LA CHASSE DE LA MIEN HEUREUSE PRÉPARATIFS POUR LE TRIDUUM SOLENNEL
La Maison Trioullier, de Paris, exécutait une grande châsse en argent, avec dorure, émaux et pierreries, et avait
promis de la livrer au mois de juin, Mgr notre évêque ayant fixé, pour Paray-le-Monial, aux 22, 23 et 24 juin, le triduum solennel d'action de grâces, accordé par le Bref apostolique.
Bientôt dans toute la ville on commença les préparatifs. L'extérieur des maisons changeait d'aspect, tandis qu'au dedans chacun s'ingéniait pour trouver et se dévouait à exécuter des décors dont le secret était soigneusement gardé et ne devait se produire qu'aux grands jours.
L'élan était universel. Aux générosités de la France venaient se joindre celles des autres nations. La Belgique voulut faire en majeure partie les frais de la châsse; l'Espagne, ceux du diadème. Les dames catholiques d'Angleterre ont travaillé de leurs mains l'immense tapis, soie et laine, semé du chiffre de Marguerite-Marie, qui doit couvrir le chœur et le sanctuaire de notre chapelle publique. Quel admirable et catholique élan !
Cependant Mgr Bouange, vicaire général, archidiacre, récemment élevé à la dignité de protonotaire, venait à diverses reprises, assisté d'une commission ecclésiastique, préparer toutes choses en vue de nos grandes fêtes. La châsse provisoire était portée processionnellement de notre chœur dans la salle du chapitre. Les ossements sacrés étaient de nouveau exposés sur une table préparée et ornée pour les recevoir. Ils furent lavés avec soin et arrosés de parfums ; des parcelles en furent détachées, pour être envoyées à nos Monastères et données à quelques églises. La substance cérébrale fut retirée et mise plus tard dans un cœur en cristal environné de marguerites en émail, et fixé au centre d'une petite monstrance soutenue par deux anges.
Mgr le Protonotaire apostolique reconnut aussi canoniquement les manuscrits de notre Bienheureuse, comprenant : quelques lettres et sa Vie écrite par ordre du Père Rolin ; deux livres qui ont été à son usage ; son voile de
CALSi: I»E IIKATIFICATION FT 1)K CANONISATION
relii^ion : d'autres portions de ses vêtements ; ses instruments do pénitence, ses cendres sacrées, des fra«jments de son cercueil et des deux^ chasses en bois. Tous ces objets précieux sont mis sous les sceaux de Monseigneur notre évêque. 11 fallut pour tout cola bien des séances, dont nous conservons dans nos archives les procès-verbaux.
Entin hi chasse arrive, et c'est encore Mg;r Houan^e (jui préside à Tinstalhition do Tefligie, comme c'était lui qui avait déposé chaque ossement enveloppé de drap d'or, dans refilgie elle-même.
THIDUL.M SOLENNEL
Pour plus de solennité, et surtout plus de fruits de salut, le triduum fut précédé d'une neuvaine prêchée par le Révérend Père Souaillard, de l'ordre de Saint-Dominique. Les exercices avaient lieu à l'église paroissiale : notre chapelle eût été trop petite. Il ne nous appartient pas de louer l'orateur que nous étions privées d'entendre. Nous ne pouvons pas davantage parler des splendides décors de la grande église, les mêmes qui avaient servi à Notre-Dame pour le baptême du Prince Impérial. Peu à peu la ville entière prenait le même aspect que l'intérieur de l'église. Les arcs de triomphe s'élevaient, les murs se cachaient sous la verdure et les fleurs. Le jeudi 22, dès les premières heures du jour, on voyait flotter de toutes parts les riches bannières, les gracieuses oriflammes, et ondoyer les festons de guirlandes fleuries. Des tableaux du sacré Cœur, le monogramme de Marguerite-Marie, les traits de sa vie, son apothéose, des ornements symboliques étaient dispersés en beaucoup d'endroits.
Mais ce qui donna le plus d'éclat à ces fêtes, ce fut le
nombre des prélats, des prêtres et des fidèles accourus de près et de loin : neuf cardinaux, archevêques ou évêques, six abbés mitres de la Trappe, des prélats romains, beaucoup de religieux et religieuses de tous ordres, six cents prêtres au moins, et plus de cent mille personnes successivement y ont pris part.
