SIR LA PREMIERE PARTIE
Nous publions d'abord deux séries de Lettres, dans lesquelles il est question de la cause de Béatification et de Canonisation de la Servante de Dieu, Marguerite-Marie Alacoque.
Dans la première série composée de quatre lettres et de deux fragments de lettres de la sœur de Massongy « procureuse », à Annecy, des Causes de la Visitation, on voit qu'on avait le projet d'entreprendre à Annecy la procédure concernant Marguerite-Marie, d'autant que la Mère Greyfîé, ce témoin de premier ordre, y était supérieure, mais très âgée, et on ne voulait pas la laisser disparaître sans qu'elle eût donné son témoignage, selon toutes les formes canoniques. En fait, les pourparlers entre Annecy et Paray n'aboutirent qu'à ce résultat que nous connaissons par la correspondance de la Mère Greyfîé, reproduite au premier volume, à savoir que la vénérable Mère réclama le Mémoire qu'elle avait envoyé de Semur-en-Auxois à Paray, en 1690, et qu'elle voulait revoir pour faire devant l'évêque de Genève la déposition qu'on lui demandait. Elle reconnut qu'elle ne se souvenait de rien de plus que ce qu'elle avait écrit et elle déclara que tout ce que contenait son Mémoire était l'exacte vérité. Ce fut apparemment toute la déposition qu'elle fit devant l'évêque; et l'official, M. Falcaz^ authentiqua, le 13 mai 1715, la signature de la Mère Greyfîé.
Pendant ce temps, on s'était mis en mouvement à Paray, d'après les conseils de M. Languet, dès l'automne précédent, pour préparer la procédure qui s'ouvrit au printemps de 1715 et fut heureusement achevée au mois de septembre de la même année.
Bien qu'on n'ait donc pas eu à utiliser la grande expérience de la sœur de Massongy, en fait de procédures canoniques, ses lettres sont fort intéressantes et nous ont paru dignes d'être conservées.
Celles de la Mère de la Garde à la supérieure de Moulins qui composent la seconde série, au nombre de cinq, sont postérieures de onze et douze ans. Elles offrent encore plus d'intérêt. Elles nous renseignent sur le zèle du P. de Galliffet pour le culte du sacré Cœur et sur les démarches qu'il faisait à Rome. Il s'offrait aussi à servir la cause de la sainte Visitandine de Paray.
Nous y voyons que le procès de 1715 dormait encore à l'officialité de Moulins et c'était une grosse affaire que d'en tirer une copie pour l'envoyer à Rome. Hélas! elle dormira encore plus d'un siècle. Tout était difficile dans ce temps et le Jansénisme s'était acharné sur la mémoire de Marguerite-Marie et sur le sacré Cœur de Jésus.
Néanmoins on verra dans les lettres de la Mère de la Garde que le culte du divin Cœur faisait des progrès. Les deux Causes, celle du Maître divin et celle de sa fidèle disciple, devaient marcher ensemble, d'un pas inégal, et finir par se rejoindre dans un triomphe commun.
'^ Après ces deux séries de lettres, nous reproduisons quelques récits de miracles opérés à l'intercession de Marguerite-Marie et d'abord le procès-verbal de la guérison de sœur Claude-Angélique Desmoulins. Ce fait éclatant, qui se produisit au mois de février 1913, exerça une grande influence sur l'opinion qu'on avait déjà de la sainteté de la Servante de Dieu; M. Languet vint lui-même, à Paray, procéder à une information juridique qu'il termina le 20 août 1913. Ce fut, en quelque sorte, l'amorce de la grande procédure de 1715.
Ce procès-verbal important sera suivi d'un Recueil de miracles et de grâces, conservé aux archives de la Visitation de Paray. Bien que tous ces faits n'aient pas été relevés, quand il s'est agi de la procédure apostolique des miracles en vue de la Béatification prochaine ; ils ont toutefois servi à établir et à maintenir ce qu'on appelle en termes canoniques : Fama miraculorum^ la réputation de faire des miracles, sans laquelle une cause de Béa-
tification ne serait pas poursuivie. Nous y joig'nons deux lettres intéressantes et un témoi^nag'e sur la puissance miraculeuse attribuée à la Servante de Dieu. Nous allons donner ici, en résumé, la marche de la Cause de la Bienheureuse Marjjuerite- Marie.
