QUELQUES VISITEURS ILLUSTRES A SON T031BEAU
La sépulture de la Bienheureuse se fit le mercredi 18 octobre 1690, lendemain de sa mort. Suivant les prescriptions en vigueur, de la chaux en poudre avait été répandue sur le corps, avant de l'inhumer dans le caveau du monastère, creusé, selon la coutume du temps, sous le chœur des religieuses. Là, de chaque côté, dans l'épaisseur des murailles, des cases étaient ménagées pour recevoir les cercueils, par rang de décès. Chaque case était successivement fermée par une large pierre, portant le nom de la défunte. Quand tous ces loculi étaient occupés, afin de refaire de la place, on ouvrait la plus ancienne case, d'où on retirait les ossements et restes funéraires que l'on transportait dans l'ossuaire commun, à l'entrée du caveau.
LA VISITATION DK PAUAV 1 87
Vers 1703, lorsqu'il fallut,;» son tour, rolover le cercueil de la Bienheureuse de la case où il avait primitivement été déposé, on se garda bien de rien jeter, dans cet ossuaire commun, des restes mortels de la Servante de Dieu.
Déjà, sa renommée de sainteté faisait prévoir qu'ils seraient un jour élevés aux honneurs des autels. On recueillit pieusement les débris de chair et de vêtement mêlés à la chaux et on commença, dès cette époque, à distribuer aux lidèles ces véritables reliques, sous le titre de : Cendres de la Vénérable Marguerite-Marie Alacoque '. Quant à ses ossements, ainsi dégagés de toute la poussière de chaux répandue sur le corps au moment de l'inhumation, ils furent réunis dans une modeste châsse de chêne vitrée, qu'on plaça sur une petite table proche de la case d'où on venait de les extraire.
Plus d'une fois, entre 1690 et la grande Révolution, ce caveau reçut d'illustres visiteurs ecclésiastiques, qui appréciaient hautement la faveur d'y pénétrer. Nommons les principaux.
Durant ses résidences à Paray, le Cardinal de Bouillon honorait la Communauté de ses bontés. Dans sa circulaire du 22 novembre 1701, la Mère Marie-Clotilde de Chaulnes raconte une entrée de Son Altesse Eminentissime dans la clôture et comment le Prince-Cardinal « voulut descendre dans notre sépulture, où il pria à genoux ; et en sortant, il dit qu'il croyait être dans les catacombes où reposaient les corps de plusieurs saintes âmes ».
1. Cette coutume se continua. Dans une lettre particulière, adressée en 1769 à la Mère Marie-Céleste Leroy, supérieure de la Visitation de Nantes, par la Mère Françoise-Madeleine Lullier, supérieure de celle de Paray, nous lisons ce passage relatif à la Vénérable Sœur Alacoque : « Le recours que l'on a à ses intercessions est très fréquent et augmente la peine de nos sœurs portières, tant pour faire toucher des linges à ses reliques que pour faire la distiihution de petits pains, composés des cendres de son tombeau, que l'on ramassa soigneusement à cet effet, lorsque l'on releva son précieux corps. Le reste de ses reliques n'aurait pu sullirc pour contenter la dévotion du public. ))
Le 24 juin 1752, c'était Mgr Malvin de Montazet, évêque d'Autun, qui, faisant la visite canonique du monastère, accomplissait, avec ceux de sa suite, son pèlerinage à la sépulture. « Après qu'il eut satisfait sa dévotion envers cette fidèle Amante du Sacré-Cœur, il voulut ouvrir la châsse de ses reliques, qui est faite d'un bois très simple, mais pourtant très propre. Elle est couverte par le haut de deux grands verres^ par le moyen desquels on voit distinctement ce qu'elle renferme de précieux. Ayant ouvert ladite châsse, il l'examina à loisir avec une respectueuse attention, puis l'ayant refermée, il en remit la clef à notre très honorée Mère, en la congratulant du bonheur que nous avions d'être les dépositaires de ces précieux restes ; ajoutant qu'il espérait qu'un jour cette fidèle Amante du sacré Cœur de Jésus serait vénérée publiquement ; que s'il pouvait contribuer à lui accélérer cet honneur, il s'y emploierait avec ardeur^. »
En 1760, un (( grand dévot du sacré Cœur », Monsieur l'abbé de Courtavel, vicaire général du diocèse de Blois, venait exprès de quatre-vingts lieues pour vénérer les reliques de notre sainte Sœur Alacoque, « et pour satisfaire sa dévotion, il a fait une retraite de neuf jours, pendant lesquels il passait, règlement, chaque jour sept heures en prières dans notre église - ».
En 1784, c'est Mgr Azanis de Gaude, évêque de Vences, qui passait par Paray. « Pour satisfaire à sa dévotion envers l'Amante du divin Cœur de Jésus, il entra chez nous. Nous le conduisîmes sur le tombeau de notre Vénérable Sœur Alacoque, où, à genoux auprès de ses cendres, il y fit une assez longue prière, avec un air pénétré de dévotion et vénération pour elle 'K »
Enfin, les Annales du monastère signalent, en 1786, la double visite de deux vicaires généraux d'Autun, M. l'abbé