‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 35 sur 284 · SUR LES LETTRES DE LA BIENHEUREUSE MARGUERITE-MARIE · texte numérisé non relu

SUR LES LETTRES DE LA BIENHEUREUSE MARGUERITE-MARIE

La Correspondance de la Servante de Dieu est la partie la plus considérable et, nous osons dire, la plus remarquable de ses œuvres. Durant douze ans, c'est-à-dire depuis la sixième année après sa profession religieuse jusqu'aux semaines qui ont , précédé sa mort, nous y voyons cette sainte âme se manifester dans toute sa candeur, sa droiture, sa simplicité ; comme aussi avec sa force, sa persévérance, son zèle infatigable. Toutes les vertus brillent en elle, quoi qu'elle fasse pour s'humilier et se i rabaisser aux yeux de ses correspondants. Dans les cent quarante-deux lettres qui suivent on chercherait en vain l'expression d'un sentiment purement humain. C'est toujours la sainte qui ne vit que pour Dieu et ne sait parler que selon son Esprit. D'ailleurs, elle ne prenait la plume que par obéissance : laissée à elle-même elle éprouvait une répugnance extrême à « écrire des lettres » ; mais ses supérieures l'y obligeaient assez souvent et Notre-Seigneur lui-même l'exigeait. Alors, quand il s'agissait de manifester les volontés de son Maître, d'exercer l'apostolat du sacré Cœur, elle s'oubliait et se prêtait à écrire .tout ce que son divin inspirateur « lui mettait en pensée » : c'est son expression. — A lire ces pages simples et vraies autant que vives et chaudes, on ne se douterait pas de sa répugnance à écrire, si elle n'en parlait souvent elle-même. A voir ses ravissantes expansions on ne saurait comprendre combien il lui en coûtait de manifester le mystère intime de son âme vivant dans une union divine que peu de saints, croyons-nous, ont connue plus étroite et plus constante.

Elle écrivait, sans aucune recherche, convaincue qu'elle ne

savait pas dire ou disait mal. Si elle essayait de se relire, elle était tentée de déchirer ou de brûler ses pages. Qui saura ce qu'elle en a détruil ! On lui défendit de se relire ; sur quoi elle s'excusait auprès de ses correspondants sur ses prétendues redites, sur ses oublis, ne se souvenant plus, disait-elle, l'instant d'après, de ce qu'elle venait d'écrire. Or il se trouve que cette humble religieuse qui n'avait eu, ainsi qu'on Ta déjà remarqué, qu'une formation littéraire très incomplète, manie très bien sa langue, sans effort, avec précision, vivacité, naturel, employant un style qui diffère peu de celui des meilleurs écrivains du xvue siècle. Sans art, par le fait seul de sa grande charité et de la délicatesse de ses sentiments, elle use de toutes les précautions littéraires. Si tel morceau rappelle le style de Bossuet ou la pensée de saint Augustin, telle phrase aimable ne déparerait pas une lettre de Mme de Sévigné, cette petite fille de sainte Chantai par le sang, comme Marguerite-Marie l'était par la vocation et la formation traditionnelle de son Institut.

Nous ne répéterons pas ce qui a été dit dans l'avertissement général sur les écrits de la Servante de Dieu ; mais il importe de faire ressortir ici comment la Bienheureuse savait prendre le ton qui convenait, selon les personnes et les circonstances, et accommoder sa doctrine et ses conseils aux divers besoins des âmes.

Sa première et principale correspondante fut la Mère de Saumaise, son ancienne supérieure, pour qui elle avait une déférence filiale, a une respectueuse amitié ». Elle lui parle à cœur ouvert : « je n'ai point de secrets pour vous », dit-elle. Aussi bien elle s'abandonne à des élans séraphiques. Parfois on sent qu elle n'est qu'une messagère qui transmet des communications d'en-haut. Elle félicite la Mère de Saumaise de son zèle, l'encourage, lui révèle les grands desseins du sacré Cœur et lui l'ait les plus magnifiques promesses. Elle a alors un ton d'autorité irrésistible; puis elle se reprend, confuse de s'être trop abandonnée; elle s'humilie, se comptait à rapporter ce qu'elle appelle ses infidélités et ses ingratitudes, s'excuse d'avoir osé parler comme elle l'a fait et se plonge avec une véritable joie dans la bassesse, l'abjection, le néant où elle semble faire ses délices de se tenir en présence du divin Maître dont elle a entrevu la majesté et la sainteté infinies.

Avec la Mère Greyfié elle est une fille reconnaissante, un peu plus réservée, semble-t-il, autant qu'on en puisse juger par les quelques fragments subsistants de cette correspondance. A elle aussi elle demande des conseils et fait confidence des grâces qu'elle reçoit, de ses épreuves, de ses espérances et de ses joies à l'occasion des progrès de la chère dévotion au sacré Cœur.

