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B, t. II, Avant-propos, p

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divin Maître lui donna un ardent désir de se dévouer à son service dans la vie religieuse ; la seule pensée de ne vivre t|ue pour Dieu la comblait de joie. Cependant ces mouvements de ferveur furent un peu ralentis par le séjour ([u'ellc dut faire encore au milieu du monde. Elle convient dans un de ses écrits qu'à cette époque elle avait beaucoup chancelé, et avait pris quelque goût à la vanité. Dieu la rappela à lui par la crainte de ses jugements, et lui inspira de si grandes frayeurs de risquer son salut dans le siècle, qu'elle se hâta d'obtenir de sa mère la permission d'en sortir. Remarquons en passant que les écarts signalés par son humilité ne furent ni bien longs, ni bien sérieux, puisqu'elle était alors si jeune qu'on dut la laisser parmi les pensionnaires en attendant qu'elle eût l'âge requis. On a lieu de croire que le Dieu des âmes pures commença dès lors à se communiquer à elle et à la faire entrer dans son sacré Cœur par le goût qu'il lui donna pour ses divins abaissements et pour l'exercice de l'oraison. Avant même d'entrer au noviciat elle se lia par le vœu de chasteté perpétuelle, et par ceux d'obéissance et de pauvreté, dans le cas où l'on voudrait bien la recevoir.

Admise à quinze ans, elle entreprit d'abord de ne rien refuser à Dieu, de découvrir toujours son âme avec une entière simplicité à ses supérieures, et d'obéir avec exactitude et persévérance en tout ce qui lui serait enjoint. Elle eut occasion de pratiquer ces trois résolutions dans des circonstances bien exceptionnelles ; car s'étant offerte dès le commencement de son noviciat pour les âmes du purgatoire, d'inconcevables peines intérieures l'assaillirent ; l'épreuve devint terrible ; enfin elle s'en vit délivrée par l'intercession de la très Sainte Vierge. Si les saintes âmes souffrantes furent soulagées par le dévouement de sœur Jeanne-Madeleine, ses sœurs constatèrent aussi les progrès de sa vertu.

« Nous ne doutons pas, ajoutent ses contemporaines,

« que ce ne soit en retour d'une fidélité si constante que le ^< divin Epoux Tayant fait entrer dans son Cœur adorable, « la choisit pour en publier les attraits. »

Après six ans de supériorité à Paraj, la Mère Marie- Françoise de Saumaise était revenue à Dijon, portant la précieuse semence qui devait être communiquée par ses mains à cette ville. Le germe sacré acquit une croissance qui dépassa tout espoir, après avoir affermi ses racines dans le sol de la Visitation. Sœur Jeanne-Madeleine recueillit avec soin les récits venus de Paray, et quand Félection du monastère de Moulins éloigna de nouveau la Mère de Saumaise, les paroles qu'elle avait dites fructifièrent en silence.

Au bout de trois ans cette digne Mère rentra dans sa maison de profession (mai 1682) ; elle y retrouva sœur Jeanne-Madeleine Joly de plus en plus embrasée d'amour pour le Cœur de Jésus, et ne soupirant qu'après le bonheur de le faire connaître et aimer. Cette chère sœur, dont la foi était capable de transporter les montagnes, sortit alors de son silence, et crut ne point blesser la résolution qu'elle avait prise de se borner aux seules occupations de Marie. Elle entra dans un saint empressement de servir Notre-Seigneur et de contribuer à sa gloire. Les lettres de notre Bienheureuse Marguerite-Marie indiquent quelquesunes des œuvres bénies du Ciel qui en furent le résultat . Nous dirons seulement ici que ce fut sœur Jeanne-Madeleine qui composa en français (car elle ne connaissait point d'autre langue) la messe, l'office et les litanies du sacré Cœur. Le tout fut traduit en latin par M. Charollais, aumônier de la Communauté, bien digne par sa piété de comprendre ce culte salutaire.

Encouragée par les succès dont Dieu couronnait ses travaux, la pieuse zélatrice sentait croître sa sainte ardeur. Elle s'était préparée à beaucoup de difficultés ; mais les plus grandes de toutes vinrent de la part de personnes recoin-

