‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 84 sur 284 · LETTRE XLII · texte numérisé non relu

LETTRE XLII

Vive y Jésus !

[2 mars] 1686.

Ma très chère Mère ',

Je serais bien aise de savoir si vous pourriez faire faire une planche des images en taille-douce du sacré Cœur de notre bon Maître. Il me semble qu'il vous a destinée pour cela. Il me l'a fait connaître visiblement, parce que d'autres personnes s'y sont offertes, et l'on a fait ce que l'on a pu pour y réussir, sans que cela ait rien avancé; c'est ce qui m'oblige de m'adresser à Votre Charité pour vous dire ce que je crois être de la volonté de ce divin Cœur, laquelle il m'a manifestée en cette manière : c'est que vous êtes la première à qui il a voulu que je dise l'ardent désir qu'il avait d'être connu, aimé et glorifié de ses créatures, je ne sais si je me trompe et si vous vous souviendrez de ce que je vous ai dit, mais je sais que je me

1. Dans les éditions A et B cette lettre débutait par le fragment suivant, pris sans doute à une autre lettre :

«Je n'aurais pas tant différé à me donner Yhonneur de vous écrire si j avais pu satisfaire au désir que vous me témoigniez d'avoir un dessin pour faire un tableau du sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus- Umst. Comme notre pauvre sœur N... N... n'est plus dans le pouvoir de faire ces sortes de choses, je me suis adressée à ma sœur la supérieure de Semur pour en avoir un, afin de vous donner cette sahsiaction, qui me serait, à la vérité, encore plus grande si je nava.s la mortification de n'en avoir pu recevoir aucune nouvelle depuis que je le lui ai demandé ; et, de plus, l'on m'a assuré que vous en aviez tait taire un. >,

sens extrêmement pressée de vous dire de sa part " que ce serait un grand bonheur pour vous si vous lui pouviez procurer cet honneur, lequel il ne manquera pas de récompenser. Il n'y a en cela que l'intérêt de sa gloire, et il me semble, ma chère Mère, qu'il augmentera celle qu'il vous destine. De plus, votre nom sera écrit dans ce sacré Cœur d'un caractère ineffaçable. Mais comme il veut que vous lui fassiez ce plaisir sans intérêt, pour l'amour de lui-même, il ne me permet pas de vous exprimer le reste de ce qu'il vous réserve si vous lui donnez ce contentement b.

Il ne se fera rien qu'à votre refus. Faites-nous savoir si vous n'êtes pas en état de le faire. L'on m'a dit qu'il coûtera bien deux louis d'or. Il m'est ordonné de m'adresser aune autre c à votre refus. Ne vous faites point de peine de ce que je vous dis, vous exposant simplement mes pensées, au-dessus desquelles vous pouvez faire passer les vôtres et faire ce que le Seigneur vous inspirera.

Vous savez bien, ma bonne Mère, que vous avez une grande part en cette sainte dévotion, et que vous devez vous y intéresser de tout votre pouvoir. Je vous confesse que je mourrai contente pourvu que je voie ce sacré Cœur connu, aimé et honoré, à quoi je ne sers que d'obstacle.

a) A et B : « Qu'il désire que vous fassiez faire une planche de l'image de ce sacré Cœur, afin que tous ceux qui voudront lui rendre quelques hommages particuliers, en puissent avoir des images dans leurs maisons et des petites pour porter sur eux. Il me semble que ce serait un grand bonheur... » — h) A et B : « Et comme un bon Père Jésuite s'était bien voulu charger de faire faire cette planche à cause que les personnes qui s'étaient offertes pour la payer, l'en pressaient beaucoup, ce bon Père en a donné la commission à Lyon; mais je crois qu'il n'y a rien de fait et qu'il ne s'y fera rien qu'à votre refus. C'est pourquoi je vous supplie, ma chère Mère, de me faire savoir au plus tôt ce que vous jugerez le plus à propos. » — c) Ms. 8 : « à un autre. ital. : ad altra persona ■>.

Qu'heureuses sont les âmes qui sont tout à lui, qui n'aiment qu'en lui et pour lui !

Le jour de la fête de notre saint Fondateur, il me semble qu'il me fit connaître fort sensiblement l'ardent désir qu'il avait que le sacré Cœur de Jésus-Christ fût connu, aimé et honoré dans tout son Institut, disant que c'était le moyen le plus efficace qu'il avait pu obtenir pour le relever de ses chutes, et l'empêcher de succomber sous les artifices d'un esprit étranger, plein d'orgueil et d'ambition, qui ne cherche qu'à ruiner l'esprit d'humilité et de simplicité qui est le fondement de l'édifice, que Satan ne cherche qu'à renverser, ce qu'il ne pourra faire, ayant ce sacré Cœur pour défenseur et pour soutien a, etc. D. S. B.

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