‹ Vie et œuvresChapitre 120 sur 265 · SUR LA TROISIÈME PARTIK · texte numérisé non relu

SUR LA TROISIÈME PARTIK

Dans toute cette publication, on n'a guère vu jusqu'à présent la Bienheureuse Marguerite-Marie que dans le milieu où s'est écoulée sa vie religieuse. Seule sa Vie écrite par elle-même et les premières pages du Mémoire des Contemporaines^ inspirées d'ailleurs par les propres récits de la Servante de Dieu, ont ouvert quelque jour sur son enfance et sa jeunesse dans le monde. Ce qu'elle nous en a dit est très attachant, mais encore ne nous apprend que très peu de choses sur sa famille, sa maison, son pays. Assurément ce point de vue est secondaire, quand il s'agit d'une âme qui s'est élevée si haut dans la sainteté et qui a été investie d'une mission importante, comme fut celle de faire connaître à sa génération le sacré Cœur de Jésus et de lui transmettre pour l'avenir ses divines communications. Toutefois les saints n'apparaissent pas tels du premier coup. Ils ont, comme les autres hommes, une formation humaine, un développement de leur personnalité qui se manifeste selon les circonstances du temps et du milieu dans lesquels ils sont nés et ont grandi. Nous aimons à connaître tout ce qu'on peut savoir de leurs parents, de leur entourage, des mœurs locales, des coutumes de l'époque. Les études, les notes, les documents, compris dans cette troisième partie, répondront, croyons-nous, à cette préoccupation légitime et donneront une certaine satisfaction à la juste curiosité des lecteurs, en leur permettant de reconstituer la vie familiale de Marguerite-Marie pendant les vingtquatre premières années de son existence terrestre.

Sa famille, comme on le verra par les tableaux généalogiques dont nous ne publions qu'une faible partie, était fort répandue

476 AVERTISSExMENT

dans le Gharollais. C'est l'état social du Gharollais, au milieu du xvii^ siècle^ que nous présentons sous ses divers aspects : l'éducation des enfants, leur instruction, leur établissement, les habitudes et les relations de famille, les dots, le mobilier, les^ vêtements du temps ; la valeur des choses et de l'argent, l'âpreté qu'on mettait dans les questions d'intérêt ; les différentes contributions fiscales, les impôts, les charg-es publiques; les procès interminables ; l'adminislration civile et religieuse; les rapports du clergé avec les paroissiens, les coutumes pour les sépultures, les fondations en faveur des défunts. Il nous semble que tout cela éclaire l'histoire et nous fait mieux comprendre le rôle de la grâce divine dans une vocation extraordinaire telle que celle dont fut prévenue Marguerite-Marie. Quand on verra apparaître et se mouvoir, dans les pièces que nous publions, les ancêtres, le père, la mère, la parenté, les frères, la marraine de Marguerite, la jeune tille elle-même, intervenant dans les fêtes de famille ; si on remarque les instances de Mâcon et de Charolles pour l'attirer aux Ursulines ou aux Clarisses ; quand on se rendra compte de tous les démêlés d'affaires et de toutes les difficultés qu'entraînèrent pour Madame Alacoque la mort de son mari et sa succession ; si on veut assister aux contrats qui fondaient les foyers nouveaux, ou à la discussion des baux de fermage ou de grangeage qui expliquent comment on aménageait les propriétés et le profit qu'on en tirait ; quand on verra les inventaires des églises, le détail des cérémonies de mariage ou des funérailles, les relations nouées entre les familles par les baptêmes où on invitait des parrains et marraines de choix ; quand on aura vu fonctionner les divers services publics et constaté l'état rudimeniaire de plusieurs d'entre eux, comme ceux de l'hygiène ou du soin des malades ; quand on aura fait plus d'une remarque curieuse sur le ton et le style des correspondances, on sera à même d'apprécier plus justement les conditions faites à une jeune fille vivant à côté de sa mère, restée veuve prématurément, partageant ses sollicitudes, mêlée à ses embarras, à ses soucis, à ses relations. On ne s'étonnera pas de surprendre plus tard, au couvent, dans les emplois, dans la correspondance de la Visitandine, plus d'un trait d'esprit pratique, précis et judicieux, l'allé se défendait de prendre part

aux alîaires terrestres ; mais il est aisé de voir qu'elle en avait une connaissance plus grande qu'on ne le soupçonnerait dans une reli'^'ieuse sans cesse plonj^^ée dans la prière et occupée des choses célestes. En un mol, nous conseillons à ceux qui vouilront connaître à fond la Bienheureuse Mar^'-uerite-Marie, de ne pas se laisser rebuter par rajjparence rude et aride de beaucoup de nos documents. S'ils ont le courag^e de les lire, ils trouveront souvent, après avoir cassé avec peine la dure coquille, la petite amande blanche, douce et savoureuse qui les dédommagera de leur elTort.

Il n'y a rien à dire ici de la méthode que nous avons suivie. Elle était très simple : il n'y avait, le plus souvent, qu'à transcrire de vieux papiers, en mettant çà et là quelques notes. Nous ferons toutefois observer que nous avons laissé de côté beaucoup de pièces qui auraient grossi inutilement ce volume. Nous ■souhaitons seulement qu'on ne nous accuse pas d'en avoir publié un trop grand nombre.

8 mai 1915.

Kn la fête de l'Apparition de l'Archange saint Michel.

f FRANÇOIS-LÉON, Archevêque de Besançon.

PREMIÈRE SECTION

Page 1