ECRITE PAR ELLE-MÊME
Vive -f Jésus
C'est donc pour l'amour de vous seul, ô mon Dieu, que i.Eiieen-
. ,, , . . . ,. , treprend ce(
je me soumets d écrire ceci par obéissance, en vous deman- écrit par odant pardon de la résistance que j'y ai faite. Mais comme il n'y a que vous qui connaissiez la grandeur de la répugnance que j'y sens, aussi n'y a-t-il [que] vous seul qui me puissiez donner la force de la surmonter, ayant reçu cette obéissance comme de votre part, voulant punir par là le trop de joie et de précaution que j'avais pris pour suivre la grande inclination que j'ai toujours eue de m ensevelir dans un éternel oubli des créatures ; et une fois, après avoir tiré des promesses des personnes que je croyais y pouvoir contribuer, et brûlé les écrits que j'avais faits par obéissance, c'est-à-dire, ceux qu'on m'avait laissés, cette ordonnance m'a été faite. O mon souverain Bien ! que je n'écrive rien que pour votre plus grande gloire, et ma plus grande confusion.
0 mon unique Amour ! combien [je] vous suis redevable • le m'avoir prévenue dès ma plus tendre jeunesse, en vous
2. Son hor- rendant le maître et le possesseur de mon cœur, quoique
veur du pé- . L .
ché.vœude vous connussiez bien les résistances qu'il vous ferait! Aus-
chasteté. . A A *
sitôt que je me sus connaître, vous fîtes voir à mon âme h laideur du péché, qui en imprima tant d'horreur dans moi cœur, que la moindre tache m'était un tourment insupportable ; et pour m'arrêter dans la vivacité de mon enfance l'on n'avait qu'à me dire que c'était offenser Dieu : ceh m'arrêtait tout court, et me retirait de ce que j'avais envie de faire.
Et sans savoir ce que c'était, je me sentais continuellement pressée de dire ces paroles : « 0 mon Dieu, je vous « consacre ma pureté et je vous fais vœu de perpétuelle <( chasteté ». Et je les dis, une fois, entre les deux élévations de la sainte messe, que, pour l'ordinaire, j'entendais les genoux nus, quelque froid qu'il fît. Je ne comprenais point ce que j'avais fait, ni que voulait dire ce mot de vœu, non plus que celui de chasteté ; mais toute mon inclination n'était que de me cacher dans quelque bois, et rien ne m'empêchait, que la crainte de trouver des hommes.
3. Protec- La très sainte Vierge a toujours pris un très grand soin
tion de la . . .
Sainto vier- de moi, qui avais mon recours en tous mes besoins : et elle
ge. ' .
m'a retirée de très grands périls. Je n osais point du tout m'adresser à son divin Fils, mais toujours à elle, à laquelle je présentais la petite couronne du Rosaire, les genoux nus en terre, ou en faisant autant de génuflexions en baisant terre, cjue d'Ave Maria.
4. Mort de Je perdis mon père fort jeune, et comme j'étais unique
son père, ., 111
1685. de fille, et cjue ma mère, s étant chargée de la tutelle de ses
enfants, qui étaient au nombre de cinq, demeurait très peu au logis, et par ce moyen j'ai été élevée jusqu'à l'âge d'environ huit ans et demi sans autre éducation que des domestiques et villageois.
On me mit dans une maison religieuse, où on me fit communier cjue j'avais environ neuf ans, et cette communion
répandit tant d'amertume pour moi sur tous les plaisirs et 5.Pensipn-
1 l *■ naire clic/.
divertissements, que je n'en pouvais plus goûter aucun, tesciarisses
I encore crue ie les cherchais avec empressement ; mais lors ]??; Ellf' >' i « ' tait sa pre-
jmème que j'en voulais prendre avec mes compagnes, je mièr.e comsentais toujours quelque, chose qui me tirait et m'appelait len quelque petit coin, et ne me donnait point de repos que je ne l'eusse suivi ; et puis, il me faisait mettre en prière, |mais presque toujours prosternée, ou les genoux nus, ou I faisant des génuflexions, pourvu que je ne fusse pas vue, mais ce m'était un étrange tourment lorsque j'étais rencontrée.
