A et H, t. II, Avant-propos
monastère de Montluel, où l'appelait l'obéissance, y séjourna doux ans, et revint à celui de Bellecour en 1681. La conduite qu'on tenait à son égard montre l'estime qu'on faisait de sa capacité ; le divin Maître fit voir aussi qu'il la jugeait digne de soulîVir pour son amour, et de boire son calice : elle passa par l'épreuve de la calomnie, d'où sa vertu sortit plus humble et plus solide. Mais la nature repousse toujours l'ignominie, et la victoire s'achète souvent par des blessures. Il en fut peut-être ainsi pour sœur Françoise- Lucrèce de Thélis ; et dès lors on conçoit que Marguerite- Marie, qui comprenait si bien le mérite et la gloire de l'humiliation, dut encourager cette ame par des paroles pleines de force, et l'exhorter à une fidélité complète. « Surtout point de fautes volontaires, lui répète-t-elle avec instance. » Cela nous prouve que la Sœur lui avait rendu compte de ses résistances, de ses luttes et de ses défaites, en un mot, qu'elle lui avait montré tout ce qu'il y avait en elle de mauvais, afin de le rendre meilleur. Néanmoins ces fautes n'étaient ni bien considérables, ni très apparentes, puisqu'elle remplissait l'emploi de Maîtresse des novices, et, au témoignage des Sœurs, « leur insinuait les bons sen- « timents dont elle était animée, étant fort intérieure et « fort savante en la vie spirituelle ».
Les deux lettres qu'on trouvera à son adresse datent de 1687; elle dut en recevoir plusieurs autres, car celles-ci indiquent une ancienne connaissance, et non de premières relations ; mais ce sont les seules qui nous soient parvenues. Il est à croire que les conseils de sa fidèle amie de Paray produisirent des résultats précieux, puisque sœ'ur F'rançoise-Lucrèce édifia toutes ses Sœ^urs par la patience, la ferveur et l'abandon qu'elle fit paraître dans sa longue et dernière maladie. Purifiée par la souffrance, elle rendit paisiblement son âme à Dieu le 31 juillet 1693.