mandables qui traitaient cette dévotion de nouveauté et qui ne pouvaient en j^oùter la propagation. Cependant l'approbation des supérieurs fut obtenue ; et, en vertu d'une autorisation du Saint-Siège, sollicitée par le monastère de Dijon, le Cœur de Jésus reçut dans cette ville de solennels hommages en 1689. La digne supérieure Marie- Dorothée Desbarres, dont le nom est cité plus d'une fois avec éloge dans la correspondance de notre Bienheureuse, reçut alors une douce récompense de son zèle. En sa considération lautorité diocésaine devança l'époque fixée pour la fête, afin que cette digne Mère, qui, d'après nos règles, devait être déposée de sa charge à l'Ascension, eût la joie d'inaugurer cette précieuse dévotion. Le premier vendredi de février fut choisi à cet effet. Par une coïncidence remarquable, ce jour concourait avec l'octave de saint François de Sales, comme si ce grand saint eût voulu se joindre à ses filles pour rendre hommage au divin Cœur, qu'il avait honoré avec tant de piété ici-bas. La messe composée par sœur Jeanne-Madeleine Joly fut célébrée avec pompe, et chantée plus solennellement encore après Pâques par MM. les Chanoines de la sainte Chapelle. Ainsi commencèrent les honneurs publics rendus au Cœur adorable de Jésus. La ville de Dijon possède en cela une glorieuse priorité.

Il faut voir les lettres de Marguerite-Marie qui correspondent à cette époque pour connaître les sentiments de reconnaissance dont elle était pénétrée pour la Communauté de Dijon. Notre-Seigneur lui montra plusieurs fois sous des images sensibles combien lui étaient chères les âmes qui lui procuraient ces hommages. Quant à notre chère sœur Joly, elle ne cessait de bénir Celui qui accomplissait ses désirs au delà de ses espérances ; mais comme les amants de la Croix ne sont récompensés de leurs peines j que par de nouvelles épreuves, elle passa, aux yeux de ^. certains esprits, pour une téméraire et une orgueilleuse qui Marguerite-Marie Alacoque. — III. 29

voulait se distinguer dans la maison, et avoir des relations au dehors. Ses supérieures même, tout en honorant sa vertu, étaient portées à lui refuser une partie de ce qu'elle souhaitait. Sans se déconcerter, elle allait se prosterner devant le saint Sacrement pour demander à Notre-Seigneur d'inspirer ce qui serait conforme à sa volonté ; puis elle revenait exposer avec confiance et humilité son désir : la cause se trouvait gagnée, et on l'autorisait à suivre les inspirations de son zèle.

Après un premier livre sur la dévotion au sacré Cœur, imprimé en 1686, notre fervente sœur composa le divin Rendez-vous^ qui fut reçu avec applaudissement et distribué par milliers d'exemplaires. Elle fît aussi une exposition du Cantique des cantiques en l'appliquant au sacré Cœur de. Jésus : cet ouvrage eut l'approbation de plusieurs personnes savantes, mais, pour ne pas froisser la modestie de son auteur, il ne fut pas donné au public.

Dieu ne voulait pas que cette âme ardente s'appropriât ce qu'il lui donnait : pendant que ses pieux écrits allumaient l'amour divin dans les cœurs, elle se trouvait! souvent réduite à un complet délaissement intérieur, et devenait cette terre déserte, sans voie et sans eau, dont parle le prophète. Mais ni les souffrances cachées, ni les contradictions extérieures ne rebutaient son courage:! pourvu que le Cœur de Jésus fût glorifié, son but était atteint. Elle était fortifiée dans ces sentiments par son in-j comparable amie de Paray : « Estimons-nous heureuses, lui! (( écrivait celle-ci, quand ce divin Cœur nous jugera dignes « de souffrir, je dis même toutes sortes de peines, contra- « dictions, calomnies et douleurs. » Lorsque Marguerite-] Marie eut quitté ce lieu d'exil, elle sembla vouloir se sur-^ vivre en notre chère sœur Joly, qui devint en quelque sort^ la principale promotrice de la dévotion au sacré CœurI Pendant dix-huit ans on la vit, toujours infatigable, « avt « 1er l'eau très amère des contradictions et humiliations, o^ « elle était ravie de se voir comme submersrée ».

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u Mais euiin, disent ses sœurs, tous ses travaux furent [)esés au poids du sanctuaire, et les larmes qu'elle répandait souvent pour un si dig-ne sujet obtinrent leur récom- « pense. » Klle eut avant sa morl la consolation de voir cette dévotion briller du plus vif éclat, un grand nombre de chapelles érig;ées en l'honneur du sacré Cœur de Jésus, plusieurs excellents ouvrages composés par des auteurs pieux et savants, et une multitude de personnes s'associant pour rendre jour et nuit leurs adorations à ce divin Cœur. La Confrérie de l'Adoration perpétuelle du sacré Cœur fut établie à Dijon en 1692.

On s'adressait à cette chère sœur de toutes les parties du monde pour faire dire des messes, ou pour obtenir le secours de ses prières. Aussi, pendant les quinze dernières années de sa vie, n'eut-elle d'autre occupation que de prier et d'écrire pour répondre à toutes les demandes. Enfin, ayant achevé Tœuvre qui lui avait été confiée, elle s'achemina vers sa bienheureuse patrie, le 19 octobre 1708. Elle était âgée de soixante-cinq ans, et en comptait quaranteneuf de profession religieuse.

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