L'HEURE SAINTE
L'Heure Sainte est un exercice d'oraison mentale ou de prières vocales, qui a pour objet l'agonie de Notre-Seigneur
1. I.e lecteur aimera certainement à savoir ce ({ue devinrent les ossements du Père de La Golombière, rapportée au monastère avec ceux de Marguerite-Marie. La Visitation les conserva jusqu'en 1829, époque à laquelle, selon la promesse faite, elle les rendit fidèlement aux Pères de la Compagnie de Jésus, qui venaient de rouvrir une maison à Parny. Dispersés de nouveau par la Révolution de 1830, un
^04 VIE ET ŒUVRES DE 3IARGUERITE-3rARIE ALACOQUE
•au Jardin des Oliviers, en vue d'apaiser la colère divine, •de demander miséricorde pour les pécheurs et de consoler le Sauveur pendant une heure.
C'est Notre-Seigneur lui-même qui prescrivit cet exercice à la Bienheureuse Marg-uerite-Marie Alacoque, ainsi qu'elle le rapporte dans sa Vie écrite par elle-même :
« Une fois, entre les autres, que le saint Sacrement était -exposé, écrit la Bienheureuse, après m'être sentie retirée toute au dedans de moi-même, par un recueillement extraordinaire de tous mes sens et puissances, Jésus-Christ, mon doux Maître, se présenta à moi, tout éclatant de gloire, avec ses cinq plaies, brillantes comme cinq soleils, et de cette sacrée humanité sortaient des flammes de toutes parts, mais surtout de son adorable poitrine, qui ressemblait [à] une fournaise, et, s'étant ouverte, me découvrit son tout aimant et tout aimable Cœur, qui était la vive source de ces flammes. Ce fut alors qu'il me découvrit les merveilles inexplicables de son pur amour et jusqu'à quel excès il l'avait porté d'aimer les hommes, dont il ne recevait que des ingratitudes et méconnaissances : « Ce qui m'est beau- « coup plus sensible, me dit-il, que tout ce que j'ai souffert « en ma Passion ; d'autant que s'ils me rendaient quelques « retours d'amour, j'estimerais peu tout ce que j'ai fait pour « eux, et voudrais, s'il se pouvait, en faire encore davan- « tage. Mais ils n'ont que des froideurs et du rebut pour (( tous mes empressements à leur faire du bien. Mais, du « moins, donne-moi ce plaisir de suppléer à leur ingratitude i( autant que tu en pourras être capable. » Et, lui remontrant mon impuissance, il me répondit : « Tiens, voilà de « quoi suppléer à tout ce qui te manque. » Et en même
•des leurs — le Père Debrosse — y demeura toutefois jusqu'en 1833. A son départ, il rapporta les précieux ossements à la Visitation, qui eut le bonheur de les g-arder jusqu'au 14 mai 1877, date à laquelle le monastère les remit définitivement aux Révérends Pères Jésuites, rétablis à Paray depuis quelque temps.
I,\ VISITATION DE PARAV 20l>
temps, ce divin Canir s'étanl ouvert, il en sortit une llamnie si ardente, (jue je pensai en être consommée ; car j en fus toute pénétrée et ne pouvais plus la soutenir^ lorscjue je lui demandai d'avoir pitié de ma faiblesse : « Je- « serai ta force, me dit-il, ne crains rien, mais sois atten- « tive à ma voix et à ce que je te demande pour te disposer u à Taccomplissement de mes desseins. Premièrement, tu « me recevras dans le saint Sacrement autant que 1 obéisu sance te le voudra permettre, quelque mortification et u humiliation qui t'en doivent arriver, lesquelles tu dois. « recevoir comme des g'ages de mon amour. Tu communieu ras, de plus, tous les premiers vendredis de chaque « mois; et toutes les nuits du jeudi au vendredi, je te ferai u participer à cette mortelle tristesse que j'ai bien voulu « sentir au Jardin des Olives, et laquelle tristesse te « réduira, sans que tu la puisses comprendre, à une espèce « d'agonie plus rude à supporter que la mort. Et pour u m'accompagner dans cette humble prière que je présen- « tai alors à mon Père, parmi toutes mes angoisses, tu te « lèveras entre onze heures et minuit, pour te prosterner « pendant une heure avec moi, la face contre terre, tant (( pour apaiser la divine colère, en demandant miséricorde « pour les pécheurs, que pour adoucir en quelque façon « l'amertume que je sentais de l'abandon de mes apôtres, « qui m'obligea à leur reprocher qu'il n'avaient pu veiller (' une heure avec moi ; et, pendant cette heure, tu feras ce « que je t'enseignerai K »
La Bienheureuse eut d'abord quelque peine à faire admettre cette pratique par ses supérieures. La Mère Greyfîé^ dans son Mémoire de 1690, adressé à sœur Marie-Madeleinedes Escures, s'en explique avec une admirable simplicité :
« Je ne sais si votre Charité a su qu'elle avait en usage,
1. Cf. t. 11, Autohioyraphie, i\°^ 5;J-;>7. Cette communication de Notre-Seigneurà sa Servante se rapporte à l'année 1674, sous le gouvernement de la Mère de Saumaise.