Le jeudi 22, vers quatre heures du soir, le clergé, réuni au presbytère, vint processionnellement dans notre chapelle, chanter les premières vêpres de la fête du sacré •Cœur. A l'issue de Toffice, les portes de notre clôture furent ouvertes, et l'on vint y prendre la sainte châsse pour la transporter sur le trône qui lui était préparé au fond du sanctuaire de l'église paroissiale, oii elle devait rester pendant la durée du triduum. Cette translation, grâce à une autorisation spéciale obtenue de Rome, se fît à travers la ville, avec toute la pompe qui est réservée d'ordinaire aux saints canonisés. Mgr Plantier, évêque de Nîmes, officiait pontifîcalement.
Quand la procession fut arrivée à l'église et que la Bienheureuse fut installée sur son trône, le Révérend Père Félix parut dans la chaire de vérité et établit, avec son langage puissant et profond, que le Cœur du Sauveur était le centre et la source de notre vie humaine et chrétienne.
Le vendredi, la messe fut pontifiée par Mgr de Marguerye, évêque d'Autun ; et les vêpres le soir, par Mgr de Dreux-Brézé, évêque de Moulins, qui présida la procession •de l'octave du très saint Sacrement, faite ce jour-là à cause delà grande manifestation réservée au dimanche. Au retour -de la procession, Mgr Mermillod, évêque d'Hébron, vint à son tour, et avec ce cœur et cette onction que tout le -monde connaît, célébrer les grandeurs du Cœur de Jésus, et la fidélité de son humble apôtre à sa douce mais difficile mission.
Le samedi soir, ce fut le tour du Révérend Père Souailiard appelé à faire le panégyrique de notre Bienheureuse,
CALSi: I>E nÉATIFICAJION KT I)K CANONISATION 17.'^
avec cette voix et ces accents aimés du peuple, et qui savent so faire entendre et goûter dans les plus augustes assemblées.
Les otlices du dimanche furent présidés par Son Eminence le cardinal Mathieu, archevêque de Besançon. A la messe pontificale, célébrée par ce prince de la sainte Eglise, M. Bougaud, vicaire général d'Orléans, fît à son tour l'éloge de la sainteté et de la mission de Marguerite-Marie, avec cette àme et cette distinction qu'on lui connaît. Ce jour-là la ville était comble de pieux pèlerins attirés de toute part. On voyait échelonnées sur les routes, hors de la ville, et à une très grande distance, plus de seize cents voitures d'un coté, et à l'autre extrémité plus de trois mille. Et quand, à la procession qui devait nous rendre notre Bienheureuse, sa châsse fut placée au milieu de son illustre et brillant cortège sur l'estrade préparée, et que Mgr de Marguerye prit la parole avec un saint et légitime enthousiasme, il avait devant lui un auditoire d'au moins trente-cinq mille personnes. Cette première station fut suivie d'une seconde dans la chapelle de l'hospice, dont l'origine remonte à la Bienheureuse. Là le clergé seul ayant pu pénétrer, c'est à llui que Son Eminence adressa quelques paroles pleines [d'onction et de charité. La Bienheureuse reprit enfin possession de sa propre maison ; sa châsse demeura encore lexposée à la vénération publique. Quand la nuit fut venue, [toute la ville fut illuminée et un brillant feu d'artifice fit admirer à tous dans la pièce principale, et acclamer par toutes les voix le doux nom de Marguerite.
Nous ne donnons ici qu'un froid procès-verbal ; notre [plan ne pouvait comporter un récit détaillé. Nous ne parlerons pas davantage du concours et des exercices qui se continuèrent toute la semaine. Chaque jour il arrivait pro- Icessionnellement deux ou trois paroisses du voisinage. Elles entendaient la sainte Messe dans notre chapelle, qui leui^ [était alors réservée, étaient évangélisées par le Révérend
Père Deslée, Jésuite belge, et s'en retournaient pleines de joie et d'édification.
Chaque soir la voix du Révérend Père Corail tenait sous le charme de son éloquence un nombreux auditoire, pendant plus d'une heure.