‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 44 sur 284 · LETTRE VII · texte numérisé non relu

LETTRE VII

A SŒUR LOUISE-HENRIETTE DE SOUDEILLES, A .MOULINS

De notre monastère de Paray, ce 6 juin 1680.

Ma très honorée et bien-aimée sœur,

Je prie ce divin Esprit d'amour vouloir remplir votre chère âme de ses plus précieuses faveurs, et nos cœurs de ses plus vives ardeurs, afin que nous n'agissions plus que par ses mouvements. Il m'en donnerait un bien grand de correspondre à vos cordiales bontés, ma très aimée Sœur, si mon indignité ne me mettait dans un continuel rebut de moi-même, ne pouvant comprendre comme l'on se peut souvenir d'une si chétive créature, qui vous chérit pourtant et vous aime dans le sacré Cœur de Jésus plus que je ne vous peux dire. Mais comme je ne vous peux être utile à rien, je croyais que vous ne pensiez plus à moi, qui ne vous oublie pas devant Notre-Seigneur, auquel je me plaindrais volontiers de ce que tous les jours vous venez de si loin pour me visiter entre les deux élévations de la sainte messe ; je vous trouve présente à mon esprit, et quand nous avons dit à notre divin Maître ce que vous souhaitez, vous vous retirez doucement, en me disant comme dans votre chère lettre, « de ne me pas fâcher ». Mais comme le pouvoir faire avec vous, ma très aimée sœur ? puisque vous savez si bien gagner les cœurs, que, si je n'étais assurée que c'est pour les rendre tout à Dieu, vraiment je le prierais de me défendre de vous. Mais il n'y a rien à craindre en cette union de nos cœurs, puisque le Seigneur en est l'auteur. En puisse-t-il à jamais être glorifié !

J'ai recommandé à sa bonté cette chère sœur dont Votre Charité me parle. Ne vous en faites point de peine, car j'espère que si vous en priez notre souverain Maître, il ne permettra pas que cette plante prenne racine dans son parterre, la sainte religion, si son Père céleste ne l'y a pas plantée. Il est vrai que la charge de conduire les âmes à Dieu est plus à craindre que l'on ne peut dire, à cause de son importance ; mais que craignez-[vous ?] puisque Celui qui vous l'a donnée est tout-puissant pour vous faire agir selon sa sainte volonté, laquelle ne puisse jamais trouver de résistance en nous, de quelle manière qu'elle en veuille disposer. Mais il faut tout donner pour avoir tout ; l'amour divin ne peut souffrir aucun mélange. Intéressez-vous donc pour moi sur ce sujet; puisque Votre Charité m'honore de «on amitié, que ce soit pour me procurer l'amour de mon Dieu, par vos saintes prières. Visitons-nous souvent, chère sœur, pour cet effet, dans le sacré Cœur de Jésus-Christ ; et quand vous ne m'y trouverez pas, importunez-le jusqu'à ce que sa miséricorde m'y aura mise ; et là, nous ferons nos petits entretiens spirituels sans crainte, et les plus intimes communications de notre véritable dilection pour cet adorable Cœur, dans lequel je suis toute à vous avec respect.

Votre très humble et très indigne sœur et servante,

S1' M. -Marguerite d. 1. Vis. Ste-M.

Mes chères sœurs Marie-Aimée et de Lyonne vous présentent leur très cordial respect et plus intime affection. — C'est à votre très honorée Mère ' que ces saluts s'adressent, je me suis méprise.

Adieu, ma tout aimable sœur; il me semblerait que je ne vous aurais rien dit, si la Croix de Notre-[Seigneur] ne

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