J'avais grande envie de faire tout ce que je voyais faire 'aux religieuses, les regardant toutes comme des saintes, | pensant que, si j'étais religieuse, je le deviendrais comme [elles ; cela m'en fit prendre une si grande envie, que je ne respirais que pour cela, quoique je ne les trouvasse pas assez retirées pour moi ; et n'en connaissant point d'autres, je pensais qu'il fallait demeurer là.
Mais ie tombai dans un état de maladie si pitovable que 6. Longue
. „ J . . t T maladie. Elle
je tus environ quatre ans sans pouvoir marcher. Les os me est guérie perçaient la peau de tous côtés ; ce qui fut la cause qu'on ne te vierge. me laissa que deux ans dans ce couvent, et on ne put jamais trouver aucun remède à mes maux, que de me vouer à la sainte [Vierge], lui promettant que si elle me guérissait, je serais un jour une de ses filles. Je n'eus pas plutôt fait ce vœu, que je reçus la guérison, avec une nouvelle protection de la très sainte Vierge, laquelle se rendit tellement maîtresse de mon cœur, qu'en me regardant comme sienne, elle me gouvernait comme lui étant dédiée, me reprenant de mes fautes, et m'enseignant à faire la volonté de mon Dieu ; et il m'arriva une fois que m'étant assise en disant notre rosaire, elle se présenta devant moi, et me fit cette réprimande qui ne [s'est] jamais effacée de mon esprit, quoique je fusse encore bien jeune : « Je m'étonne, ma fille, que tu me serves si négligemment ! » Ces paroles lais-
sèrent une telle impression dans mon âme, qu'elles m'ont servi toute ma vie.
lafsseaiîerà Ayant recouvré la santé, je ne pensais plus qu'à chercher tion.disSipa du plaisir dans la jouissance de ma liberté, sans me soucier beaucoup d'accomplir ma promesse. Mais, ô mon Dieu ! je ne pensais pas alors, ce que vous m'avez bien fait connaître et expérimenter du depuis, qui est que votre sacré Cœur, nV ayant enfantée sur le Calvaire, avec tant de douleur ; que la vie que vous m'y aviez donnée ne pouvait s'entretenir que par l'aliment de la Croix, laquelle serait mon mets délicieux. Et voici comment : sitôt que je commençai à respirer 1 air de la santé, je me portai à la vanité et à l'affection des .créatures, me flattant que la tendresse que ma mère et mes frères avaient pour moi, me mettait en liberté de prendre mes petits divertissements, en me donnant du bon temps autant que je voudrais. Mais vous me fîtes bien voir, ô mon Dieu, que j'étais bien éloignée de mon compte, lequel j'avais fait suivant mon inclination j, naturellement portée au plaisir, mais non selon vos desseins, qui se trouvèrent bien éloignés des miens. 8 Perse- Car nia mère s'était dépouillée de son autorité dans sa
cution do- *■
mestique. maison, pour la remettre à quelqu'autres qui s'en prévalurent de telle manière, que jamais, elle, ni moi, ne furent en si grande captivité ; non que je veuille blâmer ces personnes en ce que je vais dire, ni croire qu'elles lissent mal en me faisant souffrir ; mon Dieu ne me permettait pas cette pensée, mais seulement de les regarder comme instruments dont il se servait pour accomplir sa sainte volonté. Nous n'avions donc plus aucun pouvoir dans la maison, et n'osions rien faire sans permission. C'était une continuelle guerre, et tout était fermé sous la clef, en telle sorte, que souvent je ne me trouvais pas même de quoi m'habiller pour aller à la sainte messe, que je n'empruntasse coilfe et habits. Ce fut pour lors que je commençai à sentir ma captivité, à laquelle je m'enfonçai si avant, que je
ne faisais rien, et ne sortais point sans l'agrément de trois personnes.