Dés le 16 mai 1818, la Mère Marie-Rose Garmoy, restée à Paray, avec quelques sœurs, dans l'espoir de recouvrer un jour le monastère, écrivait à M. Circaud, vicaire p^énéral d'Autun, et l'informait que les Salésiennes de Rome insistaient pour qu'on envoyât les « Documents du procès ». Elle disait : « On me demande des papiers que je n'ai pas. Ne pourriez-vous pas, Monsieur, user de votre autorité pour me les faire rendre? » — Les sœurs qui s'étaient réunies à La Charité-sur-Loire avaient emporté le procès de 1715. — AL Circaud ne tarda pas à être en possession de cette procédure qu'il lit transcrire et envoyer, en copie authentique, à Rome, sous les sceaux de Mgr Imberties, évèque d'Autun.
Le 28 septembre 1819, le Souverain Pontife Pie VII ordonna que ledit procès fût reçu dans les Actes de la S. Congrégation des Rites.
Après un siècle écoulé, il y avait lieu de faire une information sur la continuation de la réputation de sainteté de la Servante de Dieu. M. Circaud dirigea cette nouvelle procédure qui fut close après audition de quatorze témoins et envoyée à Rome, en 18-21.
Les Visitandines de Rome choisirent, le 18 mai 1822, Mgr Laurent des ducs Mattei, prélat domestique de Sa Sainteté, comme postulateur de la Cause. Il obtint l'ouverture des deux procès de 1715 et de 1821, et la désignation du cardinal délia Somaglia, doyen du Sacré Collège, comme ponent ou rapporteur.
Enfin Léon XII, confirmant le rescrit favorable des cardinaux, du 27 mars 1824, signa la Commission d'introduction de la Cause le 30 mars 1824.
On dut ensuite faire le procès de Non-culte, pour lequel Rome donna des Lettres rémissoriales, le 20 mars 1825. Il s'agissait d'établir qu'on n'avait pas contrevenu aux Décrets d'Urbain VIII en rendant à la Servante de Dieu un culte prématuré. Ce procès
fut lait à Paray, en 1826, et expédié à Rome, en date du 18 août de la même année.
Le Souverain Pontife ratifia, le 26 septembre 1827, la sentence de Non-culte rendue par le juge ordinaire, en même temps que le rescrit des Pères de la S. Congrégation sur les Ecrits de la Servante de Dieu.
On instruisit à Rome le procès apostolique sur la réputation de sainteté, les vertus et les miracles en général, au cours de l'année 1828. 11 se termina par un avis favorable confirmé par le Pape, le 19 décembre.
On en était arrivé au point le plus important, à savoir l'examen des vertus et des miracles en particulier. Un décret pontifical autorisa l'expédition des lettres rémissoriales, qui fut faite à l'évêque d'Autun, le 17 juin 1829. Désormais l'évêque ne devait plus agir comme juge ordinaire mais comme commissaire apostolique, du Saint-Siège.
La mort de Mgr de Vichy, survenue le 3 avril 1829, devait retarder l'exécution de la Commission apostolique. A Rome, aussi, la mort avait frappé le cardinal délia Somaglia et le pape Léon XII. Le 8 mai 1830, Pie VIII agréa comme ponent de la Cause le cardinal Zurla.
Le nouvel évêque d'Autun, Mgr d'Héricourt, y arriva le 11 octobre 1829 et il ouvrit le procès apostolique, le 2 février 1830. Après quoi le tribunal se transporta à Paray, où il commença à siéger, le 26 février, dans l'église de la Visitation.
Le 21 juillet 1830, on procéda à l'ouverture et à la reconnaissance du tombeau de la Servante de Dieu. On tira la précieuse châsse du caveau oii on l'avait scellée en 1824. A cette occasion se produisit le miracle éclatant de la guérison de la sœur Petit, qui fut un de ceux que la S. Congrégation adopta pour la Béatification. Enfin le tribunal qui avait siégé pendant six mois, tenu 99 sessions, et entendu 44 témoins, mit fin canoniquement à la procédure, dont une copie authentique fut expédiée à Rome, le 28 septembre 1830.
