LA MÈRE MARGUERITE-HIÉRONYME HERSANT
« Notre chère sœur Marguerite-Hiéronyme, disent les (( anciens Mémoires, était une âme fort avantagée de nature
1. Notice extraite d'une Circulaire du premier monastère de Paris, sig-née par la Mère Louise-Eugénie de Fontaines, sous la date du 7 avril 1679.
« et de grâce, Dieu l'avaiil prévenue es bénédictions de sa i< douceur dès sa tendre enfance. Cette petite prédestinée « avait, dès ce jeune Age, tant d'éloignement pour les engau gements du siècle et tant d'amour pour la pureté, qu'elle u lit vœu de chasteté. (^)uel(jues années après, madame sa '< mère, qui ne la destinait pas au cloître, lui proposa un « mariage et la pressa de telle sorte d'accepter ce parti V qu'elle fut contrainte de lui déclarer le vœu qu'elle avait <' fait, duquel elle lui dit qu'elle l'en feraitbien décharger par <« Monsieur le grand pénitencier. Mais elle n'y trouva pas « tant de facilité qu'elle se promettait, voulant avoir, avant « toutes choses, le consentement de sa chère fille, qui lui « dit que bien loin de demander d'être déchargée, qu'elle <( faisait ce vœu de nouveau si déjà elle ne l'avait fait et « réitéré, et qu'ainsi, cela serait inutile, étant bien résolue <* de suivre l'attrait de la grâce qui l'appelait à se consa- « crer à Dieu dans la religion. »
Elle entra au premier monastère de Paris à l'âge de vingt-trois ans. « C'était une épouse que Dieu s'était façon- « née de sa main, de sorte qu'elle nous parut dès son « entrée une vraie règle vivante, déjà consommée dans les « vertus religieuses. Mais entre celles qui excellaient en « elle la mortification et la simplicité à l'obéissance « tenaient le premier rang, les faisant toutes à l'aveugle, « sans aucun raisonnement, jusque là que, comprenant « quelquefois les choses autrement que l'on ne lui disait, « elle- faisait des simplicités qui donnaient matière de « récréation et encore plus d'édification, ne pouvant com- « prendre qu'un esprit excellent tel qu'était le sien et « aussi pénétrant qu'elle l'avait ne faisait pas des discerne- « ments que des esprits médiocres auraient fait aisément « — ce qui ne pouvait venir que de la très haute estime <' qu'elle avait de ce volontaire aveuglement qui absorbait « en elle tous ses raisonnements. )>
Elle ét'iit encore au noviciat que la très honorée Mère
Hélène-Ang-élique Lhuillier la choisit pour être une des pierres vivantes de la fondation du monastère de Saint- Denys où, durant vingt-deux ans, elle fut employée successivement dans toutes les charges, à l'exception de celle de supérieure. Elle fut alors désignée pour aller remplir les délicates fonctions de directrice dans la maison de la Madeleine, dont le premier monastère de Paris avait accepté le gouvernement. Pendant six ans, elle déploya un zèle non pareil pour le salut de plus de quatre-vingts filles repenties placées sous sa conduite. Mais tandis qu'elle travaillait ainsi à la sanctification d'autrui, elle faisait ellemême les plus admirables progrès dans toutes les vertus religieuses.
Ce fut en 1666 que la Mère Marguerite-Hiéronyme fut accordée au monastère de Paray pour supérieure. Voici en quels termes la Communauté d'alors rendait témoignage au mérite de cette vénérée Mère : « Dieu a été très libéral « à l'endroit de cette précieuse défunte, lui ayant donné (( un grand esprit, un solide jugement, une riche mémoire, « beaucoup d'adresse, car elle était ingénieuse au possible, (( ce qu'elle fît paraître particulièrement à la célébrité de « la canonisation de notre saint Fondateur, pour laquelle « nous l'attendions. Il s'y trouva plusieurs personnes de « qualité et d'intelligence qui avaient vu les raretés des « grandes villes, qui ne laissèrent pas d'être également (( surpris et charmés de l'appareil de notre solennité, du « bel ordre qui y fut gardé et des embellissements qu'elle (( avait procurés tant de notre monastère de Paris que de (( Messieurs ses parents. Ces qualités naturelles parurent (( avec d'autant plus d'éclat qu'elles étaient accompagnées « de solides vertus, particulièrement d'une très profonde (( humilité et très bas sentiments d'elle-même, qui parais- « saient en ses paroles et actions d'anéantissement, ayant « autant de peine à souffrir les paroles de louange qu'elle « prenait dé plaisir à être désapprouvée, ce qu'elle recevait
« avt'o une débonnaireté charmante, bien que dans des « occasions très sensibles. Surtout, il se fallait bien garder u de parler de queUjues manquements à son é«:^ard : c'est ce « qu'elle ne pouvait supporter, faisant sa joie des occasions « les plus humiliantes et mortifiantes. C'était une âme toute <( ardente de l'amour de Dieu.