Ce fut dès lors que toutes mes affections se tournèrent à chercher tout mon plaisir et consolation dans le très saint Sacrement de l'autel. Mais me trouvant dans un village éloigné de l'église, je n'y pouvais aller qu'avec l'agrément de ces personnes ; et il se trouvait que quand l'une le voulait, l'autre ne l'agréait pas ; et souvent lorsque j'en témoignais ma douleur par mes larmes, l'on me reprochait que c'est que j'avais donné quelque rendez-vous à quelques garçons, et qu'il m'était bien sensible de ne les pouvoir aller trouver, pour en être caressée et baisée, sous le prétexte de vouloir aller à la sainte messe, ou bénédiction du saint Sacrement. Et moi qui sentais dans mon cœur une si grande horreur de tout cela, que j'aurais plutôt consenti à voir déchirer mon corps en mille pièces que d'avoir telle pensée ! C'était pour lors que, ne sachant où me réfugier, sinon en quelque coin de jardin, ou d'étable, ou autre lieu secret, où il me fût permis de me mettre à genoux pour répandre mon cœur par mes larmes devant mon Dieu, par l'entremise de la très sainte Vierge, ma bonne Mère, à laquelle j'avais mis toute ma confiance ; et je demeurais là des journées entières, sans boire ni manger. Mais cela était ordinaire, et quelquefois quelques pauvres gens de village me donnaient par compassion un peu de lait ou de fruit sur le soir. Et puis, lorsque je retournais au logis, c'était avec une si grande crainte et tremblement, qu'il me semblait être une pauvre criminelle qui venait recevoir sa sentence de condamnation; et je me serais estimée plus heureuse d'aller mendier mon pain, que de vivre comme cela, car souvent je n'en osais prendre sur table. Car du moment que j'entrais ii la maison, la batterie recommençait plus fort, sur ce que je n'avais pas pris soin du ménage et des enfants de ces chères bienfaitrices de mon âme ; et sans qu'il me fut loisible de dire un seul mot, je me mettais à travailler avec Marguerite-Marie Alacoque. — II. 3
les domestiques. Ensuite de quoi, je passais les nuits comme j'avais passé le jour, à verser des larmes, au pied de mon crucifix, lequel me fit voir, sans que j'y comprisse rien, qu'il voulait se rendre le maître absolu de mon cœur, et qu'il voulait me rendre en tout conforme à sa vie souffrante ; que c'était pourquoi il se voulait rendre mon maître, en se rendant présent à mon âme, pour me faire agir comme il agissait parmi ses cruelles souffrances, qu'il me faisait voir avoir souffert pour mon amour.
i.iicceHo- Et dès lors mon âme en demeura si pénétrée, que j'aurais
rrîo. Amour . L * "
des souf- désiré que mes peines n'eussent pas cessé d'un moment. Irances. ... .
Car depuis il m'était toujours présent, sous la figure du
crucifix ou d'un Ecce homo portant sa Croix; ce qui imprimait, en moi tant de compassion, d'amour des souffrances, que toutes mes peines me devinrent légères en comparaison du désir que je sentais d'en souffrir pour me conformer à mon Jésus souffrant. Et je m'affligeais de voir que ces mains qui se levaient quelquefois pour me frapper, étaient retenues, et ne déchargeaient pas sur moi toutes leurs rigueurs. Je me sentais continuellement pressée de rendre toute sorte de services et bons offices à ces véritables amis de mon âme, qui se serait sacrifiée de bon cœur pour eux; n'ayant de plus grand .plaisir que de leur faire du bien, et en dire tout celui que je pouvais. Mais ce n'est pas moi qui faisais tout ce que j'écris et écrirai bien malgré moi, mais c'est mon souverain Maître, qui s'était emparé de ma volonté, et ne me permettait pas même de former aucune plainte, murmure ou ressentiment contre ces personnes ; ni même souffrir qu'on me plaignît et portât compassion, disant qu'il en avait usé ainsi, et qu'il voulait que, lorsque je ne pourrais empêcher que l'on m'en parlât, que [je] leur donnasse i tout le bon droit et à moi tout le tort, disant, comme c'est la vérité, que mes péchés en méritaient bien d'autres. Mais dans l'extrême violence qu'il me faut faire en écrivant ceci, que j'avais toujours tenu caché avec tant de soin
et de précaution pour l'avenir, tâchant même de n'en con- i° Répu-
, , gnance à é-
server aucune idée dans ma mémoire, afin de tout laisser crire sa vie.