La S. Congrégation approuva la validité des trois procès : les deux de l'Ordinaire, faits en 1715 et 1821, et le procès apostolique de 1830. Le Saint-Père confirma sa décision, le 4 mai
Le cardinal Zurla étant mort, fut remplacé comme ponent, le 17 mars 1835, par le cardinal Odescalchi, lequel étant entré dans la Gompag^nie de Jésus, on lui subrogea le cardinal délia Porta.
La Gon^réj^^aliou nniépréparutoire sur le u Doute des vertus » fut tenue, le '28 avril 1840; la préparatoire^ le 4 avril 1843, et la Coug:régation générale, au \'alican, en présence du pape Grégoire X\'l, le 14 janvier 1845. Ge Pape étant mort avant d'avoir prononcé son jugement il fallut tenir une nouvelle Gongrégation générale en présence de son successeur, Pie IX, le Il août 184tK Le 23 du même mois, le Souverain Pontife prononça qu'il y avait constatation des vertus de la Servante de Dieu, pratiquées au degré héroïque, et il ordonna de publier le décret,
Goncurremment à cette procédure sur les vertus, on avait enquêté sur les miracles, celui de la sœur Marie-de-Sales Ghareault opéré en 1828, et celui de la sœur Marie-Thérèse Petit, qui s'était produit, à la veille de la reconnaissance du tombeau, en 1830.
Ge procès régulier, par Gommission apostolique, avait été fait à Paray, en 1834. 11 fut reçu dans les actes de la S. Gongrégation et ouvert le 1*^^ décembre de cette même année.
Un autre miracle opéré à Venise, en faveur d'une Visitandine, sœur Louise-Philippine Bollani, fut l'objet d'une information commencée en 1842 et achevée en 1844. Ge fut le troisième miracle accepté par la S. Gongrégation.
L'examen de la validité des procès sur les miracles fut fait en 1852 et se termina par une sentence favorable, que le Pape confirma, le 30 septembre.
Ge ne fut que le 6 septembre 1859 qu'on soumit « le doute sur les miracles » à la Gongrégation antépréparatoire. La préparatoire fut tenue le 15 septembre 1863 et la Gongrégation générale^ en présence du Pape, le V^ mars 1864. Le Pape rendit son décret le 24 avril.
Il n'y avait plus qu'à proposer la question : L'héroïcité des vertus étant reconnue et les trois miracles prouvés, peut-on procéder, en sûreté, à la Béatification de la Vénérable Servante de Dieu ?
. Le 14 juin 1864, les EE. cardinaux réunis devant le Saint- Père, répondirent à Tunanimité : affirmativement. Le Pape «igna le décret de Tuto, le 24 juin, et donna, le 19 août 1864, le Bref de Béatification.
Les fêtes de la Béatification furent célébrées à Rome, le 18 septembre 1864, et à Paray, par un triduum solennel, les 23, 24 et 25 juin 1865.
Dès l'année suivante, à la requête du cardinal Patrizi, ponent •de la Cause, les EE. Pères de la S. Gongrég-ation des Rites ayant examiné la question : s'il est à propos d'instituer une Commission pour Ir reprise de la Cause de Canonisation de la Bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque? la réponse a été : ^< affirmativement s'il plaît à Sa Sainteté, le 1®"^ septembre 1866 ».
Le Souverain Pontife signa le décret, le 6 du même mois.
Depuis lors, le cardinal Ferrata, en qualité de ponent, a sollicité, à plusieurs reprises, des Lettres rémissoriales pour des «nquêtes sur des miracles. Mgr Virili, évêque de Troade, le postulateur de la Cause, n'a pas encore obtenu un succès décisif sur la question des deux miracles requis pour la Canonisation. Le cardinal Ferrata, mort le 10 octobre 1914, n'a pas encore été remplacé comme ponent, à la date que nous mettons à cet avertissement.
Cette première partie sera terminée par les principaux décrets pontificaux rendus au cours de la procédure et par le récit des fêtes de la Béatification à Rome et à Paray.
25 mars 1915.
f FR. LÉON,
Archev. de Besançon.