La Mère M.'iric-Iirnacc Duijois
ilO VIE ET ŒUVRES DE MARGUERITE-MARIE ALACOQUE
était à cent dix-huit sols est revenu à un écu. Nos inaité" ries nous fournissent notre provision pour chaque année. Nos sœurs de Limoges en firent acheter l'année passée pour mille écus.
Nos sœurs sont au nombre de 39 en tout. Nous n'avons qu'une novice ; notre très honorée Mère en refuse tous les jours, n'en voulant pas recevoir qui n'apporte mille écus et leurs emmeublements. Nous sommes très mal log-ées, n'ayant encore pu nous faire bâtir. Nous n'avons pas, non plus que vous, ma très honorée Mère, de chapelle du sacré Cœur de Jésus ; mais tous les p. vendredis du mois nous chantons le Miserere, faisons l'amende honorable et avons la bénédiction du très saint Sacrement de l'autel.
Tous les ans nous en faisons solennellement la fête, au vendredi d'après l'octave, ayant grand nombre de messes, le saint Sacrement exposé, sermon, bénédiction et indul^ gence plénière. Le concours du monde y est grand. On est très dévot à ce sacré Cœur. A peine pouvons-nous suffire de faire venir des livres d'Aurillac de ce sacré Cœur, tant i nous en est demandé.
Je suis, avec bien du respect, ma très honorée Mère, Votre très humble et très obéissante fille en N.-S.
S'" Louise-Marguerite Faure de la Visitation S^«-M.
Vive j Jésus ! '
J'aurai l'honneur de vous dire, ma très honorée Mère qu'il y eut 7 ans le 15""^ de mai^ que je fus saignée, et s blessée que, dès ce soir-là, je pris une si violente fièvre
1. Aucune indication fFannée ni de (jucl monastère de la Visita lion vient cette lettre.
CAUSE 1>K ItKATiriCAIlO.N !;i DK CANOMSATION 111
causée par la douleur de mon bras, duquel loii ne me tira pas une i^outte de sanj^ et qui entla d'abord si prodigieusement, ({u'il devint gros comme un enfant ; etjefus37 jours sans pouvoir bouger de dessus mon dos.
Le 2""' de juin, l'on rouvrit ce bras et l'évacuation fut prodigieuse. L ouverture fut depuis trois doigts au-dessus du eoude et autant en bas. L'on y (ît, durant six semaines, des injections avec la seringue ; mais après, il fallut encore une autre ouverture, et tout cela dans le beau milieu du coude. Lorsque l'on me crut presque guérie, Ton trouva un sac de demi pied. Ainsi, il fallut fendre depuis la première ouverture jusque à un demi pied et la plaie fut fermée seulement à la mi-septembre. Ce pauvre bras était extrêmement retiré et si faible qu'à peine le pouce et le second doigt pouvaient tenir une couture (c'est la main gauche heureusement I). Je ne pouvais bien fermer les autres trois doigts, surtout le petit et ils étaient fort engourdis. Je souffrais des maux que je ne peux vous expliquer, tous les changements de temps et durant le froid, ne pouvant même couper notre pain — c'est-à-dire en morceaux — la portion du réfectoire ainsi (sic). Celle qui était proche de moi me faisait cette charité «t de me verser de l'eau pour boire.
Les soirs, à Matines, je mettais ce pauvre bras en écharpe pour le soutenir et il était toujours froid comme glace et fort petit. Voilà à peu près comme j'ai été environ 7 ans. Le lo décembre dernier, notre très honorée Mère me dit durant la récréation du soir qu'elle me destinait une charge pour le jour de Tan et qu'elle ne voulait plus du tout entendre parler de ce bras ; ainsi, que je n'en vinsse plus raconter les faiblesses et mes impuissances de m'en aider.
Vous pouvez juger, ma très honorée Mère, si cela donna : "un beau sujet de se divertir à toutes nos chères sœurs et de bien rire jusqu'à 8 heures, que notre chère Mère fut obligée de continuer la récréation ; car, chacune me donnait une charge à sa façon. Je soutins toute la raillerie avec plaisir
et pris tout en bonne part. Cependant, j'ouïs une chose qui me blessa le cœur et que je fus ravie que notre unique Mère n'eût pas entendue, car elle n'y aurait pas pris plaisir. Je n'en fis nul semblant et fus à Matines, offrir cela à Notre- Seigneur.