Notre -S ei-
dans celle de mon bon Maître, auquel j'ai fait mes plaintes gneur l'y
. . . , oblige et lui
dans la grande répugnance que je sens ; mais il m'a fait donne ses
•entendre et dit : « Poursuis, ma fille, poursuis, il n'en sera
g ni plus ni moins pour toutes tes répugnances ; il faut que
« ma volonté s'accomplisse. — Mais, hélas! mon Dieu,
« comment me souvenir de ce qui est passé depuis plus
« d'environ vingt-cinq ans? — Ne sais-tu pas que je suis
« la mémoire éternelle de mon Père céleste qui ne s'oublie
« jamais de rien, et dans laquelle le passé et le futur sont
« comme le présent ? Ecris donc sans crainte tout suivant
« que je te. dicterai, te promettant d'y répandre l'onction
« de ma grâce, afin que j'en sois glorifié. »
« Premièrement, je veux cela de toi pour te faire voir « que je me joue, en rendant inutiles toutes les précautions « que je t'ai laissé prendre pour cacher la profusion des <( grâces dont j'ai pris plaisir d'enrichir une aussi pauvre « et chétive créature que toi, qui n'en dois jamais perdre « le souvenir, pour m'en rendre de continuelles actions de « grâces.
« En second lieu, pour t'apprendre que tu ne te dois « point approprier ces grâces, ni être chiche de les distri- « buer aux autres, puisque je me suis voulu servir de ton « cœur comme d'un canal pour les répandre selon mes « desseins dans les âmes, dont plusieurs seront retirées " par ce moyen de l'abîme de perdition, comme je te le ferai « voir dans la suite.
« Et en troisième lieu, c'est pour faire voir que je suis « la Vérité éternelle, qui ne peut mentir, je suis fidèle en ■ mes promesses, et que les grâces que je t'ai faites « peuvent souffrir toute sorte d'examens et d'épreuves. » Après ces paroles, je me suis sentie tellement fortifiée, que, malgré la grande crainte que je sens que cet écrit ne soit vu, je suis résolue de poursuivre quoi qu'il m'en coûte, pour accomplir la volonté de mon souverain Maître.
il. Mala- La plus rude de mes croix était de ne pouvoir adoucir
die de sa r r
mère. celles de ma mère, qui m'étaient cent fois plus dures à sup-
porter que les miennes, quoique je ne lui donnais pas la consolation de m'en dire un mot, crainte que nous n'offensassions Dieu en prenant plaisir à parler de nos peines^ Mais c'était dans ses maladies où ma souffrance était extrême, car, étant tout abandonnée à mes petits soins et services, elle souffrait beaucoup ; d'autant que tout se trouvait quelquefois fermé à clef, il me fallait aller mendier jusqu'aux œufs et autres choses nécessaires aux malades. Ce n'était pas un petit tourment à mon naturel timide, encore chez des villageois qui m'en disaient souvent plus que je n'aurais voulu. Et dans un mortel érésipèle qu'elle eut à la tête, d'une grosseur, rougeur et dureté épouvantables, où on se contenta de la faire faire une saignée par un petit chirurgien de village qui passait, lequel me dit qu'à moins que d'un miracle elle n'en pouvait revenir ; sans que personne s'en affligeât, ni mît en peine que moi, qui ne savait où recourir, ni à qui m'adresser, sinon à mon asile ordinaire, la très sainte Vierge, et mon souverain Maître, à qui 1 seuls je pouvais découvrir les angoisses où j'étais continuellement plongée, qui ne recevant parmi tout cela que des moqueries, injures et accusations, je ne savais où me réfugier. Etant donc allée à la messe, le jour de la Circoncision [de] Notre-Seigneur, pour lui demander d'être lui-même le médecin et le remède de ma pauvre mère, et de m'enseigner ce que je devais faire, ce qu'il fit avec tant de miséricorde, qu'étant de retour, je trouvai sa joue crevée avec une plaie large d'environ la paume de la main, qui jetait une puanteur insupportable, et personne n'en voulait approcher. Je ne savais point panser les plaies, et même ne
1. Les quatre mots qui suivent sont déchirés dans le manuscrit. Nous y suppléons parle texte des Contemporaines, qui est vraisemblablement conforme à l'original.
les pouvais voir ni toucher auparavant celle-ci, pour laquelle je n'avais autre onguent que ceux de la divine Providence ; j'y coupais tous les jours beaucoup de chair pourrie ; mais je sentais tant de courage et de confiance en la bonté de mon souverain, qui semblait être toujours présent, qu'enfin elle fut guérie dans peu de jours, contre toute apparence humaine.
