Annales manuscrites du Monastère, t. III, p
Le général de Charette mourut le 9 octobre 1911.
On sait qu'il ne se séparait jamais de son cher drapeau. Après samort, l'étendard fut remis à l'église de Loigny-Ia-Bataille et fixé dans. une sorte de reliquaire-ostensoir, placé entre les deux tombeaux du général de Sonis et du général de Charette.
ment propagée dans l'Eglise universelle. Et ainsi, se perpétue de jour en jour cet échange — ou plutôt cet accord admirable — entre le Sauveur et son humble Apôtre : plus elle le manifeste et plus elle attire vers Lui, plus à son tour, le Cœur de Jésus prend soin d'exalter sa Bienheureuse Servante ; car tous ceux qui viennent s'agenouiller devant l'autel des apparitions et prier sur le tombeau de Marguetite-Marie emportent au loin les parfums de cette fleur du ciel.
Mais comment retracer ici, en quelques simples coups de pinceau, les plus saisissants tableaux de ce que nous pourrions appeler Vâge d'or des pèlerinages'^
On sait de quelle source jaillit cet élan qui, tout d'un coup, entraîna les âmes vers Paray et le Cœur de Notre- Seigneur Jésus-Christ.
La France était vaincue — mais surtout la France avait péché. Se sentant coupable, son sens chrétien lui fit comprendre qu'il n'y avait plus pour elle qu'un moyen de salut et de relèvement moral : s'humilier devant son Dieu et racheter par l'amour et le repentir ses fautes ancien aes et récentes. Ce fut donc comme nation pénitente que la France vint au Cœur de Jésus. N'était-ce pas comme telle qu'elle venait de concevoir le projet d'élever un temple magnifique à ce Cœur divin sur les hauteurs de Montmartre ? Par cet acte national, la France avait signé sa réponse sincère — quoique tardive — au message confié pour elle, à la Bienheureuse, en 1689, alors que le Cœur sacré de Jésus demandait positivement qu'un édifice fût consacré à son honneur. Mais revenons aux grands pèlerinages de Paray. On était en l'an de grâce 1873. Sa Sainteté Pie IX, le Pape de la Béatification, occupait encore glorieusement le Siège de saint Pierre à Rome, et Mgr de Léséleuc de Kerouara était évêque d'Autun. Vu les circonstances exceptionnelles où l'on se trouvait et pour favoriser le développement de ces imposantes manifestations religieuses,
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(les privilèges absolument exlraordinaires furent accordés aux pèlerins pendant le mois de juin et le commencement de juillet de cette mémorable année 1873. Une fois le jour, à heure fixe, la grande porte de clôture s'ouvrait pour donner passage aux processions à travers notre enclos et permettre à des multitudes de fidèles, accourus de tous les points de l'horizon, de vénérer les lieux plus spécialement sanctifiés de cette nouvelle Terre Sninte, La même faveur fut étendue aux pèlerins anglais, réunis à Paray le i septembre 1873. Seule, la pensée de la gloire de Dieu put nous faire incliner devantcette décision, qui semblait si contraire à l'intégrité de notre sainte clôture. Au reste, les plus sages mesures furent prises pour sauvegarder le recueillement du dedans. Bien entendu, la Communauté restait étrangère à ces scènes extérieures, et cet humble monastère, autour duquel se déroulait un véritable flot humain, demeurait plus que jamais fermé à tous les regards. Mais, pas plus que les pèlerins eux-mêmes, nous ne pouvions nous soustraire à l'atmosphère bénie qui nous enveloppait : c'était comme un composé de miséricorde, d'amour et d'enthou- ; siasme, en un mot, quelque chose qui n'était pas de la terre. 11 y eut surtout des jours d'une incomparable beauté — des dates qui peuvent et qui doivent faire époque dans l'histoire religieuse de la France. Entre autres, le vendredi 20 juin, fête du sacré Cœur, choisi pour le pèlerinage national, jour auquel la France entière, représentée à Paray dans la personne de ses plus nobles enfants, ne se lassait pas de redire au Cœur de son Dieu : 0 Jésus ? vous serez à Jamais notre Roi!., lançant à tous les échos du ciel ce refrain, devenu comme le mot d'ordre des pèlerins du sacré Cœur :
Dieu de clémence,
0 Dieu vainqueur, Sauvez Rome et la France Au nom du sacré Cœur!
Le général de Sonis, le général de Gharette et ses zouaves étaient présents. Entourant leur immortel drapeau, ils eurent une réunion spéciale et une messe de communion générale dans notre sanctuaire, où le cher étendard resta toute la journée déployé aux pieds delà Bienheureuse, paré de ses glorieuses déchirures et du sang des nobles victimes, suscitant les plus vives émotions parmi les pèlerins. Il en fut de même pour les bannières voilées de crêpe de l'Alsace et de la Lorraine.
