‹ Vie et œuvresChapitre 150 sur 265 · Muguet, IhUl., w" du \"y septembre 1882, p · texte numérisé non relu

Muguet, IhUl., w" du \"y septembre 1882, p

Une des nièces de Marguerite, Jacqueline Alacoque, fille de Ghrjsostome, née le 23 avril 1684, fit profession chez les Glarisses de Gharolles, le 29 janvier 4703, sous le nom de sœur Angèle, qui était le prénom de sa mère Angèle Aumônier.

6" PERSÉCUTIONS DOiMESTIQUES

Les auteurs qui ont écrit sur la Vie de la B^^ Marguerite- Marie ont mis en avant diverses suppositions au sujet des trois personnes que la Servante de Dieu appelait plus tard les « chères bienfaitrices de son âme », et qui, en réalité, exercèrent sur elle une véritable persécution.

Ce qui fait la difficulté, c'est qu'on a peine à comprendre que M"'^ Alacoque, la mère de Marguerite, veuve de Claude Alacoque, de son vivant personnage important, se soit laissé réduire à une sorte de captivité très humiliante pour elle et qu'elle ait supporté que sa fille fût traitée comme on admettrait à peine que l'eût été l'enfant d'une domestique.

Marguerite-Marie n'ayant parlé qu'avec une extrême discrétion de ses persécutrices, d'autre part son frère Chrysostome, dans son Mémoire et dans sa déposition de 1715, s'étant tu absolument sur ces incidents, les historiens se sont trouvés dépourvus de documents, pour commenter les récits à mots couverts faits par la Servante de Dieu, dans sa Vie par elle-même^ et chacun a expliqué les choses à son gré.

Mgr Languet, presque contemporain, était peu renseigne — cela se voit en bien d'autres endroits de son livre — sur la famille et la jeunesse de la Bienheureuse. Il s'est oontenté de donner une explication vague. Dans \es Articles

l.A FAMILLE ET LE PAYS DE LA lUEMIEUREUSE ."21

<|u'il a dressés pour les interrogatoires de la procédure de 17 lo, il dit simplement :

Art. 6. — ^* Que son père étant mort pendant qu'elles était très jeune, elle se trouva soumise à des personnes grossières qui la maltraitaient souvent, contredisaient et raillaient ses dévotions et lui refusaient les choses les plus nécessaires ; ce qu'elle a souffert pendant plusieurs années avec une patience héroïque, sans murmurer et se plaindre, et sans souffrir même qu'on la plaignît en parlant mal de ceux qui en usaient ainsi ; de telle manière qu'elle se trouvait quelquefois dans la nécessité de demander du pain à leur métayer voisin. »

Sauf les mots : « personnes grossières » que la Servante de Dieu n'aurait jamais osé écrire, le reste est un résumé de ce que Marguerite-Marie a raconté elle-même.

Parmi les témoins qui déposèrent sur les divers articles proposés, il y en eut un qui dît le mot vrai et juste sur l'art. 6 ; ce fut la sœur Jeanne-Marie Comtois qui déposa « qu'elle lui a ouï dire (à la Servante de Dieu) plusieurs fois,

avec une grande candeur qu'il (Dieu) lui avait donné

assez de force pour supporter patiemment et sans murmure les mauvaises manières et traitements de quelques-uns de sa famille ». Mgr Languet qui eut entre les mains la procédure préparée par lui mais faite par son délégué, ne prit .sans doute pas assez garde à cette petite ligne révélatrice."

Les Contemporaines qui savaient peu de choses sur la jeunesse de leur Vénérable Sœur, se bornèrent à citer ({uelques passages de ce qu'elle avait écrit elle-même dans vSon Autobiographie. Si bien que Mgr Languet, dans sa Vie de la Vénérable Mère Marquerile-Marie, pour vouloir en dire un peu plus long que dans l'article ci-dessus, n'en resta pas moins dans le vague :

" Sa mère se trouvant surchargée des soins de sa famille, de l'éducation de ses enfants, des sollicitudes qu'exigent les biens de campagne, se crut obligée de chercher du

secours et de se confier à quelques personnes qu'elle prit dans sa maison pour partager avec elle les soins domestiques. Ces personnes d'une vile condition, abusant de la vieillesse de cette bonne femme et de la confiance qu'elle leur donna, prirent bientôt sur elle et sur sa famille une autorité absolue et réduisirent la mère et les enfants dans un état qui approchait de la captivité. Elle était d'autant plus rude que ces personnes avaient autant d'humeur qu'elles avaient peu d'éducation. »

Ce morceau prouve que les suppositions, en fait d'histoire, ne mènent pas loin. Du récit de Languet on devait conclure que M'"^ Alacoque dont il fait une vieille femme, tandis qu'elle n'avait que 43 ans à la mort de son mari, s'était complètement laissé dominer par de simples domestiques, ce qui est totalement faux.

