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Le 11 avril

la goutte, (la'olle n'avait pas ving't-cin([ ans. Les peines [intérieures dont elle fut comme accablée plus de la moitié de sa vio lui ont fait soulVrir une espèce de martyre m de purgatoire. Le R. Père de La Colombière, jésuite lort en odeur de sainteté, n'oublia rien pour la tranquilli- ;er ; mais il ne resta pas à Paray assez de temps pour y éussir; et à son retour d'Angleterre, Dieu permit quelle it la seule qui ne pût parvenir à lui parler, quoiqu'elle en îût un désir extrême ; car il semblait qu'il y avait une îspèce de fatalité qui lui enlevait toutes les douceurs que Ton peut trouver dans les communications spirituelles et lême le repos de conscience, qui fait le charme de la vie [spirituelle, lorsqu'on n'a rien oublié pour se le procurer. îlle faisait souvent des confessions générales pour y parvenir, sans y pouvoir atteindre. Le Seigneur, la traitant

m fille forte, bouchait son chemin d'épines

Elle [passa presque toute sa jeunesse] dans la terreur les jugements de Dieu ; tout ce qu'elle en entendait dans les sermons ou lectures sur les fins de l'homme, la prédestination ou la fidélité à la grâce la frappait si vivement [qu'elle en était à mourir. On ne saurait dire ce qu'elle en souffert, ni toutes les pénitences qu'elle a faites pour obtelir cette paix des enfants de Dieu, qu'il lui a fait acheter bien chèrement. On serait infini, si on en faisait le détail. Etant une fois dans le fort de ses tourments intérieurs, elle eut le courage de s'appliquer sur le bras un fer chaud, fait en triangle, pour s'immoler à l'auguste Trinité et s'en regarder comme l'esclave ou l'affranchie.

Le Seigneur, témoin de la sincérité de son cœur, a quelquefois adouci ses cuisantes peines sur l'avenir par des grâces sensibles. Un jour qu'elle était plus accablée qu'à l'ordinaire, elle fut se présenter devant Jésus-Christ au saint Sacrement, avec une foi vive. Elle n'y fut pas longtemps qu'elle fut frappée comme d'un rayon de lumière qui sortait du Tabernacle et qui, pénétrant son cœur, lui fit

sentir Timpression de ces amoureuses paroles : « Ma fille, je compatis à ceux que j'afflige et qui sont dans la peine et ils sont le tendre et la joie de mon Cœur. » Le sien s'épanouit, il fut délivré pour toujours de celle qui l'agitait; elle se prosterna, dans le transport de sa reconnaissance, devant cet adorable Sauveur.

Elle avait passé toute sa jeunesse dans les travaux les plus laborieux ; mais son esprit de pénitence n'étant pas satisfait, elle obtint de sa supérieure à forces d'instances la permission de faire vœu de rester toute sa vie à la cordonnerie, dont on la fît décharger après y avoir passé quatorze ans, avec l'édification de toutes, venant aux récréations et assemblées avec ses souliers. Elle était si bonne ouvrière qu'elle faisait encore des belles tapisseries, avec le soin du fruit, qui par son abondance lui donnait de grandes occupations, ne se donnant aucune relâche pour le bien de la maison, qu'elle passionnait , pour ainsi dire.

Elle a éprouvé de grands secours de la Providence pour la conservation de sa vie, ayant fait bien des chutes, dont elle ne devait jamais se relever : une fois, de dessus un grand arbre, dont la branche où elle cueillait des fruits se brisa sous ses pieds. Une autre fois, qu'elle ouvrait la porte pour faire entrer les vaches de notre ménagerie, ces bêtes effarouchées par un chien, se jetèrent sur elle et lui passèrent plus d'une demi-heure dessus le corps, lui donnant même des coups de cornes. On la crut morte et quel fut notre efîroi ! Mais elle ne fut pas à l'infirmerie qu'elle dit qu'elle n'avait aucun mal, excepté un bras un peu noirci, racontant son aventure, comme elle aurait fait celle d'une autre, ce qui nous jetait dans l'étonnement.

