‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 82 sur 284 · LETTRE XL · texte numérisé non relu

LETTRE XL

A LA MÈRE GREYFIÉ, A SEMUR

Vive f Jésus !

Janvier 1686.

Je m'attendais que vous m'alliez dire de ne plus penser à introduire cette dévotion du sacré Coeur, non plus que si c'était une vaine chimère de mon imagination, et par avance je m'y tenais soumise, si peu je donne de créance à tout ce qui vient de moi. Mais lorsque j'ai vu la représentation de cet unique objet de notre amour, que vous m'avez envoyée, il m'a semblé reprendre une nouvelle vie. J'étais plongée dans une mer d'amertume et de souffrance, qui fut changée à une si grande paix et soumission à toutes les dispositions de la céleste Providence à mon égard, qu'il me semble depuis, que rien n'est capable de me troubler. Mon désir n'est plus que de procurer de la gloire à ce sacré

avait reçues de la Servante de Dieu, mais seulement les passages principaux.

Ce morceau est sans date. Nous le plaçons ici, parce que dans le Ms. fi il précède immédiatement la lettre suivante.

Cœur. Que je m'estimerais heureuse si, avant que de mourir, je pouvais lui faire quelque plaisir ! Vous pouvez beaucoup m'aider en rassurant mon pauvre et faible courage. Lorsqu'il me faut être vue et connue des créatures, ce m'est toujours une nouvelle mort, et c'est pire que jamais. Plus je me veux enfoncer dans mon néant pour y vivre dans cet abîme, pauvre, inconnue tout à fait au monde, plus il me suscite de nouvelles connaissances. Mais, hélas ! comme ai-je fait pour tromper ainsi les créatures? Je ne trouve point de plus rude croix ; et si Notre-Seigneur par sa douce bonté ne mettait au dedans ce qui m'est justement dû, qui est les humiliations et les contradictions, je me désolerais.

Mais je m'écarte sans y prendre garde de ce que je vous disais touchant la dévotion du sacré Cœur, et le dessein de le faire honorer. Il me semble qu'il m'a fait voir que plusieurs noms y étaient écrits, à cause du désir qu'ils ont de le faire honorer; et que, pour cela, il ne permettra jamais qu'ils en soient effacés. Mais il ne me dit pas que ses amis n'auront rien à souffrir, car il veut qu'ils fassent consister leur plus grand bonheur à goûter ses amertumes. Voilà en passant un petit mot pour vous exprimer les bontés et volontés de notre souverain Maître. Ah ! serait-il bien possible que nous ne voulussions pas l'aimer de toutes nos forces et puissances, malgré toutes les contradictions qui ne manquent pas, comme vous savez ! Mais je suis résolue de mourir ou de vaincre ces obstacles avec le secours de cet adorable Cœur de Jésus-Christ.

Je ne vous puis dire la consolation que vous m'avez donnée, tant en m'envoyant la représentation de cet aimable Cœur, comme aussi en voulant bien nous aider à l'honorer avec toute votre Communauté. Cela me cause des transports de joie mille fois plus grande que si vous me mettiez en possession de tous les trésors de la terre ' .

1. Au commencement de Tannée 1680, la Mère Greyfié avait envoyé à la Communauté de Paray, la relation des honneurs rendus

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