Au sortir de Matines, me jetant à g-enoux dans notre cellule, j'avais au pied de notre crucifix une image de la sainte Sœur Alacoque. J'eus la vue d'unir ce qui m'avait blessé le cœur à toutes les humiliations qu'elle avait eues durant sa vie. Je vous avoue, ma chère Mère, que, dès ce moment, je ressentis une si g-rande confiance en elle et comme une assurance de sa protection que j'eus peine à cesser ma prière. Mais je pensai qu'il fallait être couchée à la visite et qu'elle recevrait bien mes prières dans le lit. Elle dura jusqu'à minuit, sans que le temps m'eût duré un moment. Ce fut les Matines des religieux qui m'en firent apercevoir. J'avais demandé à cette sainte de ne me point ôter mes douleurs habituelles, mais seulement de me donner la force de balayer, servir au réfectoire, de filer, écurer, et enfin de m'ôter toute la petite adresse pour les ouvrag-es, afin que je pusse me rendre utile à la sainte religion. Toutes ces prières étaient d'un vrai bon cœur et sincères. Tout d'un coup, je sentis par tout mon corps un trémoussement extraordinaire. D'abord, je pensai que c'était l'application un peu forte et longue qui excitait quelques vapeurs ; mais dans le même moment, je sentis ma main se dilater et mes doigts se dégourdir entièrement. Jugez, ma chère Mèie, quelle fut ma joie! D'abord, je m'écriai : « He ! ma sainte, hélas ! mon pauvre bras ! » où je sentis le même ; et je retendis aussi facilement que l'autre. Me mettant d'abord à genoux sur le lit, les bras en croix; j'essaye de détourner le bras pour mettre la manche d'une chemisette, ce que je fis sans peine. Enfin, ma chère Mère, je ne fus pas paresseuse à me lever pour aller demander la communion, par signe, à ma bonne Mère. Mais, elle voulut savoir tout ce
rjvrsK bK lu: miiicaiion i.r i»i: canonisa rioN I L'î
qui sotait passé — que )(* n'avais dessein de lui niconter qu après la sainte communion, l^lle mo fit apporter ce même matin, au réfectoire, le tablier par la serveuse et me manda que par obéissance, j'allasse servir toute la Communauté, ce que je lis sans peine. Ju^ez de la surprise de nos (.hères sœurs ! Les unes riaient, les autres se rej^ardaient avec une extrême surprise. Mais, je vous avoue, ma chère Mère, qu'il me fallut surmonter, pour en faire le récit à la (^.ommunauté, c|ue notre très honorée Mère désira (|ue j'en lisse.
Si mon crédit ég-alait ma reconnaissance et ma bonne volonté, cette sainte serait bientôt canonisée. Fout mon regret est qu'elle ait fait et qu'elle ne cesse de faire des L^ràces et de protéger si souvent une personne qui le peut mieux sentir que s'en reconnaître. A présent, je file sans peine ; je sers au réfectoire et m'aide de mon bras aussi facilement que de l'autre. Il est fort, il est devenu gros et aussi chaud que l'autre. Je ne connais plus les changements de temps. Je n'ai ni faiblesse ni engourdissement, ni douleurs. Je l'étends entièrement sans peine. Est-ce possible, ma chère Mère, que cette bonne sainte ait préféré une si indigne religieuse à d'autres qui le méritent véritablement mille fois mieux ! Il me semble qu'il n'y a rien que je ne veuille faire pour en inspirer de la dévotion et j'ai quelque espérance que quoiqu'inconnue, Dieu me fera la grâce de lui procurer un jour quelque gloire accidentelle et I f|ue le temps viendra où elle sera honorée de la grâce qu'elle m'a obtenue. Je vous avoue qu'elle est, après notre bon Dieu et la Sainte Vierge, tout mon recours et qu'elle m'aide véritablement en toutes mes peines et besoins.
S' Louise-Antoinette Pknnet.