La Mère de Soudeilles est une amie que la Servante de Dieu traite affectueusement, sans se départir d'une exquise discrétion et de son humilité accoutumée. Il s'agit d'une âme d'élite et Marguerite-Marie la croit capable d'atteindre la perfection. En lui écrivant, elle s'exhorte le plus souvent elle-même, de peur de i paraître conseiller une religieuse d'une si haute vertu. La correspondance s'étend bientôt à la sœur de la Barge et à la Mère iDubuysson qui a succédé à la Mère de Soudeille comme supérieure du monastère de Moulins. C'est la Mère de Saumaise Iqui, durant son triennat de supériorité, avait noué ces relations. WLa sœur de la Barge s'ouvrait à Marguerite-Marie en toute conifiance. C'était une âme que le Maître intérieur voulait tout entière. Ardente, aimante, elle provoquait le Séraphin de : Paray à répandre les flammes qui le consumaient. Plus que (partout ailleurs notre Bienheureuse se montre, dans la correspondance avec la sœur de la Barge, une maîtresse spirituelle fbchevée. Elle la pousse au sacrifice, à l'oubli d'elle-même, au renoncement à toute créature, à « l'amour de son abjection »,

laux anéantissements. Ce sont des pages admirables, pleines d'élan,' )de chaleur et de force, les plus belles peut-être de toute la correspondance de la Servante de Dieu. Elles donnent une haute <dée de la religieuse à qui une sainte pouvait parler sur ce ton, fet elles renferment toute une doctrine spirituelle solide autant i^ue suave. C'est le commentaire des deux maximes évangéliques Ue l'abnégation à la suite du divin Sauveur portant sa Croix, et lu repos de l'âme cherché et trouvé dans la pratique de la leçon Ue douceur et d'humilité proposée à notre imitation. I A d'autres religieuses qui hésitaient à se livrer entièrement à l'action divine, la Bienheureuse écrit avec une décision et une i énergie extraordinaires, allant droit au but et touchant la plaie kive. Il y a telle lettre capable de retourner une âme qui s'illusionnait, faute de s'ouvrir et de chercher sincèrement la Murr/uerite-Marie Alacoque. — II. ,4

lumière. Telle autre semble devoir mettre fin aux résistances et i et aux atermoiements d'une âme encore partagée entre Dieu et les créatures. Elle fait une guerre acharnée à toute recherche personnelle. Quand on la consulte au nom de personnes qui sollicitent ses avis, elle répond en quelques lignes précises, sans rien atténuer, ni dissimuler quoique ce soit. Éclairée d'en-haut, il lui arrive de lire dans les âmes; la réponse porte la lumière etj va au delà de la demande qui avait été faite. La correspondance avec elle n'était pas un délassement spirituel. Elle coupait court à tout entretien inutile par lettre comme au parloir. Quand il le fallait, elle se montrait sévère : après avoir protesté de la charité de ses intentions, elle tranchait dans le vif, écartant résolument les prétextes et refoulant les résistances jusque clans leurs derniers retranchements.

Dans les lettres au P. Groiset, Marguerite-Marie paraît lour à tour disciple et apôtre, sollicitant humblement et avec simplicité les avis d'un religieux éclairé, sur les voies extraordinaires par lesquelles l'Esprit de Dieu la conduisait, et lui ouvrant ingénument son âme par obéissance; puis, lui manifestant les désirs de Notre-Seigneur relativement au culte du sacré Cœur et l'exhortant à s'employer de tout son pouvoir à cet apostolat, malgré les obstacles, les difficultés et même les épreuves qu'il aurait à subir.

Enfin, la correspondance de famille ne se compose que des lettres à ses deux frères. Au curé du Bois-Sainte-Marie, M. Jacques Alacoque, elle écrit avec l'autorité douce et discrète d'une sœur aînée et une fraternelle tendresse, lui découvrant sans faiblesse ses défauts, mais avec une extrême bonté. Exhortations, encouragements, reproches : elle met tout en œuvre, voulant en faire un saint prêtre; tempérant d'ailleurs l'austérité de ses conseils par les plus attirantes promesses et, selon sa cou-j tume, s'humiliant elle-même pour mieux faire accepter la leçon !

Avec M. Chrysostome Alacoque, son frère aîné, un laïque père d'une nombreuse famille, elle garde plus de mesure, lu témoigne un affectueux intérêt, le félicite de son attrait pour li I sacré Cœur, lui promet ses bénédictions, prend part à se épreuves, à la maladie de Mme Alacoque et suggère des motif de patience et de consolation. En un mot, avec les siens, ell

est tendre et forte et laisse assez voir qu'elle n'envisage que les intérêts supérieurs de leur salut.

