LETTRE IX
Ce 10e juillet 1680.
, Je vous avoue, ma très honorée Mère, que c'est avec j plaisir que je m'acquitte de ce que la nôtre très aimée nous : a ordonné, de vous dire de mes nouvelles touchant l'état de ma santé. Je vous dira que Notre-Seigneur, le jour de la fête
(prières la pauvre sœur N..., son ennemi lui livre de rudes combats. Dieu la veudle rendre victorieuse aussi bien que notre chère sœur de N..., deux bonnes âmes que Notre-Seigneur me rend toujours plus chères, aussi bien que Votre Charité, ma très aimée Mère. Je voudrais pouvoir vous témoigner la reconnaissance que mon cœur conservera toujours pour vous ■ et si je :meurs ingrate, c'est parce que j'ai vécu impuissante. Au reste M vous remercie des beaux ciseaux que j'ai reçus de Votre Cha- ■té; je les porte pour l'amour de vous, bien qu'ils soient trop (beaux pour moi, qui vous prie de croire qu'il n'y a personne au jmonde qui soit à Votre Charité avec plus de respect et d'affection, dans le sacré Cœur de Jésus-Christ. » a) Mss. 8, 9 et trad. ital. : « en cette vie »
du très saint Sacrement 1 me fît la miséricorde de me retirer tout d'un coup de l'extrême faiblesse où j'étais réduite ; car, après la sainte communion, je me trouvai autant de force et de santé que j'en avais avant que je fusse arrêtée au lit, où il y avait un mois que j'étais ; et dès lors j'ai eu le bonheur de suivre la Communauté 2.
Je vous ai bien voulu dire cela, ma chère Mère, pour vous exciter à réparer mes ingratitudes, qui sont plus grandes que jamais envers notre bon Dieu, dont la conduite est si pleine d'amour et de douceur envers une si indigne créature qui l'a tant offensé, que je confesse qu'il me traiterait justement en m'abandonnant à toutes les rigueurs de sa divine justice ; mais il me veut laisser encore quelque temps pour exercer la charité de nos sœurs, et me donner le moyen de pleurer mes péchés, et commencer tout de nouveau à souffrir, si l'on peut appeler souffrance le bonheur de participer à la Croix du Sauveur. Ah! que l'état d'infirmité et d'humiliation m'est précieux ! car je ne vois rien de plus utile ni de plus nécessaire pour moi; c'est tout ce qui m'adoucit la longueur de la vie, dans le désir qui me persécute con-| tinuellement d'en sortir; quoique en vérité je l'accepte | pour tout le temps qu'il plaira à mon Souverain, ne voulant rien, sinon qu'il accomplisse en' tout sa sainte) volonté, qui n'est pas moins aimable dans l'affliction que dans la consolation. Ce m'en serait une bien sensible, mal chère Mère, si vous m'assuriez ce que Votre Charité m'ai promis, de brûler mes lettres, en sorte que jamais rien n'en] soit vu ni su, dans le lieu dont il est sorti; car je n'ai pasj moins de passion de demeurer ensevelie dans le mépris et l'oubli après ma mort, comme pendant ma vie, et je faisl tant de fond sur votre amitié, que je ne saurais croire quej] vous me refusiez cette grâce, non plus que celle d'être per-