Elle eut une grande maladie à cinquante-quatre ans ; on crut la perdre et quelque envie qu'elle eût alors d'aller jouir de Dieu, elle disait qu'elle mourrait à la fleur de son âçje. Elle s'est toujours trouvé tant de vigueur, qu'à l'âge de quatre-vingts ans, elle appréhendait de mourir vieille; car

ello n'a eu aucime des incoiniuodités de la vieillesse, que la faiblesse de ses yeux, qui ne rempêchait pas de marcher aussi vite et plus sûrement que bien des jeunes personnes. L'on peut assurer qu'elle allait de même pas dans la voie de la perfection, avec une rapidité surprenante. L'ardeur qu'elle avait pour sa sainte vocation l'engag-ea de renoureler publiquement sa profession religieuse lorsqu'elle en [eut atteint la cinquantième année. Elle s'y prépara par une [retraite de huit jours. Elle eut un beau sermon par le R. P. Paschal, jésuite. Elle fit cette action avec une ferveur [qui surpassait celle d'une jeune professe, sa joie nous faisant sentir combien il est doux de se consacrer au Seigneur lès sa jeunesse ; tous les spectateurs en furent très édifiés. )on éminente piété ne nous édifiait pas moins, surtout les [dix ou douze [dernières] années de sa vie, passant toutes les [matinées et souvent les silences à la tribune, pour obtenir [de Notre-Seigneur une heureuse fin, gémissant sans cesse [et souvent tout haut de ses infidélités à son divin service. )ur la fin, elle resta dans une tranquillité merveilleuse et se >erdit entièrement dans les miséricordes de son Dieu. La force de sa voix, égalant celle de son tempérament, 'lui a fait soutenir le chant du chœur plus de quarante ans. On la plaçait ordinairement près delà supérieure, parce que elle chantait des deux chœurs, lorsque celui de l'Assistante se trouvait le plus faible.

Elle a été dans presque tous les offices de la maison en qualité d'aide ou d'offîcière et elle les a tous remplis avec la dernière exactitude. Son zèle pour l'observance engagea de la mettre, assez jeune, surveillante, qu'elle exerçait très dignement et on l'a laissée longues années. Elle a été conseillère à diverses fois et coadjutrice, où elle a témoigné bien du courage pour les intérêts de la maison, dans des occasions assez délicates.

Elle avait un bon cœur et témoignait des reconnaissances infinies des moindres services qu'on lui rendait, au

nombre desquels elle mettait l'ouvrage qu'on lui apportait dans ses dernières années ; car ne voyant plus assez pour bien filer, pour ne pas demeurer oisive, elle s'appropria de dévider les laines, soies et le fil de toute la maison, remerciant comme d'un bienfait celles qui les lui fournissaient, mais avec une telle affection qu'elle nous charmait par ses manières humbles et gracieuses, même envers les plus jeunes, étant toujours d'une propreté qui faisait plaisir.

Le Seigneur lui réservait une douce consolation, sur la fin de ses jours : deux de ses chères petites-nièces étant venues de Dijon auprès d'elle, où elles sont religieuses, il lui semblait renaître dans cette Communauté, où elle laissait, après elle, d'autres elle-même et de très aimables sujets.

Elle ne pensa plus qu'à se réunir à son divin Principe, redoublant son amour pour lui ; elle en était consumée nuit et jour et nous voyions avec peine finir la carrière de cette vénérable Ancienne. Un feu la dévorait depuis longtemps ; mais généreuse à souffrir ses maux, elle les traitait de bagatelle. Enfin, ils lui parurent sérieux, une oppression de poitrine s'étant déclarée; elle n'en fut que plus empressée d'aller voir son Dieu. Toute sa peine, nous disait-elle, était de troubler la joie du lendemain, où une de nos sœurs novices devait faire la sainte profession, et l'embarras que nous causerait ces deux différentes cérémonies en même jour ^. Ce qui arriva comme notre chère doyenne l'avait prévu et quoiqu'elle se trouvât beaucoup mieux^ après avoir reçu les derniers sacrements et que l'ont eût quelque espérance de la tirer des portes de la mort.

Il fallut la promener toute la nuit, voulant aller à la tribune entendre la messe. On lui dit qu'elle était devant l'autel — c'était celui de l'infirmerie. Elle fit son exercice

1. Sœur Madeleine-Alexis Gay fit en cfTct profession le 7 juin 1739, jour auquel eurent lieu les funérailles de sœur Marie-Catherine Carme du Chailloux.

de la messe, croyant y assister, reprenant une sœur qu'elle crut qui tournait le dos à l'autel, disant : « Quelle irrévérence ! >) marquant son esprit de religion jusqu'à la (in de ses jours.

Enfin, ils se terminèrent tout à coup, l'oppression étant redoublée, on fit entrer Monsieur notre Confesseur^, qui lui fît la recommandation de l'àme. Elle reprit ses esprits et lui demanda pour qui il la faisait, et quelques moments après elle rendit la sienne, comblée de mérites dans le sacré Cœur de Jésus, nous laissant dans l'admiration de sa constance et force d'esprit, qui a toujours fait son caractère.

Dieu soit béni !

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