‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 49 sur 284 · LETTRE X · texte numérisé non relu

LETTRE X

Vive y Jésus !

Novembre] 1680.

Vous êtes toujours la chère Mère de mon cœur, qui vous chérit dans celui de notre aimable Sauveur, de toute l'affection dont il est capable. Je me flatte que vous n'en doutez pas, puisque je n'ai point de secret pour vous, à qui je prends un singulier plaisir de raconter les miséricordes de notre Souverain envers la plus ingrate de toutes les créatures. Ses libéralités sont si grandes à mon endroit qu'elles m'ôtent tout moyen de m'en exprimer à Votre Charité. Je vous dirai pourtant a qu'il en use à mon égard comme un père enivré de l'amoureuse tendresse qu'il porte à son petit enfant, surtout pendant ma solitude l où il semblait prendre plaisir à me combler6 de ses douceurs. Mais je ne me saurais

a) Le mot : « pourtant » n'est donné que par le Ms. 8. — h) Ms. 8 et trad. ital. : « remplir >»

1. Sa retraite annuelle. Ce détail permet d'attribuer la lettre au mois d'octobre ou de novembre, époque ;i laquelle se font les retraites en « solitude » à la Visitation.

Mary lier ite-Marie Alacoque. — II. 16

résoudre à les goûter en cette vie, n'y trouvant con tentement " que dans celui qu'il prend à nous faire du bien, puisque les croix, les mépris, les douleurs, les afflictions sont les vrais trésors des amantes de Jésus-Christ crucifié. Priez-le, ma chère Mère, qu'il ne me laisse pas un moment sans cela dans l'accomplissement de sa sainte volonté qui se manifeste dans la souffrance du R. Père de La Colombière ; car, l'ayant une fois recommandé à sa bonté, il me dit : « Que le serviteur n'était pas plus que le maître, et « qu'il n'y avait rien de si avantageux que la conformité « avec son cher Maître. Et que bien que, selon l'œil « humain, sa santé fût plus à la gloire de Dieu, la souf- « france lui en rendait incomparablement plus ; car il y a « temps pour toute chose. Il y a temps pour souffrir et il y « a temps pour agir; il y en a un pour semer, et un pour (( arroser et cultiver. » C'est ce qu'il fait à présent ; car le Seigneur prend plaisir de donner un prix inestimable à ses souffrances, par l'union qu'il a avec les siennes, pour le b répandre après, comme une rosée céleste, sur cette semence qu'il a répandue en tant de lieux, et pour la faire croître et profiter en son saint amour. Soumettons-nous donc, ma chère Mère, aux ordres de notre Souverain, et confessons, malgré tout ce qui nous semble rude et affligeant, qu'il est bon et juste en tout ce qu'il fait, et qu'il mérite en tout temps louange et amour.

Si vous saviez combien il me presse de l'aimer d'un amour de conformité à sa vie souffrante ! Me voulant dans de continuels actes de sacrifice, il m'en fournit les moyens lui-même dans l'occupation où il m'a mise, où je regarde avec plaisir que chaque action m'est un nouveau sacrifice, par les répugnances qu'il me fait la grâce d'y sentir, et qui

a) Ms. 0 seulement: « de délices ni de contentement » — b) Ms. 6 donne : « pour la répandre. » Nous adoptons, ainsi que l'exige le sens, la leçon des Mss. 8 et ital. : « le ».

donnent tant de contentement à cet Esprit, maître du mien, qui m'oblige souvent à dire, malgré toutes les oppositions naturelles, qu'il fait bon marcher parla force de son amour, en sens contraire de ses inclinations, sans plaisir ni contentement que celui de n'en point avoir puisqu'il nous doit suffire que notre bon Dieu se contente lui-même en la manière qu'il lui plaira.

J'aurais bien plus de joie à vous parler qu'à vous écrire ; il me semble que je vous exprimerais mieux les sentiments de mon cœur, qui reçoit beaucoup de consolation par la lecture des vôtres ; et, bien que je sois très aise que l'on ne pense plus à moi, il me semble pourtant que Notre-Seigneur veut que vous y pensiez et que jamais je ne vous oublie. Pour l'amour du sacré Cœur, voyez quelquefois le petit billet que vous gardez3, car il y prend plaisir.

Que je vous serais obligée, ma bonne Mère, si vous me faisiez la grâce de brûler tous ceux que vous avez de moi ! Faisons tout notre possible pour procurer de l'honneur et de l'amour au sacré Cœur de notre Époux, qui me rend pour toujours toute à vous en sa sainte dilection.

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