u Elle avait un si puissant attrait au saint recueillement n c[u'ello nous paraissait souvent comme tout absorbée en .* Dieu, ce qui la faisait oublier de ce qui la concernait. ■(1 Celui qui paraissait à l'extérieur, même dans les plus u o^randes occupations de sa charge, nous faisait juger de <i l'intérieur et croire qu'elle était intimement unie à ce <( souverain bien et qu'elle ne perdait guère sa présence.
« Cette unique Mère s'était acquis par ses bontés un <( entier empire sur nos cœurs et en possédait la confiance « totale ; ce qui nous avait si fortement attachées à Sa Cha- « rite que nous ne pouvons exprimer la douleur que nous « ressentîmes à sa séparation : il semblait que Ton nous « arrachait l'âme du corps, tant notre désolation était «■ extrême. Nous n'en parlons qu'en la nommant une sainte « et, comme telle, chacun se sent inspiré à l'invoquer, sans « manquer néanmoins de lui rendre les derniers devoirs de « nos prières. »
Après ses six ans de supériorité au monastère de Paray, la Mère Marguerite-Hiéronyme Hersant fut élue au monastère de Chalon-sur-Saône en 1672. Elle le gouverna également durant deux triennaux. Rappelée alors en son monastère de profession, après quarante ans d'absence, elle était dans une joie indicible de ce qu'elle venait y mourir, disaitelle, « et dans un désir si ardent d'aller s'unir à Dieu qu'il « semblait vouloir la dévorer ». Elle mourut le 30 janvier 1679, k l'âge de soixante-trois ans, dont quarante et un de profession, après avoir reçu les derniers sacrements dans une ardeur de séraphin.
Telle fut la première supérieure de la Bienheureuse Mar-
guerite-Marie, celle qui raccueillit dans la maison du Seigneur, le samedi 20 juin 1671. Si elle ne fut pas la confidente des grandes révélations dont Dieu devait bientôt favoriser cette novicç privilégiée, la Mère Hersant ne fut pas cependant sans connaître, sans aimer, ni surtout sans, imiter le Cœur sacré de Jésus ; car, parlant de cette sainte âme, ses contemporaines écrivent : « Ce que nous en pou- « vons conjecturer c'est qu'il fallait que cette très honorée « sœur eût une union très intime avec Dieu pour puiser a dans son divin Cœur l'amour tendre qu'elle avait pour (( ce cher prochain, ayant éprouvé en mille rencontres que « ce ne pouvait être que dans cette sacrée source d'où « elle tirait cette grande douceur et patience dans les occa- « sions qu'elle a eues d'exercer ces saintes vertus. »
2« LA MÈRE ANNE-FRANÇOISE TROUVANT i
Voici en quels termes naïfs la vocation de cette vertueuse sœur est racontée dans les Annales du Monastère : « Mon- « sieur Thouvant, notre protecteur, avait plusieurs filles. u qui ne savaient nullement ce que c'était que la vie relier gieuse. Gomme il désirait nous en donner une, il leur fit (( tirer au sort celle d'entre elles que le Seigneur avait « choisie. Pour notre bonheur, le choix du Seigneur se « reposa sur notre très honorée sœur et Mère Anne-Fran- (( çoise Thouvant, qui a gouverné douze ans ce monastère '< avec bénédiction. Elle entra - un mois après l'établisse- « ment, avec une dot de huit cents livres, une rente viace gère de cinquante écus et plusieurs ameublements. Elle « fut la première qui prit notre saint habit ici.