dès devant queje fusse chez vous, de faire une heure d'oraison, la nuit du jeudi au vendredi, qu'elle commençait au sortir de matines jusqu'à 11 heures, étant prosternée le visage contre terre, les bras en croix. Je lui fis changer cette posture, pour les temps seulement que ses maux étaient plus grands et prendre celle d'être à genoux, les mains jointes ou les bras croisés sur la poitrine. J'avais voulu même la lui ôter tout à fait. Elle obéit à l'ordre que je lui en donnai, mais souvent, pendant cet intervalle d'interruption, elle venait à moi toute craintive, in'exposer qu'il lui semblait que Notre-Seigneur me savait mauvais gré de ce retranchement et qu'elle craignait qu'il ne se satisfit làdessus de quelque manière qui me serait fâcheuse et sensible. Je n'en démordis pas encore, mais voyant ma sœur Quarré mourir assez promptement d'un flux de sang, dont personne dans le monastère ne fut malade qu'elle, et quelques autres circonstances qui accompagnèrent la perte d'un si bon sujet, je rendis vite l'heure d'oraison à notre précieuse défunte, la pensée me poursuivant fortement que c'était là la punition dont elle m'avait menacée de la part de Notre-Seigneur'. »
C'était au mois d'octobre 1678 que la Mère Greyfîé avait été contrainte de la sorte à rendre la pratique de Y Heure Sainte à Marguerite-Marie. A partir de ce moment, elle la fît tous les jeudis soirs jusqu'à sa mort.
Nous ne pouvons douter que les sœurs de la Visitation n'aient recueilli avec un pieux empressement cet héritage.
Voici quelques faits et quelques dates qui préciseront l'organisation de VHeure Sainte en Confrérie, puis son érection en ArcJiiconfrérie :
En 1828, les PP. de la Compagnie de Jésus étaient venus rétablir à Paray la résidence qu'ils y avaient avant la Révolution. Le P. Robert Debrosse, supérieur de la nou-
J. Cf. t. I'"-, Écrits de la Mère Greyfié, n" 13.
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vello maison, j)rati4ua (.rahoril lui-nu'inc Y Heure Sainte avec de très «jurandes consolations spirituelles, puis vers le niiliou do l'année 1829 il commença à «grouper quelques hommes en confrérie.
Après avoir obtenu l'approbation de M<^r d'IIéricourt, évèque d'Autun, le P. Debrosse adressa une sup[)lique au S. Pontife Pie \'1I1, exposant qu'une confrérie avait été érigée canoni(juement dans la chapelle ou oratoire de la résidence de Paray, que les membres de cette confrérie se réunissaient plusieurs fois dans Tannée, dans ladite chapelle, pour vaquer vers le milieu de la nuit à un exercice de piété que l'on nomme Heure Sainte, et qu'ils avaient Pintention de continuer à le faire. Le suppliant demandait que pour exciter le zèle et accroître le nombre des confrères, le S. Pontife ouvrît le trésor des indulg-ences.
Par bref du 22 décembre 1829, le S. Pontife Pie Vlll accorda à tous ceux qui étaient alors inscrits ou se feraient inscrire plus tard, dans la confrérie, une indulg^ence plénière à gagner, aux conditions accoutumées, chaque fois qu'ils feraient le pieux exercice de V Heure Sainte. Ce bref reçut le visa de Mgr d'Héricourt, le 9 janvier 1830.
Par un second bref du 28 mai 1830, à la demande de Mgr d'Héricourt, le S. Pontife Pie VIII étendit le bénéfice de l'indulgence plénière, qui ne s'appliquait encore qu'aux hommes, et qui ne pouvait se gagner que dans la chapelle des PP. Jésuites, à tous les fidèles de l'un et de l'autre sexe du diocèse d'Autun, avec la faculté de faire les exercices de V Heure Sainte dans une église, chapelle ou oratoire quelconque, et même dans les maisons particulières de tout le diocèse.
