‹ Vie et opinions de Tristam ShandyChapitre 153 sur 331 · CHAPITRE CXXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXXI

— Or mon père avait une habitude un peu semblable à celle de Job (au cas qu’un tel homme ait jamais existé) — sinon, n’en parlons plus. —

Cependant, soit dit en passant, parce que vos érudits ont trouvé quelque difficulté à fixer l’cre précise dans la-

quelle a vécu un si grand homme ; — si, par exemple, c’était avant ou après les patriarches, etc. — voter, en conséquence, qu’il n’a pas vécu du tout, est un peu cruel;

— ce n’est pas faire ce qu’ils voudraient qu’on leur fit. — Qu’il en soit ce qui pourra, — mon père, dis-je, avait l’habitude, quand les choses tournaient extrêmement mal pour lui, particulièrement dans le premier mouvement de son impatience — de se demander pourquoi il avait été conçu; — se souhaitant mort; quelquefois pis: — et quand la cause de l’irritation était très-grave, et que le chagrin douait ses lèvres de facultés plus qu’ordinaires,

— monsieur, vous auriez eu peine à le distinguer de Socrate lui-même. — Chaque parole respirait les sentiments d’une âme dédaigneuse de la vie, et indifférente sur tous les moyens d’en sortir: aussi, quoique ma mère eût fort peu lu, cependant l’extrait du discours de Socrate que mon père donnait à mon oncle Toby, n’était pas tout à fait nouveau pour elle. —Elle l’écouta avec recueillement et aurait continué jusqu’à la fin du chapitre, si mon père ne s’était enfoncé (ce qu’il n’avait aucun motif de faire) dans celte partie du plaidoyer où le grand philosophe récapitule scs liaisons, ses alliances et ses enfants ; mais renonce à pourvoir à sa sûreté en s’adressant aux passions de ses juges. — « J’ai des amis, — j’ai des parents — j’ai trois enfants désolés, » — dit Socrate.—

— Alors, s’écria ma mère en ouvrant la porte, — vous en avez un de plus, monsieur Shandy, que je ne vous en connais.

Tar le ciel ! j’en ai un de moins, — dit mon père,

se levant et sortant de la chambre.

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