‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 63 sur 284 · LETTRE XXIII · texte numérisé non relu

LETTRE XXIII

Vive -j* Jésus !

[2 mai 1683.]

Mon âme se sent'1 pénétrée d'une si grande consolation, ma chère Mère, que j'ai peine à la soutenir en moi-même. Permettez que je la vienne communiquer à votre cœur,

a) A et B : « Vous voyez, ma bonne Mère, que mon cœur continue à ne vouloir rien celer au vôtre, puisque notre très honorée Mère non seulement y donne son agrément, mais elle m'y invite, ayant toujours bien de l'estime pour Votre Chanté, à laquelle je voudrais pouvoir témoigner combien je vous souhaite ardemment d'être toute consommée dans le pur amour.

Vous voyez que je vous parle sans façon et confidemment «est pourquoi je vous prie de brûler cette lettre, car je sais qi vous me faites la grâce de m'aimer. Faites-moi, s'il vous plaî un petit mot de réponse, selon que Notre-Seigneur l'inspirera votre cœur charitable »

h) Ms. 8: « si pénétrée de joie » — Mss. 9, 3 et trad. /Va/. « pénétrée d'une si grande joie ».

pour soulager le mien qui ne sort guère de celui de Notre- Seigneur Jésus-Christ. Ce matin, dimanche du Bon-Pasjteur1, deux de mes bonnes amies souffrantes me sont venues dire adieu à mon réveil ; que c'était le jour que le souverain Pasteur les recevait dans son bercail éternel, avec [plus d'un million d'autres, en la compagnie desquelles' elles sont allées avec des chants d'allégresse inexplicables. L'une jest la bonne Mère Monthoux, l'autre ma sœur Jeanne- Catherine Gâcon 5 qui me répétait sans cesse ces paroles :

L'amour triomphe, l'amour jouit.

L'amour en Dieu se réjouit.

L'autre disait : « que bienheureux sont les morts qui meurent au Seigneur, et les religieuses qui vivent et meurent dans l'exacte observance de leur règle ! » Elles veulent que je vous die de leur part que la mort peut bien réparer lesa amis mais non les désunir. [Ceci est de] cette aonne Mère, et l'autre vous sera aussi bonne fille dans le )iel que vous lui avez été bonne mère sur la terre.

Si vous saviez combien mon àme est transportée de joie, ;ar en leur parlant je les voyais* abîmées peu à peu et :omme se noyer dans la gloire. Elles vous demandent, en iction de grâces à la très sainte Trinité, un Te Deum, un ^audate, et cinq Gloria Patri. Et comme je les priais de

a) Mss. 8, 3 et ital. « les amies » — h) Ms. 8, 9, II et ital. : peu à peu se noyer et abîmer dans la gloire comme une peronne qui se noie dans un vaste océan. »

1. Pâques tombant en 1683, le 18 avril, le dimanche du Bon Pasiur était le 2 mai.

2. La mère Philiberte-Emmanuel de Monthoux était décédée le février de cette même année 1683, au monastère d'Annecy, dont le était supérieure. — Sœur Jeanne-Catherine Gâcon avait fait pression au monastère de Paray, le 28 février 1677. Elle rendit son ne à Dieu le 18 janvier 1683.

se souvenir de nous, elles m'ont dit, pour dernières paroles : que l'ingratitude n'est jamais entrée dans le ciel.

Si vous saviez la douleur que cette autre m'a causée; cela ne se peut exprimer. Donnez-moi quelques gouttes d'eau pour la rafraîchir, car je brûle avec elle1, etc.

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