Le P. Daniel — son Histoire de la B^^ Marguei^ite-Marie parut en 1865 — répète que Dieu « permit que sa mère, hors d'état de surveiller l'exploitation de son domaine, se dépouillât de toute son autorité entre les mains de personnes grossières qui, abusant de son imprudente confiance, la réduisirent bientôt, elle et ses enfants, à la plus dure servitude ». Il ajoute toutefois une phrase qui laisse percer un doute : « Marguerite, dans ses Mémoires, nous tait le nom et la qualité de ces personnes, qui n'étaient peut-être que des domestiques. »

M. Cucherat, plus renseigné sur la jeunesse et la famille de Marguerite, après avoir cité une page de la Vie par ellemême, reprend : « Quelles sont ces trois personnes que la charitable fille ne veut pas faire connaître ? Et quelle a pu être l'occasion de ce brusque changement dans une famille où rien jusque là n'aurait pu laisser soupçonner la possibilité d'un pareil renversement de l'ordre ? Ce qu'en dit Mgr Languet n'est pas satisfaisant. Il est impossible que de simples domestiques usurpent à ce point et d'une manière aussi persévérante l'autorité dans une maison. Il

LA FAMii.u: i:t lk pays di: la iuknhelrkuse o23

tant donc chcrcluT uiu' autre réponse, et voici celle qui nie semble seule vraie. C'est une explication à la fois rationnelle et basée sur des faits. M"^*' Alacoque, absorbée par les soucis et les sollicitudes que lui imposait Tâge de ses deux tils aînés, arrivés au terme de leurs études qu'ils avaient faites à Cluny, et au moment de songer à une position sociale, confia les soins du ménage à des personnes qui bientôt la dépouillèrent de toute autorité dans sa propre maison. Or, nous voyons dans de vieux titres que les deux l^rand mères de Marguerite, plus une tante nommée Catherine Alacoque, restée vieille fille, habitaient toutes ensemble au logis. Ce sont là, je n'en doute pas, les trois personnes auxquelles Marguerite devait demander toutes ses permissions . Il y avait encore à la maison des domestiques mariés et ayant des enfants. Ils pouvaient bien aussi se mettre de la partie, se montrer souples et dévoués à toutes les volontés et passions de la vieille tante et aggraver par leurs résistances et leur brutalité la triste situation de la mère et de la fdle. Mais toute leur force résidait en Catherine dont ils étaient les instruments. »

Après M. Cucherat, M. Bougaud : « Quand Marguerite malade avait été ramenée à Lhautecour, elle ne s'était pas 1 perçue du grand changement qui y était survenu. Les démarches de sa mère pour rétablir un peu la fortune j)atrimoniale n'avaient pas réussi. Un nouveau bail pour les terres avait été passé, au nom des enfants mineurs, non lus avec leur mère, mais avec Toussaint Delaroche, leur ncle, lequel avait pris assez rudement la gestion des affaires jui périssaient. Sa femme s'était installée en maîtresse absolue à Lhautecour où se trouvaient déjà sa grand'mère de Marguerite/, Madame Alacoque, née Delaroche, et sa fille Catherine, qui ne s'était pas mariée. Peu à peu, la pauvre veuve avait été écartée et privée de toute influence. I Soit qu'elle fût faible de caractère, soit que toute la famille la rendît responsable de la gêne momentanée où Ton était,

-elle ne rencontrait que paroles aigres et mauvaise humeur. La Sainte a dit tout cela à mots couverts, sans nommer personne, en prenant d'excessives précautions pour ne pas révéler les coupables. »

Puis, il dit nettement que les trois personnes étaient :

1^ Catherine Alacoque, non mariée, tante de Marguerite;

2*^ Benoîte Alacoque, aussi sa tante, femme de Toussaint 'Delaroche ;

3^ Jeanne Delaroche, sa grand'mère.

Quant aux enfants dont on reprochait souvent à Margueritede n'avoirpas pris soin, ce n'étaient pas, dit-il, les enfants de domestiques mariés^ mais bien les enfants Delaroche, ses petits cousins et cousines. Sur ce dernier point, M. Bougaud est dans le vrai, comme aussi en affirmant que les trois persécutrices étaient des personnes de la famille et non des domestiques . Seulement le malheur est qu'il n'y avait point de tante Catherine. Claude Alacoque et Jeanne Delaroche n'ont eu que trois enfants : Claude, le père de Marguerite; Benoîte, mariée à Toussaint Delaroche, et Dimanche, une fille non mariée. Catherine Alacoque, dont le nom revient assez souvent dans les registres de Verosvres, était la sœur du curé Antoine Alacoque, la cousine germaine du père de Marguerite, et elle était morte depuis l'année même de la naissance de la sainte enfant ; par conséquent si M. Cucherat et M. Bougaud avaient bien découvert deux des persécutrices de Marguerite, il restait à trouver la troisième.

M. l'abbé Muguet, alors curé de Beaubery, dans un article intitulé : « Persécution domestique endurée par la B*'*' Marguerite-Marie Alacoque ^ », soutenait cette thèse que Mgr Languet avait volontairement atténué la vérité pour ne pas désigner trop clairement des personnes dont

i. Le Pèlerin de Paray-le-Monial, 5« année, n° du 15 novembre

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