L'année suivante, 27 juillet 1831, Grégoire XVI permit à tous les fidèles, de quelque diocèse qu'ils fussent, de participer aux indulgences de V Heure Sainte, pourvu qu'ils se fissent inscrire sur le registre de la confrérie, conservé alors au monastère de la Visitation de Parav-le-Monial.
Par un rescrit du 23 février 1832, Grégoire XVI, à la requête de l'Eminentissime cardinal de Rohan, autorisa les confrères de V Heure Sainte à faire, à volonté, le jeudi ou le vendredi, la communion prescrite pour gagner l'indulgence.
Un bref du 12 décembre 1836 permit de remplir les exercices de V Heure Sainte depuis l'heure où l'on peut réciter l'office des matines, c'est-à-dire à partir du moment qui est à égale distance entre midi et le coucher du soleil ; dans les grands jours de l'été on ne peut commencer matines qu'à quatre heures, au mois de décembre il est permis de les réciter à deux heures.
Le 28 décembre de la même année, Mgr d'Héricourt approuva dans leur ensemble les statuts de V Heure Sainte,
Par un bref du 12 juin 1843, le S. Pontife déclara que les indulgences de V Heure Sainte étaient applicables aux âmes du purgatoire.
Enfin, S. S. Pie IX, par bref du (9 octobre 1866, a autorisé, pour les Communautés, l'inscription collective au lieu de rinscription nominale, difficile à cause des changements qui [surviennent fréquemment dans les Communautés ; en sorte que tous les membres des Communautés inscrites au registre de VHeure Sainte peuvent, tant qu'ils font partie des susdites Communautés, se regarder comme agrégés personnellement, et par suite, gagner les indulgences attachées à cette pieuse pratique ^
La Confrérie était très florissante, les inscriptions remplissaient trois gros volumes, lorsqu'on sollicita du Saint- Siège l'élévation de ladite Confrérie en Archiconfrérie. Le Pape Léon XIII agréa la supplique et donna le Bref suivant :
1. Chaque membre de la communauté agrégée ne gagne l'indulgence que le jour où il fait personnellement VHeure Sainte.
LKOX XIII, VWE
Pour la future nuMuoire de la chose. Selon l'usage des Pontifes romains, Nos prédécesseurs, Nous avons coutume d'orner et d'enrichir d'honneurs et de privilèges particuliers les pieuses associations instituées pour exercer les œuvres de piété. Or comme Nos chers fils les membres de la pieuse Confrérie, appelée de Y Heure Sainte, — car ils ont coutume de veiller et de prier une heure entière devant le très saint Sacrement de l'Eucharistie aux jours fixés, — érigée canoniquement dans la chapelle publique des religieuses de la Visitation, à Paray, au diocèse d'Autun, ont pris soin de Nous exposer leur très vif désir que Nous lui ajoutions, dans Notre indulgence, le titre et les privilèges d'Archiconfrérie, Nous avons été d'avis de déférer de grand cœur à ces prières. Puisqu'il en est ainsi, voulant envelopper de Notre particulière bienveillance tous et chacun de ceux en faveur desquels Nous donnons ces lettres, après les avoir, par Notre autorité apostolique, et à cette fin seulement.