Puis, le 29 juin^, cinquante députés de l'Assemblée nationale, venus en leur nom et au nom de cent cinquante de leurs collègues, déposaient leur significative bannière dans notre sanctuaire, témoin ému de leur virile piété.
Chants^ prières, larmes, amendes honorables, tout se succède ou plutôt s'entremêle sans interruption, caria nuit même ne met pas de limites à la ferveur croissante des pèlerins. Dès minuit, les prêtres montent au saint autel et les fidèles se pressent à la sainte table. Riches et pauvres, grands et petits, tous sont confondus dans une même communion. Des messes se célèbrent en plein air; l'éloquence des orateurs est comme électrisée par de si émouvants spectacles ; la ville entière de Paray est en fête : elle ressemble à une vaste église dans laquelle se meut tout un peuple de frèret». Oui, de frères, parce que tous ceux qui se rencontrent sur cette terre privilégiée fraternisent de pensées et de sentiments. La Belgique, la Hollande et l'Angleterre vinrent à leur tour puiser avec joie aux sources du Sauveur, dans le sanctuaire des divines révélations. Userait plus juste de dire que, durant cette première année des pèlerinages, toutes les nations de l'Europe, et même d'autres encore plus reculées, furent, d'une manière ou d'une autre, représentées devant l'autel des apparitions. Les années qui suivirent, le même mouvement d'attraction vers le sacré Cœur se renouvela. 1875, amenant le second centenaire de la célèbre et décisive révélation du mois de juin
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l()7o. les pèlerinages de cette année-là rivalisèrent d'élan et d'enthousiasme avec ceux de 1873, à l'exception cependant, (jue, comme déjà en 1874, les processions ne pénétrèrent plus dans notre enclos.
Depuis ces superbes fêtes, on pourrait dire (pie la piété catholique est sans cesse en faction d'honneur devant le sacré C.œur et la chasse de la Bienheureuse dans notre sanctuaire. Tous les ranij^s de la hiérarchie sacrée se succèdent et se rencontrent parfois dans ces lieux bénis : cardinaux, archevêques, évêques, abbés mitres, religieux, missionnaires, prêtres dévoués aux ministères les plus divers — quelle magnifique couronne ! et elle va toujours s'élargissant !
Il y eut des années plus particulièrement remarquables par 1 importance des pèlerinages. Pour n'en citer qu'un, mentionnons celui du 30 juin 1901, qui groupait à Parayle-Monial, autour du sacré Cœur, une vaillante légion de viufjt mille hommes de France. Que ce fut beau de les entendre l'acclamer et jeter vers le ciel ce cri plein d'espérance et d'amour : « // régnera ! ... Il régnera ! ... »
Pour qui examine de près les bannières et les drapeaux qui tapissent les murailles de notre petite église, les ex-voto <{ui la décorent, il y a là une étude très intéressante à faire sur l'universalité de la dévotion au sacré Cœur, dans l'amour duquel on voit s'unir : la France, la Belgique, la Russie, l'Angleterre, l'Ecosse, le Canada, l'Irlande, la Pologne, l'Espagne, le Portugal, les Etats-Unis d'Amérique, le Mexique, le Brésil, le Chili, l'Equateur, la Chine, etc., etc.
Lorsque, pour la première fois, ces précieux étendards furent déposés dans notre chapelle, ils étaient éclatants de fraicheur. Ils s'y sont usés comme une prière muette mais constante. Plusieurs de ces bannières ont été renouvelées, au nom des mômes pays, tandis que d'autres oriflammes ou drapeaux sont venus, de régions nouvelles, prendre la place
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de ceux qui ne pouvaient plus servir. Et tous ces pacifiques trophées, plus récents ou plus anciens, semblent être là comme un mystérieux arc-en-ciel, redisant à tous que le Seig^neur a fait alliance avec ses peuples et qu'il leur a donné son Cœur par la -France ! Bien éloquemment aussi le publient les cinquante lampes qui se consument nuit et jour devant Fautel des Apparitions ^ L'Angleterre, l'Irlande, la Hollande, l'Italie, l'Amérique ont, chacune, leur lampe spéciale. Cette dernière, qui s'appelle La Suppliante^ brûle pour obtenir la conversion du Nouveau-Monde. La lampe d'Israël^ qui est proprement la lampe du sanctuaire ou du saint Sacrement, est un symbolique travail d'orfèvrerie et brûle depuis le 17 octobre 1882, pour obtenir la conversion du peuple juif. Elle fut solennellement offerte, bénite et allumée en ce jour par les deux abbés Lémann, ces deux célèbres frères Israélites convertis.
Des milliers et milliers de cœurs ex-voto ont été apportés par les pèlerins, on en a orné d'une bordure tous les arceaux de la voûte, et inscrit ces mots sur la grille des religieuses :
Gloire, amour, réparation Au sacré Cœur de Jésus !
Honneur à Marguerite-Marie !