Notice empruntée à la (limilairc Mo Moulins
heureuses qualités que la grâce et la nature s'étaient plu à réunir en elle dans un si haut degré. Toute jeune encore ^ « la crainte du Seigneur la prévint tellement dès ce basâge, qu'étant un jour reprise de quelques petits manquements que son tempérament vif et enjoué lui avait fait commettre, voulant s'en excuser par un mensonge, elle se sentie saisie, dans le moment, d'un tremblement qui l'obligea de confesser sa faute et lui imprima le reste de sa vieune horreur extrême pour toute sorte de dissimulation ».
Elle avait à peine onze ans, quand elle fut admise pour la première fois à la sainte Table. Pénétrée de la grandeurdu don ineffable qu'elle venait de recevoir en son cœur, elle éprouva aussitôt le plus impérieux besoin de quelqueretour et se consacra sur-le-champ à Notre-Seigneur Jésus- Christ par le vœu de chasteté, sans avoir consulté personne, sinon l'Esprit-Saint, qui l'animait alors.
Tournant toutes les vues intérieures de son âme vers la vie religieuse, elle songea d'abord à se fixer dans le saint asile qui avait abrité son enfance, s'essavant, de loin, à la pratique de la règle de sainte Ursule. Mais bientôt. Dieu lui manifesta clairement qu'il avait, de toute éternité^ marqué sa place à la Visitation Sainte-Marie.
Madame la Duchesse de Montmorency, qui avait choisi le monastère de Moulins pour lieu de sa retraite, « et qui^ dans la suite, y prit le saint habit de la religion, écrivit à M. de Soudeilles qu elle lui demandait la cadette de ses lilles — qui avait l'honneur d'être sa filleule — pour l'établir auprès d'elle. Ce gentilhomme, qui aimait par préférence son aînée, voulut lui ménager cet avantage, ayant eu lieu de soupçonner dans plusieurs occasions qu'elle avait déjà fixé toutes ses inclinations pour le cloître et la vie religieuse ». Elle n'était âgée que de quinze ans lorsqu'elle entra au monastère de Moulins, Tannée 1644.
11 y avait tant de charmes dans tout son extérieur, soûj esprit était orné de tant de grâces que la pieuse duchesse
n'était jamais plus contente que (juand elle avait cette <iimable postulante auprès d'elle. La maîtresse des novices ne fut pas sans le remarquer ; aussi s'attacha-t-elle à opposer un contre-poids à tous ces privilèges tlatteurs, ménageant de si rudes épreuves et de si pénétrantes humiliations à sa disciple que, pour jamais, les plus mâles vertus d'abnégation et d'humilité prirent racine dans cette âme. Son noviciat put être regardé comme un modèle de ferveur et ■de générosité. Il fallait plutôt la retenir que Texciter dans Je labeur des saints exercices de la vie religieuse. Le monastère était alors extrêmement pauvre et les privations •de toutes sortes étaient le meilleur pain quotidien de la ■Communauté. D'une complexion qui eût demandé des ménagements et d'ailleurs habituée à toutes les délicatesses ■du grand monde, sœur Louise-Henriette eut peut-être plus à soull'rir que nulle autre de cet état de choses. Mais toujouis fidèle et fervente^ elle trouvait du plaisir à se mortifier, immolant à la grâce tout ce qui eût senti la nature.
Ayant prononcé les saints vœux le l*"'" avril 164G, la ! jeune professe fut bientôt à même de rendre les plus grands • services à sa Communauté, étant capable de s'acquitter à merveille de toutes les charges de la religion. Cependant, tandis que ses vertus et ses talents lui gagnaient de plus en plus l'estime de ses sœurs, Dieu, jaloux de la plus grande sanctification de cette belle âme, la faisait passer par le crible de la douleur. Durant six années, elle fut martyrisée jpar les plus violentes peines intérieures.
Ce fut dans ce temps-là qu'elle demanda la permission |le suivre l'attrait qui la poussait vers les macérations corporelles, et, l'ayant obtenue, on eût dit qu'elle aurait voulu l»ouvoir se détruire elle-même, tant elle se traitait impi- ,oyablement. « Elle portait fréquemment la haire, des braelets et des jarretières de chaînes de fer avec des rosettes. 'ille prenait de très fréquentes disciplines avec tant de ureté qu'il semblait qu'elle se voulait mettre en pièces, la
place où elle Tavait prise en restant souvent toute baignée de sang. Mais ces peines corporelles ne lui paraissaient rien en comparaison des intérieures qu'elle souffrait et qui ne diminuaient point. » Ses tentations contre la foi, surtout, la réduisaient à une sorte d'agonie morale, dont elle ne sortit victorieuse que par l'infinie bonté de Dieu. Ce fut pendant sa retraite de 1654 que le Seigneur la délivra de toutes ses angoisses, faisant succéder à tant d'orages une tranquillité si grande qu'elle ne se reconnaissait plus ellemême. « Elle ne sentait plus que de tendres affections pour Jésus-Christ son Libérateur et de très ardents désirs d'avancer dans les voies de la perfection, en sorte qu'elle ne pouvait se pardonner les moindres négligences et les plus petites infidélités à la grâce. »
Elle excella toujours dans l'obéissance. « Toutes ses supérieures l'ont toujours distinguée dans cette vertu, disant qu'elle était à leur main pour toutes choses, sans distinction et sans réplique. » De fait, son respect pour l'autorité atteignit parfois jusqu'à l'héroïsme.
Sachant si bien obéir, elle était digne de commander. On fit bientôt l'heureuse expérience de ses aptitudes pour le gouvernement en lui confiant d'abord la direction des pensionnaires, puis celle des novices. Les élèves et les religieuses qu'elle forma furent son plus bel éloge.
