LETTRE ADRESSÉE
Ma très honorée Mère en N'*^ Seig-neur
Ma très honorée Mère Anne Elizabeth de la Garde de Malzac (sic), supérieure de n**^ monastère de la Visitation S'^'-Marie de Paray, à Paray, par la Gharolle (sic).
Vive j Jésus !
De notre monastère de Périgueux, ce premier septembre 1714.
Ma très honorée Mère,
Nous avons reçu avec une singulière joie votre lettre avec les reliques de notre vénérable S*" Alacoque, que vous nous avez fait la grâce de nous envoyer. Le malade pour qui Monsieur de Logerie vous en avait demandé une portion ^t mon cousin germain. Il s'est fait conduire à Périgueux 'lont il est natif. Une de ses chères sœurs, qui est à pré-
nt une de nos anciennes religieuses, reçut le petit paquet que vous aviez séparé pour son cher frère. Elle nous acharnée de vous remercier très humblement de l'attention que vous avez eue, ma très honorée Mère, pour son pauvre malade. Lui et Monsieur le Supérieur de la Mission et notre
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sœur lourière font avec une grande exactitude tout ce que vous nous marquez. Notre très honorée Mère, qui porte encore quelque reste de faiblesse que la paralysie lui laissa dans le bras droit, s'est jointe à eux et nous fait dire tous les jours en Communauté, les trois Pater, Ave, Laudate, avec les trois Gloria Patri. Tout le reste s'est fait ainsi que vous nous Favez marqué. Nous sommes au quatrième jour de la neu vaine. Notre sœur tourière a senti cette nuit dans sa jambe paralytique de grands tremblements. En vérité, il ne faut pas pour sa guérison un moindre miracle que pour la résurrection d'un mort. Mais, comme rien n'est impossible à Dieu, si sa divine bonté veut bien glorifier notre vénérable Sœur Alacoque et exaucer les ardents désirs de notre pauvre sœur tourière. nous vous en donnerons incessamment la nouvelle. J'aurais même attendu à la fin de la neuvaine à me donner l'honneur de vous écrire pour ce sujet; mais le retour du valet de mon cousin Bouchier me fait devancer pour profiter de cette occasion. J'envoie ma lettre à Monsieur de Logerie et le prie de vous l'envoyer par voie franche. Je profiterai de toutes celles qui se présenteront pour Paris, afin de vous donner de nos nouvelles, si vous me permettez, ma très honorée Mère, de me donner cette consolation. La lettre que Votre Charité nous a fait l'honneur de nous écrire a été relue bien des fois. Je me vois obligée d'en tirer une copie pour ne perdre l'original, ((ue je garderai précieusement : elle est touchante et pressante.
Nous compatissons sensiblement aux épreuves que vous cause la disette générale qui est dans votre ville. Les grâces ({ui s'y accordent sont bien capables de dédommager votre sainte Communauté qui^ selon ce que nous en jugeons par votre circulaire, mais surtout, ma très honorée Mère, par votre chère lettre, est bien fidèle à Dieu et à tous les levoirs de la sainte religion. Plaise à Dieu qu'il vous cons;)le et que sa divine Providence vous fournisse abondam-
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nient des secours nécessaires à la vie ! Nous \c lui (Icuiaii-
! derons tous les jours pour vous, ma très hoiiorôi' Mère v[
j pour toutes vos dignes lilles. Notre très lionoièe Mère '
i nous u ordonné de vous assurer do son respocl cl de ceux
de toute notre Communauté. Nous vous remercions toutes,
j très humblement, des prières que vous faites et laites faire
pour nos pauvres paralyticpies ; nous vous supplions de les
I continuer en leur faveur. Je vous conjure de me faire la
grâce d'en faire pour moi : j'en ai un besoin extrême.
On a pris une si i^rande confiance aux relicjues de notre V. Sœur Alacoque que nous ne saurions fournir aux instantes demandes qu'on nous en a fait, tant tlu dedans comme du dehors. Toutes nos sœurs voudraient en leur particulier, chacune, une médaille de terre du tombeau de cette sainte relio^ieuse. Nous nous sommes avisées, pour fournir à leur dévotion, de faire toucher le petit os à des linges que nous distribuons et le faisons tremper dans de l'eau que nous donnons.
Il y a un an qu'une de mes nièces, ayant perdu la vue par une g^outte sereine, j'envoyai à ma saair, sa mère, un petit fracment (sic) de toile détrempée dans le sang de notre bienheureuse Mère de Chantai. Je lui mandai de le mettre tremper et, de cette eau, en laver les yeux de sa fille pendant neuf jours — de faire aussi, pendant les neuf jours, certaines prières et aumônes. Au neuvième jour, cette enfant recouvra la vue. Nous le fîmes savoir à nos soeurs d'Annecy. Si Dieu exauce les prières que nous faisons par la médiation de votre sainte religieuse, on aura lieu d'en poursuivre la canonisation, en poursuivant celle de nos bienheureuses Mères de Chantai et de Bréchard.
Les misères de ce pays sont grandes, mais non si affreuses que les vôtres, à la vérité. La viande, l'huile, le beurre, la ciiandelle y sont hors de prix ; mais le blé qui