LA FAMILLE KT LK PAYS 1>K LA IMEMIKUREUSE
Mgr Languet exagérait-il beaucoup en les traitant de
personnes grossières » ? Le mot seul « de vile condition » ne s'appliquait pas exactement à elles ; mais les suivants :
ces personnes avaient autant d'humeur qu'elles avaient peu d'éducation » sont littéralement vrais. En somme, Jeanne Delaroche et Benoîte de Meulin étaient des femmes de cultivateurs, qui ne savaient pas plus signer que leurs maris, et Benoîte Alacoque, si elle avait été mieux élevée, avait bien vite pris les allures et les manières de son mari, personnage dur et peu sympathique. Madame Philiberte Lamyn, veuve de Claude Alacoque, leur était supérieure [)ar ses origines, par son éducation, par les relations que la situation de son mari lui avait créées. C'était une femme (le la bourgeoisie habitant avec une belle-mère, une bellesœur et une tante, aux façons de fermières, coalisées contre elle.
Dans l'intérêt de ses enfants, elle devait les ménager. Elle supporta d'abord peut-être par patience, pour le bien de la paix, puis plus ou moins par nécessité de situation, la mauvaise humeur, l'esprit jaloux et autoritaire de ces trois femmes qui finirent par lui imposer leur autorité tjrannique, au point qu'elle n'eut plus le pouvoir de défendre sa fille contre leurs injustes exigences.
En outre, on fait erreur en disant et répétant qu'elle fut réduite en servitude dans sa propre maison. La maison, sur laquelle elle avait sans doute des droits, venait pourtant des Delaroche et elle l'habitait avec eux. Tous ces gens, durs, jaloux, avares eurent bientôt fait de dominer la pauvre femme obligée de tout supporter dans la crainte de maux pires.
Cette persécution, autant qu'on en puisse juger, a sévi
surtout de 1660 à 1666, de la quatorzième à la vingtième
innée de Marguerite. Ses frères étaient en pension à Cluny
ou étudiaient le droit à Charolles. Le plus jeune, Jacques,
était le plus souvent chez son oncle, le curé de Verosvres ;
Marguerite-Marie Alacoque. — III. 34
en sorte que Marguerite à peu j^rès seule eut à souffrir avec sa mère.
Benoîte de Meulin mourut en 1663 ; ce fut un tyran de moins. Les frères aînés de Marguerite étaient devenus avocats, ils pouvaient déjà faire respecter leur mère et leur sœur. Il est vrai qu'ils moururent en 1663 et 1665 ; mais alors Ghrysostome avait vingt ans ; il se maria au commencement de Tannée 1666, avant d'être majeur. Ce fut dès lors le protecteur de sa mère et de Marguerite. Juge de la seigneurie du Terreau comme son père, il devenait maître de la situation. Jeanne Delaroche mourut peu après. M"^® Alacoque demeurait donc seule en face de son beaufrère et de sa belle-sœur, et elle avait pour elle son fils et sa jeune belle-fille.
Mais alors Marguerite fut l'objet d'une autre persécution, de la part de sa mère, de son frère et de ses autres parents, y compris les ecclésiastiques. Cette fois on agissait par un motif d'affection vraie, mais trop humaine. On la voulait retenir dans le monde et l'engager dans le mariage. En tout cela elle voyait et elle sut mieux reconnaître encore plus tard la permission ou la volonté de son divin Maître qui la voulait préparer pas ces épreuves à la vocation qu'il lui destinait.
- -^ .7^ O Cl,
jj
iS
Ôl
s cr o u
ace
ce
.fi
Se
332 VIE ET ŒUVRES DE MARGUERITE-xMARlE ALACOQUE