Dès que la Mère de Saumaise eut apporté au monastère de Moulins les premières étincelles *de la dévotion au sacré Cœur — en 1679 — et qu'elle eut fait connaître l'âme privilégiée qui recevait les communications célestes, on vit un élan général de ferveur et d'amour s'emparer de la Communauté. Sœur Louise-Henriette se montra Tune des plus ardentes à embrasser la chère dévotion. Heureuse de profiter de la correspondance que la Mère de Saumaise j entretenait avec Paray, elle obtint de cette bonne Mère la permission de réclamer une sorte d'union de prières avec la bienheureuse Apôtre du Cœur de Jésus. C'est ainsi que
se nouèrent les lions sacrés qui devaient unir pour jamais ces deux ànies. Le soin avec lequel sœur Louise-Henriette a fidèlement conservé les lettres de la Bienheureuse prouve la vénération avec laquelle elle les recevait, tandis que le confiant abandon qui se remarque dans ces mêmes lettres atteste l'airection qui les a dictées.
Elue supérieure à Moulins après la Mère de Saumaise — en i ()82 — la Mère de Soudeilles provoqua une correspondance plus active de la part de son amie de Paray. Le culte du sacré Cœur s'organisait avec un merveilleux succès à la ^'isitation de Moulins. Qu'il nous suffise de citer, comme preuve, ce passage de la Vie de la Mère Louise- Henriette : « Son ardent amour pour Notre-Seigneur Jésus- Christ éclata encore dès que la dévotion à son divin Cœur commenta de se répandre, ayant été une des premières supérieures de l'Ordre à qui notre vénérable Sœur Marguerite-Marie Alacoqué la communiqua, en lui envoyant deux images en miniature qui représentaient ce sacré Cœur. Notre chère Mère garda la plus petite pour la porter toujours sur elle et elle exposa l'autre à la vénération de la Communauté, dans la chambre où mourut notre vénérable I Fondatrice, qui a toujours été pour nous un asile d'une i particulière dévotion et qui l'est encore devenue davantage depuis que notre chère Mère y établit cette précieuse image let dédia cette sainte chambre à un oratoire pour honorer ce idivin Cœur. On ne peut dire le zèle qu'elle eut pour étendre [cette sainte dévotion. Elle en faisait célébrer la fête tous les ans très solennellement dans notre église. Elle conduisait ^otre Communauté le jour de l'octave et tous les premiers •vendredis du mois dans cette chapelle pour y réciter les litanies et faire les actes de consécration et d'amende honorable à ce sacré Cœur. Elle portait toutes les personnes, nême séculières, qu'elle connaissait à y mettre toute leur Confiance. Elle a distribué un nombre presque infini des ^Délits livres de cette dévotion, en ayant envoyé jusqu'en Canada.
« La lecture de quelques écrits touchant les miséricordes de ce divin Cœur pour les hommes lui ayant donné la confiance d'obtenir de lui plusieurs grâces très singulières pour l'heure de la mort, qu'on y faisait espérer à ceux et celles qui communieraient le premier vendredi de chaque mois pendant neuf mois de suite, elle entreprit avec toute la Communauté cette neuvaine. Elle se détermina en même temps pour faire édifier une chapelle de ce sacré Cœur dans notre église avec la permission de M. l'Abbé Languet, aumônier de feu Madame la Dauphine et vicaire général du diocèse d'Autun. Le Seigneur bénissant le zèle de notre Mère, il excita les parents de plusieurs de nos sœurs à contribuer aux frais d'une si sainte entreprise, en sorte qu'avec l'argent du présent de communauté de la profession de notre chère sœur de Soudeilles ^ et celui de la prise d'habit de deux novices que notre très honorée Mère avait réservé pour cela, elle eut en très peu de temps une somme assez considérable pour commencer l'ouvrage qui lui tenait si fort au cœur et qui sera un monument éternel de sa piété. »
Aux yeux de sa Communauté comme aux yeux du monde, la Mère de Soudeilles était une supérieure accomplie. Les plus hauts personnages ne s'estimaient pas déplacés auprès d'elle et les têtes couronnées elles-mêmes l'ont honorée de leur bienveillance, le monastère de Moulins ayant assez souvent reçu des visites princières pendant le temps des supériorités de cette bonne Mère. La reine douairière d'Angleterre, Catherine de Bragance, et la reine Marie de Modène, épouse du pieux roi Jacques II, avaient de fréquents entretiens intimes avec elle et la comblaient des témoignages de leur royale amitié. Rien de toutes ces grandeurs ne porta jamais la moindre atteinte à son profond esprit religieux, qui brilla toujours du plus pur éclat, aussi
1. Sœur Louise-Françoise de Soudeilles, nièce de la Mère Louise- Henriette.
Wwn dans los années de sa vieillesse que dans celles de sa jeunesse.
Depuis lonii^temps déjà, Marg'uerile-Marie était retournée à Dieu, quand la vénérée Mère de Soudeilles acheva sa carrière terrestre. Elle avait alors dépassé l'âge de quatre- -vingt-quatre ans et était parvenue à la soixante-huitième ruinée de sa profession religieuse. L'humilité la plus profonde inspira ses dernières pensées, dirigea ses derniers mouvements : « J'ai détruit par mes actions ce que j'ai « enseigné par mes paroles, disait-elle. Si vous saviez le « déshonneur que j'ai fait à TOrdre ! Mon Dieu, je vous en (< demande pardon : ayez pitié de moi ! » Ensuite, prenant le cœur de la sainte Mère de Chantai, elle le mit sur le sien et fît cette prière : « Ma sainte Mère, offrez au divin « Cœur de Jésus les ardeurs du vôtre pour suppléer aux « froideurs du mien. » Peu après, une sainte et douce mort venait couronner cette belle vie. C'était le 24 avril