Et pendant tous les temps de ses maladies, je ne me couchais ni ne dormais presque point ; et ne prenais presque point de nourriture, passant souvent des jours sans manger. Mais mon divin [Maître] me consolait et substantait dune parfaite conformité à sa très sainte volonté, ne me prenant qu'à lui de tout ce qui m'arrivait, lui disant: « 0 « mon souverain Maître ! si vous ne le vouliez, cela n'arri- « verait pas; mais je rends grâces de quoi vous le permette tez pour me rendre conforme à vous. »
Parmi tout cela, je me sentais si fortement attirée à 12. Attrait l'oraison, que cela me faisait beaucoup souffrir de ne savoir son. ni pouvoir apprendre comme il la fallait faire, n'ayant ■aucune conversation des personnes spirituelles ; et je n'en savais autre chose que ce mot d'oraison, qui ravissait mon •cœur. Et m'étant adressée à mon souverain Maître, il m'apprit comme il voulait que je la fisse ; ce qui m'a servi toute «ma vie. Il me faisait prosterner humblement devant lui, pour lui demander pardon de tout en quoi je l'avais offensé, et puis, après l'avoir adoré, je lui offrais mon oraison, sans savoir comme il m'y fallait prendre. Ensuite il se présentait lui-même à moi dans le mystère où il voulait que je le considérasse : et il appliquait si fort mon esprit en tenant mon âme et toutes mes puissances englouties dans lui-même, que je ne sentais point de distractions, mais mon cœur se sentait consommé du désir de l'aimer, et cela me donnait un désir insatiable de la sainte communion et de souffrir. Mais je ne savais comme faire. Je n'avais pas du temps que ■celui de la nuit ; que j'en prenais ce que je pouvais, et
quoique cette occupation me fût plus délicieuse que je ne le peux exprimer, je ne la prenais pas pour une oraison, et me sentais continuellement persécutée de la faire ; lui promettant qu'aussitôt qu'il me l'aurait appris j'y emploierais tout le temps que je pourrais. Néanmoins, sa bonté me tenait si fort dans l'occupation que je viens de dire, qu'elle me dégoûta des prières vocales; lesquelles je ne pouvais faire devant le saint Sacrement, où je me sentais tellement tout appliquée, que jamais je [ne] m'y 13 \mour ennu- a*S- ^ j y aurais passé des jours et des nuits entières,. pourieSamt sans boire ni manger, et sans savoir ce que je faisais, sinon:
Sacrement O ' ^ J '
et désir de c]e me consommer en sa présence comme un cierge ardent,
la coramu- r o >
mon. pour lui rendre amour pour amour. Et je ne pouvais demeu-
rer au bas de l'église, et quelque confusion que j'en sentisse dans moi-même, je ne laissais de [me mettre] tout le plusproche que je pouvais du très saint Sacrement. Je n'estimais heureuses, et ne portais envie qu'à celles qui pouvaient communier souvent, et qui avaient la liberté depouvoir demeurer devant le très saint Sacrement, bien qu'il soit vrai que j'y employais très mal mon temps, et que je crois que je ne faisais que le déshonorer. Je tâchais de gagner l'amitié des personnes dont j'ai parlé ci-dessus afin d'obtenir quelques moments pour le saint Sacrement. Il! arrivait qu'en punition de mes péchés, je ne pouvais point dormir les veilles de Noël, et le curé de la paroisse criant tout haut à son prône que ceux qui n'auraient pas dormi ne devaient point communier qu'ils ne l'eussent fait, et moi ne le pouvant, je n'osais communier. Ainsi ce jour de réjouissance m'en était un de larmes, lesquelles me servaient de nourriture et de tout plaisir. Mais aussi avais-je 14. Sa plus commis de grands crimes! Car une fois, dans un temps de
grande fau- carnaval; étant avec d'autres filles, je me déguisai, par vaine complaisance, ce qui m'a été un sujet de douleur et de larmes pendant toute ma vie, aussi bien que la faute que je commettais, en prenant des ajustements de vanité, par ce
même motif de vaine complaisance aux personnes citées ci-dessus, et lesquelles Dieu a fait servir d'instruments à sa l| divine justice, pour se venger des injures que je lui ai faites I par mes péchés, bien que ce fussent personnes vertueuses, |j lesquelles ne pensaient point faire de mal en tout ce qui s'est 1 passé à notre égard ; et je croyais de même qu'elles n'en ■ faisaient point, puisque c'était mon Dieu qui le voulait ainsi, | et je ne leur en savais point mauvais gré.
