes dans ces cachots éternels, où il n'y aura plus lieu d'espérer d'en sortir jamais !

« Laissons donc, mon âme, cette joie et ce désir de mourir, pour ces âmes saintes et ferventes pour lesquelles sont préparées de si grandes récompenses. Mais pour nous, dont les œuvres d'une vie criminelle ne nous laisseraient rien à espérer que des châtiments éternels, si Dieu n'était

a) Mss. 4 et 7 : « ne m'éconduit jamais » — h) Ms. 4 : « aussi misérable et nécessiteuse que je la suis ». Ms. 7 : « aussi misérable, pauvre et chétive et nécessiteuse que je la suis » — c) Mss. 4 et 7 : « tu te transportes d'aise ».

jplus bon que juste à notre égard, pensons donc quel sera !ton sort. Pourras-tu supporter pendant une éternité l'abiLsence de Celui dont la jouissance te donne de si ardents jdésirs, et dont la privation te fait sentir de si cruelles peines?

« Mon Dieu ! que ce compte m'est difficile à faire, puisque l'ai perdu mon temps, et que je ne sais comment le pou- Ivoir réparer ! Mais dans la peine où je me suis trouvée de imettre ce compte en état et le tenir toujours prêt à rendre, je n'ai su à qui m'adresser, sinon à mon adorable Maître, iqui, par a une grande bonté, a voulu se charger de le faire. 'C'est pourquoi je lui ai remis tous les articles sur lesquels je dois être jugée, et recevoir ma sentence*, qui sont nos {Règles, Constitutions et Directoire, sur lesquels je serai justifiée ou condamnée. Après lui avoir remis tous mes Intérêts, j'ai senti une paix admirable, sous ses pieds, où il ijm'a tenue longtemps, comme tout anéantie, dans l'abîme de mon néant, attendant ce qu'il jugerait de cette misérable ipriminelle.

« Le second jour, à mon oraison c, il me fut présenté {comme dans un tableau tout ce que j'avais été, et ce que ;|j 'étais pour lors : mais, mon Dieu, quel monstre plus défectueux et plus horrible à voir! Je n'y voyais aucun bien, [mais tant de mal qu'il d m'était un tourment d'y penser. Il ttnee semble que tout me condamne a un éternel supplice par le grand abus que j'ai fait de tant de grâces, pour lesquelles je n'ai eu que des infidélités, ingratitudes et perfidies. 0 mon Sauveur! qui suis-je, pour m'avoir attendue si longtemps à pénitence, moi qui me suis f mille fois

I a) Ms. 4 : « son incompréhensible bonté » Ms. 7 : « son incomparable bonté » — h) Mss. 4 et 7 : « ces articles ne sont (mtres » — c) Ms. 4 : « du matin » — d) Id. : « qu'il m'est insupportable d'y penser ». Ms. 7 : « qu'il m'est impossible d'y pouvoir penser ». — e) Ms. 4 : « il me semblait que tout m'y condamnait » Ms. 7 : « il me semble que tout m'y condamnait » — /) Mss. 4 et 7 : « voulu mille fois abîmer dans l'enfer ».

20 i VIE ET ŒUVRES DE MARGUERITE-MARIE ALACOQUE

exposée à être abîmée dans l'enfer par l'excès de ma malice et autant de fois vous m'en avez empêchée par votre bonté inlinie. Continuez donc, mon aimable Sauveur, de l'exerce sur un sujet si misérable. Vous voyez que j'accepte de boi cœur toutes les peines et supplices qu'il vous plaira me faire souffrir en cette vie et en l'autre. J'ai" tant de doulex de vous avoir offensé, que je voudrais avoir souffert toute les peines dues aux péchés que j'ai commis, et à tous ceui où je serais tombée sans le secours de votre grâce. Oui, j< voudrais avoir été plongée dans tous ces tourments rigoi reux, dès le moment que j'ai commencé à pécher, pour me servir de préservatif, plutôt que de vous avoir tant offensé et n'avoir autre* punition qu'un pardon que je voi demande pour l'amour de vous-même. Je ne réserve riei dans toutes les vengeances qu'il plaira à votre divine jus tice exercer sur cette criminelle, sinon, que vous ne m'abai donniez pas à moi-même par de nouvelles rechutes dans péché, pour punir les précédentes. Ne me privez pas, ô me Dieu, de vous aimer éternellement pour ne vous avoir paï aimé dans le temps. Faites au reste de moi tout ce qu'il vous plaira, je vous dois tout ce que j'ai, tout ce que je suis, et c tout ce cjue je puis de bien. Je ne saurais réparer la moindre de mes fautes, que par vous-même. Je suis insolvable, vous le voyez bien, mon divin Maître ; mettezmoi en prison, j'y consens, pourvu cjue ce soit dans celle de votre sacré Cœur. Et cmand j'y serai, tenez-moi là bien captive d et liée des chaînes de votre amour, jusqu'à ce que je vous aie payé tout ce que je vous dois ; et comme je ne le pourrai jamais faire, aussi c souhaité-je de n'en jamais sortir. »

a) Mss. 4 et 7 : « je me sens tant de douleur » — h) Ms. 4 : « peine ». Ms. 7 : « récompense » — c) Id. : « et tout ce que j'ai l'ait de bien ne saurait réparer » — <l) Mss. 4 et 7 : « et enchaînez-moi par les chaînes de votre amour » — e) Ms. 7 : « désiré-je ».

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