Mary lier ile-Mii rie Alacoque. — III
SENTIMENT DE LA « SŒLR ANGLAISE )) SUR LA PUISSANCE MIRACULEUSE DE LA SERVANTE DE DIEU
Le Révérend Père de La Colombière à son retour d'Angleterre demeura un an à Lyon, et comme il était toujours malade d'un crachement de sang, on l'envoya à Paray pour changer d'air, la ville l'ayant demandé. Comme il y eut demeuré 6 mois et que sa santé, bien loin de se rétablir, affaiblissait toujours plus, comme il était fort considéré dans la Compagnie de Jésus, ses supérieurs souhaitèrent qu'il revînt au grand collège de Lyon et lui envoyèrent un équipage commode pour s'en retourner. Comme il était fort irrésolu de ce qu'il devait faire, voyant qu'ils le mettaient à sa liberté de choisir ce qui lui serait plus favorable pour sa santé, étant sur le point de partir, il écrivit un billet à notre chère S'" Alacoque pour qu'elle demandât à Dieu qu'il lui fît connaître si c'était sa volonté qu'il s'en retournât à Lyon. Elle lui fit réponse qu'il ne devait point sortir de Paray, que c'était le lieu où Dieu voulait la consommation de son sacrifice, puisqu'il n'avait plus guère de temps à vivre, ce qui l'obligea de congédier ceux qui lui avaient amené un équipage, qui fut une providence pour lui, étant mort 4 jours après.
Ainsi notre chère S^' Alacoque est cause que Paray possède ce trésor, puisqu'il est proclamé saint par tout le peuple, bien qu'il ne puisse pas encore être canonisé. L'on espère qu'avec le temps il le sera. Il s'est employé et fatigué beaucoup, pendant qu'il était en Angleterre, à la conversion des âmes, ayant un grand attrait pour les attirer à Dieu. Il a été prisonnier pour la confession de la foi de J.-C.
CALSE DE BÉATIFICATION ET DK CANONISATION 115
Il avait éto coiulamné à soutVrir le martyre, sans une lettre du roi de France qui ordonnait qu'on le rappelât. On ne laisse pas de le tenir pour niartyr, parce qu'on lui fit voir celui de 4 jésuites que l'on éventra tout vifs en sa présence pour l'intimider, devant soulTrir le même martyre, à quoi il s'était disposé avec un grand courage. Mais Dieu se [contenta de sa bonne volonté et de celui qu'il avait souf- [fert en vovant le martyre de ces pères dont nous venons de [parler, ce cjui lui fit prendre un crachement de sang dont il est mort.
Il était estimé et considéré de tous ceux qui le connaissaient. Voici ce qu'il dit à une de ses pénitentes qui était lune veuve anglaise, qui quitta son pays avec plusieurs autres catholiques pour mettre leur salut en assurance à jCausedes persécutions que l'on faisait aux nouveaux convertis. « Je vous donne, lui dit-il, une âme en qui vous aurez recours dans toutes vos peines (c'était notre Vénérable S'' Alacoque de qui il parlait), à qui Dieu se communique et parle aussi familièrement que je vous parle. ^> Ensuite, ajoute cette Anglaise, il me fit la confiance de quelques grâces extraordinaires qu'elle avait reçues de J.-C.
Cette veuve était encore en Angleterre quand notre chère S'" Marguerite-Marie Alacoque lui prédit qu'elle serait religieuse. Elle écrivit à une sœur de céans que l'expérience qu'elle a eue de ses lumières pour son intérieur lui fait dire qu'elle était sainte, qu'elle l'a éprouvé en plusieurs rencontres particuliers, qu'elle dit ne pouvoir expliquer pour des raisons, ajoutant : « Seulement, vous puis-je dire, que cette vertueuse S' Alacoque a su que je serais religieuse de S'^-Marie, avant même que le Père de La Golombière fût banni d'Angleterre. En un mot, je n'ai pas fait une démarche que par son ordre. Lorsque j'étais à Paray, il s'est passé des choses si particulières que je n'ai jamais eu lieu de douter de la familiarité de Dieu avec cette chère défunte qui lui faisait
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connaître les choses longtemps avant qu'elles arrivassent. Aussi, quand elle m'avait dit : « 11 faut que vous fassiez cela », je n'aurais pas retardé d'un moment, parce que je savais que telle était la volonté de Dieu. »
Voilà le sentiment de cette sœur anglaise qui a été religieuse chez nos sœurs de GharoUes^, et qui consultait en tout notre Vertueuse S' Marguerite-Marie Alacoque.
1. Une circulaire de Charolles, en date du 6 avril 1744, faisant allusion à cette sœur anglaise, donne son nom : sœur Claude-Marguerite Baucher, et ajoute: « appelée parmi nous la petite femme et (ju'il aurait mieux convenu appeler la femme forte. » On écrivait son nom Boucher, commenous l'avons fait, t. I,p. 148, note3, ou Baucher. Nous croyons, après nouvelles recherches, cette dernière ortho- <;raphe meilleure.