Mais, hélas! mon Seigneur, ayez pitié de ma faiblesse, ^s. Confu- || dans l'extrême douleur et confusion que vous imprimez si éçrouv
vivement en moi, en écrivant ceci, de vous avoir si long- cit.
I temps résisté à le faire. Soutenez-moi, mon Dieu, afin que
| je n'y succombe sous la rigueur de ces justes reproches.
I Non, je proteste, moyennant votre grâce, de ne vous jamais
I résister, quand il m'en devrait coûter la vie et m'attirer
tous les mépris des créatures et armer contre moi toutes les
fureurs de l'enfer, pour vous venger de mes résistances,
dont je vous demande pardon, et la force d'achever ce [que]
vous désirez de moi, quelque répugnance que mon amour-
. propre m'y fasse sentir.
Pour donc poursuivre, à mesure que je croissais, mes 16. Elle est croix s'augmentaient, car le diable suscitait plusieurs bons en mariage. 1 partis pour le monde, à me rechercher, pour me faire manquer au vœu que j'avais fait. Et cela attirait beaucoup de compagnie, qu'il me fallait voir, ce qui ne m'était pas un petit supplice. Car d'un côté mes parents, et surtout ma mère, me pressait pour cela, pleurant sans cesse en me disant qu'elle n'avait d'espérance qu'en moi pour sortir de sa misère, par la consolation qu'elle aurait de se retirer avec moi sitôt que je serai logée dans le monde. Et d'autre part, Dieu poursuivait si vivement mon cœur, qu'il ne me donnait point de trêve ; car j'avais toujours mon vœu devant les yeux, auquel si je venais à manquer, je serais punie de tourments effroyables. Le démon se servait de la tendresse et amitié que j'avais pour ma mère, me représen-
tant sans cesse les larmes qu'elle versait, et que si je venais à me faire religieuse, je serais cause qu'elle mourrait d'affliction et que j'en répondrais à Dieu, car elle était toute attendue1 à mes soins et services. Ceci me causait un tourment insupportable; car je l'aimais si tendrement, et elle, moi, que nous ne pouvions vivre sans nous voir. D'autre part, le désir d'être religieuse me persécutait sans cesse, et l'horreur que j'avais de l'impureté. Tout cela me faisait souffrir un martyre, car je n'avais point de repos, et je me fondais en larmes, n'ayant personne à qui m'en découvrir, et ne savais quel parti prendre. Enfin la tendre amitié de ma bonne mère commença à prendre le dessus, pensant que n'étant qu'une enfant quand je fis ce vœu et que l'on m'en pourrait bien dispenser, ne comprenant pas, en le faisant, ce que c'était. De plus, je craignais fort d'engager ma liberté, me disant que je ne pourrais plus faire de jeûnes, d'aumônes et de disciplines comme je voudrais, et que la vie religieuse demandait une si grande sainteté de ceux qui s'y engageaient, qu'il me serait impossible d'y atteindre jamais, et que je m'y damnerais.
âe'Lr attire" Mais [je] commençai donc à voir le monde et à me parer téi-icur* 'n Pour hù plaire, cherchant à me divertir autant que je pouvais. Mais vous, mon Dieu, seul témoin de la grandeur et longueur de cet effroyable combat que je souffrais au dedans de moi-même, et auquel j'aurais mille et mille fois succombé sans un soutien extraordinaire de votre miséricordieuse bonté, qui avait bien d'autres desseins que ceux que je projetais dans mon cœur, auquel vous fîtes bien connaître en ce rencontre, aussi bien qu'en plusieurs autres, qu'il lui serait bien dur et difficile de regimber contre le puissant aiguillon de votre amour, quoique ma malice et mon infidélité me fît employer toutes mes forces et industries pour lui résister et éteindre en moi tous ses mouvements.