LEO PP. XIII
Ad fuluram rei memoriam. De more Romanorum Pontilicura Praedecessorum Xostrorum pias Sodalitates ad pietalis opéra exercenda institulas, peculiaribus honoribus ac privileg^iis exornare et ditare Solemus. Jamvero cum dilecti filii Sodales piae Confraternitatis, quae ab Ilora Sancta appellatur, inlcg^ram enim horam ante Sanctissimum Eucharistiae Sacramenlum, stalis diebus vig^ilantes et crantes terere ipsi soient, Paredi in Sacellopublico Sanctimonialium a Visitationein Dioecesi Augustodunensi canonice erectae, Xobis exponendcni curaverinl, sibi in votis admodum esse ut eamdem Archisodalilalis tilulo privilegiisque de Xostra indulg^entia augeamus, Xos precibus huiusmodi libenti animo annuendum censuimus. Quae cum ita sint omnes et singulos, quibus Xostrae hae litterae favent, pcculiari bene-
Marguerite-Marie Alacoque. — III. 41
absous et déclarés absous de toute excommunication, de tout interdit et de toutes autres sentences, censures et peines ecclésiastiques, portées de n'importe quelle manière et pour n'importe quelle cause, si par hasard ils les avaient encourues, par la teneur des présentes, Nous ério^eons et instituons à perpétuité ladite Confrérie de Y Heure Sainte en Archiconfrérie, avec les privilèges accoutumés. Par la même autorité et la force de Nos présentes lettres. Nous concédons de même et accordons à perpétuité aux officiers et confrères présents et futurs de l'Archiconfrérie ainsi érigée la faculté et le légitime pouvoir, — à condition toutefois qu'ils observent la forme prescrite par le Pape Clément VIII, Notre Prédécesseur, et les autres règlements apostoliques concernant ces matières, — d'affilier toutes les confréries du même nom et objet existant tant en France qu'en Belgique, et de leur communiquer toutes et chacune des indulgences, remises de péchés et de pénitences accordées par le Siège Apostolique à la Confrérie ainsi érigée par Nous en Archiconfrérie et communicables aux autres. Nous
volentia complecti volentes et a quibusvis excommunicalionis et interdicti aliisque ecclesiasticis sententiis, censuris et poenis quovis modo vel quavis de causa latis si quas forte incurrerinl, huius tantum rei gratia absolvantes et absolutos fore censentes, auctoritate Nostra Apostolica teiiore praesentium, memoratam Sodalitatem ab Hora Sancta^ in Archiconfraternilatem cum solitis privilegiis perpetuum in modum erigimus atque instituimus, Archisodalitatis autem sic erectae Officialibus et Confralribiis praeseiitibus et futuris ut ipsi alias quascumqae Sodalitates eiusdem nominis atque insLituti tum in Gallia tum in Belg-io existen. Servatis tamen forma Constitutionis démentis P. P. VIII, Praedecessoris Nostri, aliisque Apostolicis Ordinationibus desuper editis aggregare, illisqueomnes et singulas indulgentias, peccatorum remissiones ac poenitentiarum relaxationes ipsi Sodalitati sic in Archisodalitatem a. Nobis erectae, a Sede Aposlolica concessas et aliis communicabiles communicare licite possint ac valeant eadem auctoritate Nostra harum lilterarum vi
1 \ VISITATION ni: PARAV
décrétons ijne les présentes lettres soient et demeurent fermes, valides eteiFicaces, qu'elles produisent et obtiennent leur plein etTet, qu'elles profitent pleinement en tout, à ceux qu'elles concernent et pourront concerner; (ju'il doive être ainsi jugée et défini par tous juij^es, ordinaires ou délégués, et tenu pour nul et vain tout ce que tenterait en sens contraire sur ces matières, sciemment ou par ignorance, n'importe qui. quelle que soit son autorité. Nonobstant les Constitutions et règlements Apostoliques ou les statuts, coutumes et toutes autres choses contraires, munies 'même du serment, delà confirmation apostolique ou de n'importe quelle garantie.
Donné à Rome, auprès de Saint-Pierre, sous l'anneau du Pêcheur, le 6 avril 1886, de Notre Pontificat, l'an neuf.
Place du sceau .
Place du sceau de révêque d'Auiun
M. Gard. Ledociioswki.
Vu, et en tant que cela nous appartient ordonné de mettre à exécution.
-j- Adolphe-Louis, Ev, d'Autun, Ghalon et Mâcon.
L'Archiconfrérie de V Heure Sainte^ telle qu'elle avait été constituée par le Pape Léon XIII, n'était autorisée à s'afïi-
perpetuo idem concedimus atque elarg-imur. Decernentes praesentes litteras firmas, validas et efficaces existere et fore suosque plenarios et integros effectus sortiri et oblinere iisque ad quos spectat et spectare poterit in omnibus plcnissime sullVagari, sicque per quoscumque iudices ordinarios et delegatos iudicari et definiri debere, atque irritum et inane si secus super his a quofjuam quavis auctoritatc scienter vcl igrioranter conti^'^erit attentari. Non obstantibus Constitutionibus et Ordinationiijus Aposlolicis ahisve quibusvis etiam iuramenlo, confirmationc Apostobca vel quavis firmitate aHa roboratis statutis et consuetudinibus ceterisque contrariis quibuscumque.
lier des Confréries qu'en France et en Belgique. Sa Sainteté Pie X, par un nouveau Bref, l'autorisa à faire des affiliations dans le monde entier.