Venons aux détails techniques concernant la correspondance de la Bienheureuse.

La seconde édition de Vie et œuvres que nous désignons par la lettre B contenait 135 lettres. Nous en avons supprimé 3 en faisant passer au bas de la page, parmi les morceaux qui manquent de références, un billet à la sœur Joly [LXIIe de B], en réunissant en une seule lettre deux fragments adressés à la même sœur Joly XL VIIIe et CVIe de B] et en replaçant parmi les Avis, au b° LU, la lettre GXXIII, de A, GXXV de B. En outre, 6 des lettres attribuées au P, Rolin, comme destinataire, par A et B se retrouvent dans les lettres au P. Croiset récemment découvertes. C'est donc 9 numéros en moins ; reste un chiffre de 126.

Mais nous avons ajouté 16 numéros, savoir: 9 lettres du Ms. d'Avignon au P. Croiset, 1 lettre de la Bienheureuse à ses novices, laquelle figurait dans A et B parmi les avis et instructions, 3 lettres inédites, 2 lettres reconstituées, d'après nos meilleurs Mss., avec des fragments que A et B avaient intercalés au travers d'autres lettres, et enfin 1 morceau conservé par Languet et qu'on avait omis jusqu'à présent d'insérer dans la correspondance de la Bienheureuse. Le total des lettres contenues clans la présente édition s'élève donc à 142.

43 ont été reproduites d'après les autographes conservés : 28 à la Visitation de Nevers, 8 à Paray et 7 dans les monastères d'Annecy, Aurillac, Bologne, xMarseille, Nancy, Rennes et Riom.

Pour les 99 autres lettres, nous avons suivi d'abord le Ms. 6 « copié sur les originaux ». Il nous a fourni 41 lettres pour lesquelles nous avons noté au bas des pages les variantes des autres Mss.

28 lettres non données par le Ms. 6 ont été tirées du Ms. 8. 5 qui ne se trouvent pas dans les Mss. 6 et 8 viennent du Ms. 7.

1 omise par les Mss. 6, 7 et 8 est tirée du Ms. 9. 1 manquant aux quatre autres Mss. vient du Ms. 3.

9 sont reproduites d'après le Ms. d'Avignon.

10 ne se trouvent dans aucun de nos anciens Mss. Nous les avons données d'après A et B qui les tenaient de Mss. de Dijon maintenant perdus.

3 lettres viennent de Languet et Croiset.

Et 1 du recueil publié en 1830, à Avignon, par Seguin. Elle est du reste apocryphe.

On trouvera parfois au bas des pages de longs morceaux que nous y avons rejetés, non pas que nous entendions par là les noter comme apocryphes, mais parce que nous ne leur avons trouvé aucune référence.

Ces 142 lettres sont adressées :

à la Mère de Saumaise 48

à la Mère Greyfié 12

à la Mère de Soudeilles 19

à la Mère Dubuysson 4

à la sœur de la Barge 15

à la sœur des Escures 2

à la sœur de Thélis '2

à la sœur Joly -

à la sœur Payelle 1

à la sœur Morant 1

a ses novices »

à Mlle Chamberland 1

à des Ursulines 7

à une religieuse '

à M. Jacques Alacoque, le curé 7

M. Ghrysostome Alacoque 5

au R. P. Croiset 10

à son directeur ' ' 0

un fragment sans adresse 1

La traduction italienne dont nous avons parlé dans l'avertissement général nous a beaucoup servi. Nous avons collationné soigneusement avec le texte de nos Mss. les lettres qu'elle renferme au nombre de 68, savoir : les 1 1 fragments conservés par la Mère Greyfié, dans son Mémoire, et deux séries de lettres, l'une de 28, dont 27 à la Mère de Saumaise et 1 à la sœur Joly, et l'autre de 29 ainsi réparties : 8 à la Mère de Soudeilles, 4 à la Mère Dubuysson, 1 1 à la sœur de la Barge, 1 à sœur Morant et 5 à une religieuse ursuline.

On a vu que la Visitation de Nevers possède 28 lettres autographes de la Bienheureuse Marguerite-Marie. Ce trésor lui

vient de l'ancienne Visitation de Moulins - des religieuses de Moulins, avec un groupe d'anciennes religieuses de Paray allèrent fonder un monastère à La Charité-sur-Loire en 1817 Ce monastère fut transféré à Nevers en 1855 - primitivement la Visitation de Moulins possédait 36 lettres autographes qui lurent produites dans la procédure de 1715, comme on le dira ! ci-dessous. Une feuille conservée à Nevers en donne le détail H comme il suit. Nous reproduisons textuellement cet important \\ document.

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